Christophe Ginisty

​Comment sortir de la « post-truth » ?


Rédigé le Lundi 16 Janvier 2017



C’est le mot à la mode, déclaré mot de l’année par les très sérieux dictionnaires Oxford. Un mot qui décrit des situations où les faits objectifs influent moins sur l'opinion publique que les appels à l'émotion et aux convictions personnelles. En d’autres termes, les gens sont prêts à croire n’importe quoi, pourvu que cela paraisse vraisemblable ou que cela fasse écho à ce que l’on pensait déjà.

Bien sûr, ce terme a réalisé une percée spectaculaire en 2016 à la faveur de deux faits politiques majeurs, la campagne pour le Brexit et l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Dans les deux cas, il a été facile de prouver que les électeurs avaient été séduits par des idées, des programmes, des assertions totalement farfelues qui ont pourtant pris des allures de vérité dans l’opinion.

Bien que la manipulation ait toujours fait partie de la dialectique politique ou publicitaire, si l’on est aujourd’hui à donner à la Post-truth ses lettres de noblesse, c’est que l’instant est grave car la désinformation semble avoir gagné son combat sur l’information.

L’impact des réseaux sociaux ?

La tentation est grande d’y voir la patte des réseaux sociaux et les ennemis de l’Internet seront tentés d’en rajouter une couche en regrettant que l’on puisse trouver tout et n’importe quoi sur la toile, arguant que les réseaux sont des poubelles à ciel ouvert, des défouloirs, bref, la fange de nos sociétés.

La réalité n’est pas si simple que ça. Car si la post-truth est devenue le mot de l’année, c’est bien qu’elle recouvre quelque chose d’encore plus global qui dépasse les seuls internautes.

Le vrai sujet d’inquiétude est que les médias traditionnels, pourtant sensés nous éviter ce travers, sont devenus les principaux artisans de cette désinformation à l’échelle planétaire. Evidemment de manière involontaire, les journalistes se sont pris les pieds dans le tapis et ont contribué à nous désinformer et générer des affolements collectifs.  

La dictature de l’urgence

Nous vivons dans un monde médiatique marqué par l’instantanéité. Le web et les technologies mobiles ont contribué à nous permettre d’être en prise directe avec ce que nous croyons être de l’information. Nous apprenons les choses au moment où elles se passent, en direct, sans recul et sans filtre. Ce ne sont plus exclusivement les journalistes qui nous alertent mais nos amis, les gens avec lesquels nous sommes connectés en permanence et qui partagent le plus souvent nos opinions.

Quelque chose se passe ? Un homme politique fait une déclaration ? Une entreprise lance un nouveau produit ? Un utilisateur se plaint d’une expérience ? Il faut que ce soit publié dans la minute, sans tarder et sans que le temps nécessaire à la vérification ne puisse être pris.  Et le panurgisme 2.0 se met en branle : à peine publié, nous partagerons, « likons », « retweetons » comme s’il y avait une urgence absolue à ce que la terre entière soit informée.

Sans réfléchir, nous devenons ainsi à notre tour agents de désinformation, presque de bonne foi. Du moins le croyons-nous.

L’effet trompeur du microcosme

La post-truth n’aurait aucune chance de se répandre si nous étions confrontés à des contradicteurs avisés qui pourraient nous aider à décrypter le vrai du faux. Mais la réalité est que nous n’évoluons pas sur des réseaux ouverts et universels, mais recroquevillés dans nos bulles, véritables microcosmes peuplés de gens qui vivent comme nous, pensent comme nous, croient comme nous.

C’est l’un des paradoxes des réseaux sociaux, il y a beau avoir plus d’un 1,8 milliards d’individus connectés sur Facebook, nous ne parlons qu’à une poignée de personnes que nous avons choisies pour des raisons affinitaires et qui ne risquent pas de nous contredire. Pire, s’ils affirment quelque chose, c’est que c’est vrai, point ! Nous sommes plongés dans une vie médiatique où le canal de confiance prime les faits.

Retrouver le goût du temps long

La post-truth est néfaste aux démocraties mais également aux marques et aux organisations. Issue de notre fainéantise médiatique, c’est la confusion du savoir imparfait, le basculement vers de l’émotionnel en mode fast-food et l’accumulation de certitudes qui ne reposent sur rien de réel. Le fait nouveau de 2016 est que les populistes en aient compris les ressorts et s’en soient servis pour abuser l’électorat.

Mais il n’y a pas de raison que la post-truth se limite à la politique et l’on peut déjà anticiper que certaines marques vont fructifier sur la crédulité des foules connectées.

La seule solution pour ne pas tomber dans le panneau est de retrouver le goût du temps long, s’interdire de juger par impulsion, diversifier ses sources et utiliser précisément le web pour aller au-delà de notre voisinage idéologique.  

A suivre…

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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Wow... worth reading ! https://t.co/vhSvMM7que
Dimanche 26 Mars - 12:09
#Fillon sur écoute ? Bien oui, y'a des millions de français qui attendent qu'il dise quelque chose de censé depuis des mois !
Samedi 25 Mars - 20:16
Non, #Fillon n'est pas mis en cause par la presse mais par des juges, la presse ne se contentant de relayer
Samedi 25 Mars - 20:07
Ce que l'on ne sait pas, par contre, c'est si #Fillon fait aussi de beaux cadeaux à ses amis #costumes #montres #quandonaimeonnecomptepas
Samedi 25 Mars - 20:06
RT @NatachaQS: Sur les réseaux, on fait davantage confiance à la personne qui partage qu’à la source de l’information https://t.co/QtPUjMDb…
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