Christophe Ginisty

Amis sur les réseaux sociaux ou la dangereuse confusion des sentiments


Rédigé le Mardi 29 Avril 2014



Cette note m'a été inspirée par une jeune femme que je suis sur Facebook et ailleurs, une nana hyper-connectée, branchée comme il y en a peu, qui tweete de manière si compulsive qu'elle est capable à elle toute seule de vous créer un hashtag pour l'occasion si vous l'invitez à dîner et de faire de votre soirée un trending topic en moins de deux. Si elle m'a inspiré cette note, c'est que depuis quelques temps, elle entretient une sorte de dialogue émotionnel et lancinant avec ses "amis" Facebook dans un contexte apparent de baisse de moral et de colère sourde qui s'exprime de manière aussi répétitive que maladroite. 

Ne cherchez pas de qui il s'agit, ce n'est pas ce qui est important en l'espèce et, de toute manière, je suis certain que vous connaissez tous au moins une personne comme ça dans votre entourage online. Ce à quoi le comportement de cette jeune femme m'a fait réfléchir, c'est à la notion d'ami sur les réseaux sociaux et à la confusion des sentiments qu'elle peut entraîner dans certains cas. Cette jeune femme s'adresse à ses amis Facebook, les interpelle, les prend à témoin, les traite comme un vrai groupe de potes dont elle loue d'importance dans des termes parfois un peu naïfs mais je sais qu'elle est fondamentalement sincère. 

Or, et je le pense vraiment, on n'a pas d'amis qui ne soient que sur les réseaux sociaux.

On peut avoir des amis — ou des copains/copines, ne chipotons pas — que l'on retrouve aussi sur Facebook et avec qui on a des échanges en ligne, on peut démarrer des relations épistolaires qui se transformeront peut-être en amitié lorsqu'on se sera rencontrés, mais je ne crois pas qu'on puisse considérer tous ces gens qui ne font que vous suivre sur les réseaux, commenter vos statuts et que l'on n'a jamais rencontrés "dans la vraie vie" comme des amis. 

Et là, je vous imagine en train de penser que c'est évident, que je ne vous apprends rien. Peut-être, mais certaines âmes sensibles, plus en demande d'affection ou d'amour que d'autres, plus solitaires et sensibles aussi, peuvent se méprendre et croire que la fréquentation des mêmes espaces en ligne, le partage de quelques statuts et des "like" bien envoyés à propos, nous permettent d'établir une relation comparable à de l'amitié ou de la camaraderie. 

Sur Facebook ou ailleurs, nous n'avons pas d'amis, nous avons des spectateurs. 

Les réseaux sociaux ont ceci de grisant qu'il vous apportent un public, plus ou moins large en fonction de notre assiduité, de notre volonté d'accepter ou non de nouvelles personnes pour entrer dans notre cercle, de notre quête relationnelle personnelle ou tout simplement de notre évolution professionnelle. André Malraux disait "il n'y pas de héros sans auditoire" et je pense que les réseaux sociaux ont permis à certains de se sentir les héros de leur communauté en alimentant leur auditoire d'un flux ininterrompu de tweets, photos, vidéos,...

Certains font ça mieux que d'autres mais je pense que ceux-là sont parfois excessivement grisés par le sentiment d'être observé, scruté, applaudi, liké, commenté,... C'est vrai que ça fait super plaisir mais c'est un immense trompe l'œil. Je disais récemment dans un tweet qu'il ne fallait surtout pas s'exprimer sur les réseaux avec le seul espoir de provoquer une réaction car l'attente de la réaction perturbera la sincérité de l'expression en rendant peu à peu son auteur dépendant et fébrile des commentaires des membres clés de sa communauté. Même si je n'en ai pas le preuve scientifique, je suis convaincu que c'est dangereux pour l'équilibre affectif et c'est un peu ce que j'ai ressenti en lisant dernièrement les statuts de la jeune femme dont je parlais au début de cette note. 

Nous devons tous prendre de la hauteur et de la distance par rapport à ces échanges. C'est de la communication, de la représentation, ce qui par ailleurs n'est pas méprisable !

Ca peut devenir un jour de l'amitié mais ça ne l'est pas si l'on en reste à une relation online. Nous nous mettons en scène et sommes les producteurs d'une image finalement très travaillée que nous voulons exposer aux autres, pour qu'ils nous perçoivent tel que cela nous avantage le plus. En étant actifs sur les réseaux, nous émettons le désir d'être visible et ancré au sein d'un groupe humain à qui l'on va demander d'apprécier ce que nous partageons. Nous voulons être aimés comme un acteur le désire en montant sur les planches, pas comme un ami intime. 

Voilà ce que je voulais dire aujourd'hui sur un sujet que je trouve passionnant et sur lequel je reviendrai sûrement. 

A suivre... 

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Commentaires articles

1.Posté par Jean - Pascal le 02/05/2014 08:42 (depuis mobile)
Ouf. Enfin

2.Posté par Christophe Ginisty le 02/05/2014 12:16 (depuis mobile)
Pour quoi "ouf" "enfin" ?

3.Posté par Jean-Pascal le 03/05/2014 23:15
Parce que à te lire régulièrement sur le sujet on pourrait penser que pour toi ils sont la pierre angulaire de la nouvelle démocratie, l'alpha et l'oméga de la communication, institutionnelle, personnelle, d'entreprise etc
Je sais très bien que ce n'est pas ton avis bien sûr, en tout cas je i'espère
Du coup ça fait plaisir de lire cette note en forme d'avertissement concernant les dérives de ces media
Mois qui les considère inconséquents au bas mot à 99% (cf mon commentaire sur ton post précédant)
;-)

4.Posté par Grégory MAUBON le 04/05/2014 09:32
Merci cet article ! Il décrit en effet des situations que nous connaissons tous. Je me pose aussi des questions sur la qualité des relations "en ligne" et IRL (je ne comprends plus le mot virtuel aujourd'hui).

Les médias numériques ont profondément changé la relation à l'autre. Nous (j'ai 40 ans) avons d'autres références sur ces relations, en particulier celle de la rencontre "physique". Même si nous avons joyeusement sauté le pas du numérique, nos références sont toujours là. Est-ce que nous "prenons de la hauteur" comme tu le précises où est-ce que c'est l'écho d'un doute ancré au fond de nous ?

Pour ma part, cela me rappelle le management inter culturel. C'est très compliqué d'échanger avec une personne qui à des repaires culturels complètement différent. En tout cas ca rends très humble.

Désole, je n'ai pas fait beaucoup avancer la questions :)

Grégory

5.Posté par Eschylle le 05/05/2014 09:06
Cher ami deux-pattes (je suis un chat (siamois de surcroît) et c'est ainsi que je m'adresse aux humains (j'ai d'ailleurs écrit un article là-dessus)),

J'adhère complètement à ce propos. J'ai publié un article, "Facebook et le j'aime"http://ecrire-du-reve.eschylle.com/2014/02/21/facebook-et-le-jaime/:// , qui corrobore ton propos et qui donne mon point de vue (là aussi, un article ! illustré par un autre (comme ça j'exagère ? (c'est la vérité)).

Je crois que le problème, chez FB, vient de ce simple mot "aimer". Toute conscience souhaite être aimée (avant même d'aimer, ce qui est paradoxal). Une perversion s'est glissée dans ce terme avec la publicité et les connaissances du cerveau deux-pattes utilisées à des fins mercantiles. Les consciences sont confrontées à une manipulation sans précédent de ce cerveau. Les deux-pattes se sont toujours adaptés aux évolutions scientifiques... et s'ils n'y parviennent pas, ils disparaîtront, comme les dinosaures avant eux.
Des glissements sémantiques provoquent aussi un bouleversement de l'analyse des rapports qui, à terme, peut provoquer une forme d'impuissance.
@ Grégory MAUBON : j'aime beaucoup le "repère" qui devient "repaire" quant aux "repaires culturels".
Très belle journée à toi qui liras ces mots.

6.Posté par gabrielle le 05/05/2014 11:31
Cet article résume la confusion des genres qui est plus que fréquente entre amis et amis virtuels,ce qui quelques fois peut être très lourd de conséquences pour les non-avertis!

7.Posté par Magali le 05/05/2014 18:37
Bluffant ! Je suis dans la situation de la "jeune fille", que vous décrivez - et je comprends doucement qu'effectivement, il y a là "confusion des sentiments" ;-) Bravo pour cet article ni moralisateur ni accusateur !

8.Posté par Grégory MAUBON le 05/05/2014 20:54
@Eschylle Merci ! Je ne suis pas trompé exprès mais j'avoue que cela ressemble bien à ce que j'avais dans la tête :)

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