Christophe Ginisty

Affaire Cahuzac : la dramatique occasion manquée de la classe politique française


Rédigé le Vendredi 5 Avril 2013



Affaire Cahuzac : la dramatique occasion manquée de la classe politique française
Que gâchis !

Je n'arrive pas à m'enlever ce sentiment de la tête depuis quelques jours et le déferlement d'injures qui sont proférées de part et d'autre depuis les aveux de Jérôme Cahuzac. La classe politique toute entière se baigne dans la boue de sa propre cupidité sans le moindre égard pour les citoyens français qui les regardent.

A droite, on soupçonne, on médit et on jette l'opprobre. A gauche, on se défend lâchement en accablant les dérives du quinquennat précédent et les affaires toujours en cours d'instruction.

Comme l'a très justement écris Olivier Cimelière sur son excellent blog, "...ces dernières semaines ont vu un seuil alarmant être franchi. Désormais, l'outrance et la caricature dont devenues le modus operandi des politiciens de droite comme de gauche. N'importe quelle opportunité est bonne pour donner de la voix, biaiser la réalité, injurier si besoin et tenter d'exister au détriment de l'autre. Au risque non-négligeable de service la communication des extrêmes qui n'en demandent pas tant."

Sans entrer le moins du monde dans une analyse politique et en me contentant d'observer ce spectacle sous l'angle de la communication, nous venons de vivre là une séquence qui est à mes yeux une immense opportunité gâchée.

Car quel aurait dû être la bonne attitude pour traverser cette crise ?

L'union nationale !

Quand on y réfléchit, tout le monde, de droite comme de gauche est d'accord pour condamner la fraude fiscale. Même s'ils n'ont pas brillé par leur efficacité, tous les gouvernements ont tenté de s'y attaquer.

Je me souviens de Eric Woerth qui brandissait la menace de publication d'une liste de 3.000 contribuables français ayant détourné le fisc. De son côté, François Hollande s'est fait élire en partie sur cette promesse de lutter contre ce fléau et souvenons-nous à cet égard de son premier grand discours de campagne dans lequel il désignait son ennemi, la finance internationale.

Il y a peu, très peu de sujets qui forcent le respect et conduisent au consensus entre la droite et la gauche et assez singulièrement la lutte contre la fraude fiscale en est un.

Oui, arrêtez-vous deux secondes sur ce point et réfléchissez à sa portée politique.

Alors, pourquoi nos leaders politiques n'ont-ils pas pris appui sur l'affaire Cahuzac pour se rassembler et afficher leur détermination commune à combattre main dans la main ce qui coûte des dizaines de milliards d'euros au budget du pays ?

Précisément parce qu'ils sont incapables de montrer autre chose que le spectacle d'un affrontement odieux, systématique et clivé. Ils tirent à boulets rouges sur l'adversaire, même si ce dernier défend la même cause et que cette cause est juste.

C'est non seulement absurde mais dévastateur pour la vie politique de notre pays.

L'opposition violente est devenue un réflexe pavlovien qui ne se nourrit ni de réflexion ni d'intelligence. L'actualité passe devant les grilles d'une propriété d'où aboient à tout rompre des chiens de garde qui n'ont aucune idée de la réalité du danger qui les menace.

Avant-hier soir, je regardais une tentative de débat dans le Grand Soir 3 de Louis Laforge. Le patron des députés UMP faisait face à un député socialiste et à Corinne Lepage. C'était pathétique. Hier soir, je tentais de suivre le grand débat d'Europe 1 soir sur le même thème. Inaudible !

Quel que soit leur bord, nos leaders politiques se sont tous trompés en faisant de cette affaire un tremplin partisan.

En termes de communication, c'est absolument catastrophique. Et pourtant, l'opportunité était là.

Le pouvoir en place aurait pu adopter l'angle de l'union nationale et appeler les forces républicaines de ce pays, tous les partis politiques à se rassembler pour lutter contre ce fléau épouvantable de l'évasion fiscale. Au lieu de jeter de discrédit sur un camp ou un autre et faire passer ces délits pour une pratique de gauche ou de droite, l'appel au rassemblement aurait été selon moi beaucoup plus fertile en termes de messages que cette guerre des tranchées ridicule et destructrice.

Si cette option n'as pas été choisie par ceux qui nous gouvernent, c'est pour deux raisons.

La première est la pression de l'urgence. J'en parlais récemment dans cette note : "Les hommes et les femmes politiques ont été submergés par la dictature de l'urgence. Ils ont abandonné leurs fonctions de guide et d'éclaireur pour celle de gestionnaire du quotidien et de notre intimité." La prise de parole n'est plus fondée, argumentée, réfléchie, elle est mécanique, automatique et l'aboiement à pris le pas sur la dialectique.

La deuxième est ce que j'appelle la détestation institutionnelle. Par principe et parce que nos institutions nous ont conduit à vivre dans ce modèle, la politique française se pratique au sein de deux blocs qui se font face et qui se définissent par le rejet — la haine ? — de l'autre. Tout s'organise de cette manière dans notre vie politique et si vous voulez que je vous fasse une confidence personnelle, c'est ce point précis qui m'a conduit à arrêter d'en faire. Je ne concevais pas ma vie à être animée par la colère qu'engendre cette haine.

Pour toutes ces raisons, le traitement politique de l'affaire Cahuzac est un naufrage politique national alors qu'il aurait pu être une opportunité historique de se retrouver et travailler ensemble.

C'est dommage mais, encore une fois, c'est à suivre...

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Commentaires articles

1.Posté par FrédéricLN le 05/04/2013 22:53
"pourquoi nos leaders politiques n'ont-ils pas pris appui sur l'affaire Cahuzac pour se rassembler et afficher leur détermination commune à combattre main dans la main ce qui coûte des dizaines de milliards d'euros au budget du pays ?"

Mais oui. Pourquoi donc ? En voilà une bonne question. Pourquoi leur inertie protège-t-elle, depuis quelques décennies, les fraudeurs à tous les niveaux ? Alors qu'ils se disent tous d'accord pour que ça change. Alors même qu'ils proclament régulièrement avoir mis fin aux paradis fiscaux et autres joyeusetés. Pourquoi ne le font-ils pas, en fait ?

Je ne vois que deux hypothèses : soit c'est la faute à pas de chance, une répétition quasi-infinie d'oublis malencontreux au moment de concrétiser les discours ; soit, ils n'ont pas intérêt à le faire. Je reste tout disposé à entendre une troisième hypothèse.

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