"A ton avis, il a changé, Bayrou ?"
Hier, je déjeunais avec un de mes vieux amis, quelqu'un que je n'avais pas vu depuis longtemps. A la fin de notre repas, nous avons parlé un peu politique.
Sachant que j'avais côtoyé Bayrou de près pendant deux ans, de 2007 à 2009, et pour commenter la progression du candidat centriste dans les sondages, il me demanda : - "A ton avis, est-ce qu'il a changé Bayrou ? Et est-ce la raison d'un nouvel engouement des personnes que l'on interroge dans les sondages." J'ai réfléchi quelques secondes puis je lui ai répondu : - "Non, il n'a pas changé, il ne changera d'ailleurs jamais, et c'est justement ce que les gens semblent apprécier en lui." Ce qui est en train de se passer dans l'opinion publique autour de la candidature de François Bayrou n'est pas le résultat d'une soudaine ou récente transformation. C'est même l'inverse qui se produit. En ces temps tourmentés, les électeurs redécouvrent les vertus de la constance et de la fidélité à ses idées qui apparaissent soudain comme des valeurs sûres. Rendons à César ce qui appartient à César, Bayrou était l'un des premiers à faire campagne en 2007 sur la maîtrise des déficits. Je me souviens notamment d'un discours en février 2007 dans lequel il évoquait trois dettes que nous creusions dangereusement : un dette publique, une dette générationnelle et une dette environnementale. J'avais trouvé intéressant cette approche responsable de la politique. En 2011, les propos de 2007 sont toujours martelés et les électeurs les découvrent, l'actualité leur offrant une fabuleuse prime à la nouveauté. Car ce ne sont pas les propos qui sont nouveaux, c'est ce qui se passe dans le monde qui les rend d'actualité. Mais si Bayrou n'a pas changé comme je le crois, les électeurs devront se poser la question de savoir si celui qu'ils n'ont pas voulu aux plus hautes responsabilités en 2002 et 2007, celui qu'ils ont rejeté dans toutes les consultations électorales depuis cinq ans, est finalement en mesure de diriger la France en 2012. Pour ma part, je ne le crois pas. Sans animosité aucune et sans aigreur non plus, je pense qu'il n'en est pas capable. Non pas qu'il ait de mauvaises idées (j'ai toujours loué la lucidité de sa vision) mais il est sévèrement handicapé par un entourage qui, lui non plus, n'a pas changé depuis des années et dont les compétences pour diriger la France sont juste inexistantes. Il ne faut pas se laisser piéger : la pertinence des idées n'entraine pas automatiquement la capacité à faire. Pour moi, Bayrou est quelqu'un dont il faut écouter la parole avec le plus grand respect mais auquel il ne faut pas faire confiance dans son aptitude à organiser le gouvernement de la France. Car je suis très dubitatif sur ses qualités de manager et d'organisateur. Rédigé par Christophe Ginisty le Mardi 20 Décembre 2011
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