A vous de [vraiment] juger
Je ne vais pas vous mentir : je ne suis pas heureux du débat télévisé d'hier, pas plus que de l'altercation qui a opposé François Bayrou à Daniel Cohn-Bendit. Je trouve tout cela regrettable et à des années lumières de ce que j'aimerais voir à la télévision sur la politique. Mais j'aimerais malgré tout vous faire partager mon sentiment sur tout cela.
Le débat était très mal organisé Un plateau exigu, des candidats disposés à la va-vite sur des tables trop petites, une animatrice singulièrement dépassée et puis cet espèce de laisser aller non éditorialisé qui conduit à la confusion et qui pousse les uns et les autres à se faufiler "comme des raccros" pour trouver du temps de parole. C'était sûr que cela allait déraper. Alors c'est vrai que France 2 a au moins eu le mérite d'organiser cette émission et que moi qui ai fustigé l'attitude de TF1 sur le sujet, je suis peut-être mal inspiré pour critiquer. Peut-être mais hier soir, je me disais qu'il eut peut-être été préférable de ne rien organiser plutôt que d'organiser ça. François Bayrou s'est défendu Que vous soyez pour ou contre le leader du Mouvement Démocrate, vous conviendrez avec moi que François Bayrou a été attaqué tout au long de la campagne et par tous ses adversaires, sans le moindre répit. Il a été le seul dans ce cas. Pas une victime, mais LA cible. Il a été la cible de toutes les attaques, à commencer par les plus basses, par l'UMP, par le PS, par Europe Ecologie, de sorte que l'on s'est demandé parfois si l'enjeu de l'élection n'était pas d'empêcher à tout prix au MoDem d'exister. N'importe quel leader politique, n'importe quel être humain a le droit de se défendre contre les attaques qu'il subit et François Bayrou ne pouvait pas laisser passer ça sans réagir. Daniel Cohn-Bendit est très contestable Le sourire angélique sur les affiches ne doit pas masquer d'autres réalités plus troublantes. Les français ont le droit de savoir que celui qui se présente comme un farouche adversaire de Nicolas Sarkozy en est un complice aimable. Et pour ce qui est des lignes tirées d'un ouvrage écrit en 1975 (Le Grand Bazar - ed. Belfond), lignes qui ont inspiré François Bayrou dans son attaque à Daniel Cohn-Bendit, elles existent bel et bien et n'ont pas été inventées par le leader du MoDem. Je vous rappelle ce que disait Daniel Cohn-Bendit dans ce livre à propos de son passé d'éducateur : « Il m'était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances… Mais s'ils insistaient, je les caressais quand même ». A vous de juger ce que cette prose vous inspire. Personnellement, le fait de rappeler que nous étions dans les années 70 ne change rien à l'affaire, j'ai toujours trouvé ça écoeurant. Et je pense que tout homme public doit devoir répondre de son passé et des propos qu'il a tenu, surtout lorsqu'ils portent sur un sujet aussi grave. Le différé à grossi le trait L'émission a été enregistrée dans l'après midi, de sorte qu'un certain nombre d'observateurs ont pu assister à cette altercation et en parler bien avant la diffusion de l'émission elle-même à l'antenne. En fin d'après midi, il s'est créé un phénomène de buzz qui a finalement nuit à la sérénité du téléspectateur qui s'est précipité sur sa télécommande pour assister à l'affrontement et pour ne voir que ça. L'effet loupe a joué pleinement et de façon assez perverse. Ce matin, sur France Inter, Cohn Bendit s'est excusé pour sa "méchanceté" à l'égard du leader du Mouvement Démocrate. Alors non, le débat démocratique ne peut pas s'enrichir de ce spectacle et j'ai malgré tout un peu la gueule de bois ce matin. S'il faut comprendre les ressorts de cet affrontement, ce n'est pas pour autant qu'il faut l'accepter et j'espère que les prochaines heures nous donneront l'opportunité de passer à autre chose. Rédigé par Christophe Ginisty le Vendredi 5 Juin 2009
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