Christophe Ginisty

Amis sur Facebook : pourquoi faut-il faire le ménage ?


Rédigé le Mercredi 27 Mai 2015



Cela faisait longtemps que j'en avais envie et hier, je suis enfin passé à l'acte : je me suis déconnecté d'un peu plus de 2000 personnes qui faisaient partie d'une liste d'amis composée le matin même de plus de 3700 personnes. Je sais, il y avait quelque chose de ridicule à afficher ce nombre de contacts dont certains m'étaient de parfaits inconnus.

Les mots sont importants ici. Je ne dis pas que j'ai "supprimé" ou "viré" des gens (comme l'un d'entre eux m'en a fait le reproche public hier), je me suis juste déconnecté de leur flux d'information. Et c'est là le point important. 

L'amitié ou l'affection n'ont rien à voir ici. Mon profil reste public et tous ceux qui veulent le consulter le peuvent. Je l'ai ouvert sciemment car je n'ai rien à y cacher. Mais être connecté avec quelqu'un sur Facebook, cela ne signifie évidemment pas d'être ami au sens premier et noble du terme, c'est un lien dont l'algorithme du réseau social va se servir pour vous proposer du contenu.

Ce que vous voyez sur votre page d'accueil lorsque vous vous connectez le matin sur Facebook n'est pas neutre. Parce que votre navigation a été analysée, Facebook sait quelles sont les personnes que vous êtes allé visiter dernièrement, il connait ceux de vos amis qui sont les plus "influents", il comprend vos centres d'intérêts sans que vous ayez dit le moindre mot. Au fil des mois, il opère une sélection pour vous et ne vous propose plus que ce qu'il estime être pertinent pour vous. 

Quand vous avez 3700 connexions comme c'était mon cas hier matin, vous finissez par avoir un contenu insipide et perdre de vue certains de vos vrais amis, ceux qui publient peu, ceux qui ont eux-mêmes peu de connexions mais que vous avez pourtant envie de suivre parce que le lien qui vous unit à eux est réel et vivace. 

Tout le monde doit bien comprendre cela : les grandes plateformes comme Facebook ou Linkedin s'ingénient à vous profiler en permanence pour capter votre attention dans l'espoir que vous passerez le plus de temps en ligne et que vous cliquerez sur le plus grand nombre de liens possibles, à commencer par ceux financés par leurs annonceurs. Cette idée selon laquelle vous seriez sur votre page Facebook comme dans un espace privé où tous les contenus se valent et ont la même chance de vous atteindre est tout simplement une ineptie. 

La gratuité est une illusion qui a un prix, celle de la connaissance approfondie des comportements de chaque utilisateur. C'est elle qui génère des profits colossaux. 

Google a inventé ce modèle qui a fait sa fortune. Là encore, beaucoup de gens pensent que lorsqu'il tapent une requête sur le moteur de recherche, la page de résultats est la même pour tout le monde. Fadaises ! Faites un test tout simple pour vous convaincre du contraire. Tapez n'importe quelle requête simple sur l'ordinateur que vous utilisez essentiellement à des fins professionnelles et faites une capture d'écran de la première page des résultats. Faites ensuite la même requête sur un ordinateur utilisé par vos enfants ou vos parents ou n'importe quelle personne qui n'a qu'une utilisation privée de sa machine. Observez la première page des résultats et comparez avec celle que vous aviez obtenue au bureau. Vous verrez, c'est impressionnant. Et quelque part assez flippant. 

Les géants du net ont mis en place un modèle économique d'une perversité inouïe qui repose sur le fait d'offrir le maximum de services gratuits au public mais de tirer un grand profit de la surveillance approfondie de chacun de ses faits et gestes afin d'essayer de réfléchir à sa place au contenu à pousser pour le satisfaire et le fidéliser. C'est sur cet objectif qu'ils puisent leur revenu. 

Pour illustrer mon propos, j'étais connecté avec des centaines de personnes croisées sur la toile lors de mes deux années d'engagement politique au MoDem (2007 - 2009). Le fait que je sois toujours lié à cette communauté devait envoyer un signal à Facebook qui me proposait régulièrement un contenu lié à une formation qui ne m'intéresse plus et que j'ai fini par trouver totalement stérile lorsque je l'ai quittée. Aucun jugement de valeur de ma part, aucun mépris pour ces gens que je crois sincères dans leur démarche, mon désir est juste de disposer d'un contenu plus en phase avec mes aspirations du moment. 

Alors, si je me suis déconnecté de quelques 2 000 personnes, ce n'est pas parce que ces personnes ne m'intéressent pas ou plus mais tout bêtement parce que je veux retrouver un contenu plus "sur mesure." Je veux limiter les choix possibles aux gens que je connais, aux communautés auxquelles j'appartiens activement et j'espère que l'algorithme l'aura perçu avec ces désabonnements massifs. 

A moins d'être un personnage public — ce que je ne suis pas, même si nous le sommes un peu tous en nous exposant ainsi — il y beaucoup plus d'inconvénients que d'avantages à être connecté à trop de personnes. Si la quantité peut flatter un temps l'ego, elle dénature sévèrement la pertinence de l'information, donc du réseau lui-même. 

A suivre... 

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Commentaires articles

1.Posté par Jourdan le 27/05/2015 11:29
Super Billet, Christophe ! J'ai beaucoup appris en lisant ce rappel approfondi des choses du Web ... Au fait, tu n'aurais pas envie d'écrire un nouveau livre, du type "le web pour les nuls" ? Ce que tu écris est la plupart du temps intéressant parce que tu t'attaches à un domaine qui te passionne, à savoir internet. Je crois que, très souvent, l'intérêt d'une personne et de ce qu'elle produit sont à la mesure de ses secteurs de prédilection; mais il y a l'homme aussi, qu'il faut avoir vu ou rencontré, que l'on apprécie ou non ... d'ailleurs, je suis en train de remettre ce matin la main sur le livre que j'ai à la maison, "Allons enfants de l'internet !" ... J'espère avoir prochainement des nouvelles de toi. Bonne semaine.

2.Posté par Christophe Ginisty le 27/05/2015 11:37
Merci Pierre pour ta bienveillance et ta fidélité.
L'idée d'écrire un nouveau livre me tente bien mais pas sur ce sujet. Sans doute sur un sujet connexe lié à l'explosion de pratiques collaboratives issues du net. A suivre.

3.Posté par John La Dèche le 27/05/2015 12:28
Je suis donc passé à la trappe! :)
Sans rancune cependant!
Amicalement
Jean-Hubert

4.Posté par Gilles le 28/05/2015 16:18
Intéressant billet, la question subsidiaire : comment as-tu fais pour te déconnecter de ces quelques 2000 personnes ? Existe-il un outil pour accélérer le process ?

5.Posté par Christophe Ginisty le 29/05/2015 10:42
J'ai pris mon mal en patience...

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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