Christophe Ginisty

Alliance Macron Bayrou : le bricolage improbable dont les élécteurs ne veulent plus


Rédigé le Vendredi 24 Février 2017



Avant toute chose et pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté dans votre lecture, il est utile que chacun sache que j’ai milité aux côtés de François Bayrou en 2007 et me suis engagé au Mouvement Démocrate avant d’en démissionner en octobre 2009 pour protester contre la gouvernance du parti par son fondateur. Et pour que les choses soient encore plus claires, cela fait 7 longues années et je ne conserve aucune acrimonie vis à vis de qui que ce soit.
 
Mais revenons à l’actualité.
 
La décision de François Bayrou de proposer une alliance – sitôt acceptée – avec Emmanuel Macron est, selon moi, un vrai tournant dans la campagne de l’ancien ministre de l’économie mais un tournant dans la mauvaise direction et ce, pour plusieurs raisons.
 
La première d’entre elles est que Macron, qui a fait son début de campagne sur la promesse d’une disruption, sur l’émergence d’une nouvelle classe politique, le refus de la logique partisane, la rupture avec les logiques d’appareils, accepte aujourd’hui de s’allier avec ce qu’il y a de plus traditionnel dans la vie politique française, un François Bayrou qui n’a fait que de la politique dans sa vie et qui entraîne avec lui ce qu’il reste de l’UDF, un aéropage de barons de la droite française modérée, le MoDem n’ayant jamais réussi à fidéliser autre chose.
 
Du point de vue de l’image, François Bayrou et ses partisans, sont très exactement ce que Macron a dénoncé dans son discours d’investiture et, plus tard, dans celui de la Porte de Versailles. Il y a donc là quelque chose qui ne colle pas à l’histoire, une sorte d’erreur de casting qui fait douter sur la sincérité des déclarations initiales.
 
La deuxième raison est que Bayrou, avec tout le respect qu’on lui doit, a tout de même réussi à devenir le repoussoir absolu de beaucoup de gens à droite comme à gauche. Son attitude confuse dans l’entre-deux tours des campagnes de 2007 et 2012, sa campagne calamiteuse des européennes de 2009 marquée par l’affrontement catastrophique avec Cohn-Bendit, son incapacité à fidéliser ceux qui avaient cru en lui et s’étaient battus pour faire émerger ce qu’ils croyaient être une nouvelle force politique au-delà des clivages, son soutien stérile à Juppé, tout chez Bayrou devient toxique et conduit à l’échec.
 
Je connais bon nombre de gens qui vont désormais s’abstenir de soutenir Macron en raison du pacte scellé avec le président du MoDem.  
  
Le tripatouillage pré-électoral est la troisième raison qui me conduit à qualifier cette alliance de contreproductive. Les électeurs en ont franchement assez qu’on leur conçoive des « packages » censés faire la synthèse d’opinions compatibles alors que ce sont des accords de circonstance qui ne reposent sur rien de sincère. Pensez à toutes les critiques que Bayrou a faites au sujet de Macron et on voudrait nous faire avaler qu’ils sont aujourd’hui les meilleurs amis du monde, totalement sur la même longueur d’onde ? Mais ça trompe qui ?
 
Alors, on nous dit que c’est un mariage à haute valeur démocratique pour faire barrage au Front National et Marine Le Pen.

Mais si les gens ont envie de voter Le Pen, qu’ils le fassent et si l’urgence est de la combattre, qu’on le fasse sur le terrain des idées et non pas en accommodant des attelages bancals qui illustrent précisément ce qu’elle dénonce depuis des années dans la vie politique française. Car oui, en procédant à des alliances avant que les électeurs ne puissent se prononcer, on fait le jeu des extrêmes qui dénoncent depuis des lustres une classe dirigeante qui confisque le pouvoir à son seul profit.
 
Que les partis s’abstiennent de voler aux citoyens le premier tour de la présidentielle !
 
C’est aux électeurs de faire le choix entre chacune des sensibilités qui composent le paysage politique français et à eux-seuls. Les leaders politiques devraient s’abstenir de penser à notre place pour nous concocter des offres qui conduiront massivement au désir dépité de s’abstenir et feront, pas ricochet, le jeu d’une Marine Le Pen que l’on voulait précisément éviter.
 
Et de la même manière que Yannick Jadot n’aurait jamais dû trahir son électorat en s’alliant à Hamon, le pacte Bayrou – Macron ternit la candidature d’un Emmanuel Macron qui avait jusqu’à présent réussi à nous faire croire qu’il nous proposait une façon différente de faire de la politique.
 
A suivre…

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