Christophe Ginisty

10 ans de blogging : Les années MoDem


Rédigé le Vendredi 14 Novembre 2014



Alors que je travaillais sur l'organisation du Festival de Romans, je participai un soir à une soirée de "La République des Bogs" qui rassemblait périodiquement la blogosphère politique dans un restaurant du quartier des Halles à Paris. François Bayrou y était passé rencontrer cette meute de trublions à quelques mois de la campagne présidentielle de 2007. Nous étions en octobre (2006) et le président de l'UDF préparait son entrée en campagne.

Je décidai d'aller lui parler pour lui dire que je serais ravi de l'accueillir sur le Festival de Romans, que ce serait l'occasion pour lui en tant que candidat de communiquer sa vision de la société numérique devant un parterre de blogueurs que je me faisais fort de réunir. A ma grande surprise, il me répondit du tac au tac : "Eh bien je viendrai, vous avez mon accord !" J'étais assez sidéré par une réponse aussi rapide et enthousiaste.

C'est là que nous nous sommes rencontrés pour la première fois.

Les semaines qui suivirent furent l'occasion de bloquer cette promesse dans son agenda car, à mesure que la campagne électorale battait son plein, je doutais de sa présence effective. La veille du festival, Mariele de Sarnez me téléphona en me disant que les choses étaient compliquées mais qu'ils y travaillaient. Il avait un meeting dans le sud de la France et l'équipe de campagne essayait de jongler avec les moyens de transport pour se rendre à Romans. Le jour J, c'est lui qui m'appela sur mon portable pour me présenter ses excuses : il ne pouvait pas venir pour des raisons vraiment indépendantes de sa volonté. 

Après le festival et tout au long de la campagne présidentielle, nous avons continué à échanger par e-mail puis nous nous sommes longuement revus en tête à tête le 8 mai 2007 au matin, deux jours après l'élection de Nicolas Sarkozy lorsqu'il me demanda de me présenter aux législatives dans la 10ème circonscription des Hauts de Seine. Le pari ne m'excitait pas plus que ça mais je décidai d'accepter à la condition expresse de pouvoir continuer à travailler avec lui au niveau national sur les questions liées à la promotion du numérique en France. 

C'est vraiment à ce moment là que j'ai décidé de changer la "ligne éditoriale" de mon blog pour en faire le porte-voix de ce nouvel engagement politique. Je procédai à quelques modifications de forme pour mieux revendiquer mon appartenance au MoDem et je fis le pari que cet espace allait m'aider à faire connaître mon combat et, peut-être, gagner des suffrages.

Je me plantais. Bien que cramponné sur mes engagements, arc-bouté sur une posture anti-sarkoziste un peu primaire (je l'avoue) et ne trouvant rien à critiquer dans les déclarations et les postures de Bayrou, mon blog était devenu l'ombre de lui-même. Il n'avait plus de saveur, plus de spontanéité, plus de qualité littéraire, si tant est qu'il en ait eu une un jour. Pire, je n'avais de l'influence que sur les autres militants du MoDem qui venaient me lire, me commenter et faire de mon blog l'un des plus suivis de la blogosphère centriste. Un jeune militant avait même créé un widget qui mesurait tous les mois les blogs les plus influents dans notre famille politique et j'arrivais régulièrement en tête. Je devenais sans m'en rendre vraiment compte un vrai petit soldat fanatisé.

Ah, j'étais célèbre au MoDem, tout le monde me connaissait ! Mais cela ne faisait pas avancer pour autant les sujets pour lesquels je m'étais engagé. Bien que sympathique pour l'ego, je me foutais d'être un militant à part un peu plus connu que les autres, je faisais de la politique pour changer le monde, moi, mon bon monsieur, pas pour être célèbre dans les écuries du parti centriste !

Du printemps 2007 à l'été 2009, ce blog fut une plateforme un peu hargneuse de combat et d'expression politique au service d'un leader pour lequel j'avais sincèrement de l'admiration. Jusqu'au jour où il nous planta tous. 

Trois jours avant le vote pour les élections européennes, il y eut ce fameux débat avec Daniel Cohn-Bendit. Je savais qu'il allait se passer un truc comme ça car Bayrou m'avait prévenu qu'il préparait un tel clash. J'avais essayé de l'en dissuader la veille à deux reprises mais il ne voulait rien entendre, il avait bien l'intention "de se payer Cohn Bendit" comme il le disait lui-même. 

Je pris cet épisode pour une immense claque mais surtout comme une trahison impardonnable. Il venait de foutre en l'air le travail sincère et plein d'abnégation de milliers de militants impliqués sur des listes électorales. Son orgueil mal placé avait kärchérisé nos chances de victoires et, quelques jours plus tard, pour reprendre une expression de Jean-François Khan, nous devions "archi perdre une élection archi gagnable."

J'utilisai mon blog pour mener une fronde interne et taper du point sur la table. Comme celui-ci avait de l'influence sur les cadres et les militants du MoDem, de rassemblai rapidement des centaines de sympathisants. Mais l'été eut raison de mon engagement et c'est en octobre 2009 que je pris la ferme décision de démissionner. Evidemment, j'en fis une note, certes un peu ampoulée, mais elle eut le mérite d'exprimer publiquement mon point de vue. 

Il me restait à fermer cette parenthèse politique sur mon blog. Ce ne fut pas facile du tout. J'étais shooté au combat politique et même si j'avais quitté le parti qui m'avait accueilli durant deux années, j'avais pris le rythme et j'étais devenu accro au commentaire politique. 

Comment en faire le deuil ? La solution allait venir d'une petite idée toute simple qui allait prendre la forme d'un blog clandestin à la puissance dévastatrice. Mais je vous raconte tout ça — et pour la toute première fois — dans une prochaine note. 

A suivre.. 

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Commentaires articles

1.Posté par John La Dèche le 15/11/2014 13:47
Il faut bien avouer que j'avais arrêté de te lire à cette période-là
Car je me souviens de ta "profession de foi" à une réunion de blogueurs où nous avions échangé qui était à la fois simple et sincère et j'ai très vite vu que tout cet engagement avait viré au militantisme de base avec tout ce que ça peut avoir d’obtus malheureusement.
Nous en avions parlé car je t'expliquais que j'étais un encarté dormant car je ne supportais pas tous ces militants fanatiques qui considèrent leur parti comme parole de Dieu et tout le reste le diable...
Je t'ai relu ensuite avec plaisir car j'avais retrouvé le Christophe que je connaissais et appréciais: idéaliste, exalté, entier, sincère et toujours intéressant à lire. Entre autre! Welcome back! :)

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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