Christophe Ginisty

Apple : 10 années qui m'ont tant appris


Rédigé le Dimanche 20 Septembre 2015



Alors que le tout premier Apple Store vient d'ouvrir en Belgique, avenue de la Toison d'Or à Bruxelles (photo) et que je suis passé devant tous les matins pour aller au bureau, j'ai repensé à ces dix années de ma vie professionnelle où j'ai bossé pour Apple en tant que responsable des relations publiques pour la France au sein de l'agence que je dirigeais à l'époque. Ce furent dix années fantastiques et incroyablement formatrices quand j'y repense. 

Il y a d'abord eu le gain du budget au terme d'une compétition d'agences assez improbable. Nous n'étions pas pressentis pour participer mais nous avions été finalement invités à "pitcher" en hommage au bon boulot exécuté par mes équipes sur la communication du salon Apple Expo. Confrontés aux grandes agences de la place, je suis allé gagner l'appel d'offres malgré un échange épique avec les dirigeants européens sur le fait que j'étais venu présenter avec un notebook IBM (et non un Mac, comme le brief l'exigeais). Nous étions au printemps 2002. 

Ma première grande sensation fut la présence de Steve Job à Paris en septembre pour son traditionnel Keynote de rentrée. Il le faisait au Palais des Congrès en ouverture du salon Apple Expo. Je découvrai alors un monde unique, un mélange de maîtrise absolue des process et d'obsession de qualité totale. Une rigueur à toute épreuve qui dénotait avec l'improvisation bon enfant dans laquelle les professionnels de la com se réfugiaient souvent en assumant que tout allait bien se passer au final. A quelques mètres de là, dans les sous-sols de l'hôtel Méridien, une salle de presse était montée dans le plus grand secret pour régler les moindres détails des annonces à venir et se tenir prêt, le moment venu et la minute précise, à diffuser les communiqués de presse au monde entier. 

Au fond de moi, je me demandais si tout cela avait véritablement un sens. Même si j'aimais la légende de cette entreprise qui avait été responsable, 15 ans plus tôt, de ma vocation pour la communication au service des nouvelles technologies, j'avais parfois l'impression que les process étaient démeusurés pour une entreprise pas très bien en point sur le marché mondial de l'informatique personnelle. D'ailleurs, les journalistes ne manquaient pas de me le rappeler, eux qui s'étaient empressés d'enterrer Apple depuis des années déjà, assénant la sentence définitive d'un déclin aussi certain qu'imminent. 

On dit souvent aujoud'hui qu'Apple est hégémonique et arrogant. Il faut avoir en mémoire qu'en 2002, personne ne voulait leur parler et un nombre incalculable d'experts ne leur accordait le moindre crédit. Mes propres collaborateurs étaient dubitatifs et je me souviens d'une discussion avec mon associé de l'époque : je voulais acheter des actions Apple qui cotaient alors 14 $ et il s'opposa fermement à mon projet, pensant que c'était bien trop risqué (!).

Créditée d'une part de marché inférieure à 5% au plan mondial, isolée dans son monde avec un système d'exploitation si particulier et si rétif au monde Windows archi dominant, l'entreprise avait pourtant toutes les chances de réussir à mes yeux pour trois raisons principales : une rigueur à toute épreuve, une fabuleuse foi en l'innovation et un leadership unique au monde. A chaque fois qu'il m'était donné de croiser Steve Jobs et de participer aux rares interviews qu'il accordait à la presse française, je comprenais que rien ne pourrait jamais ébranler cet homme et que son empathie avec l'utilisateur mêlée à une quête permanente de sens étaient les solides ressorts  d'un succès programmé. J'avais travaillé pour des dizaines de chefs d'entreprise mais jamais je n'avais croisé quelqu'un de plus animé par l'obsession de se mettre à la place du client et jamais je n'avais encore rencontré de patron aussi habité par l'impérieuse nécessité de donner à son entreprise un dessein. 

Comme je viens de l'évoquer, la plupart des journalistes avec qui je discutais ne s'en rendaient pas compte et je pourrais vous reproduire ici des dizaines de conversations où ils descendaient violemment les annonces de la marque. Ainsi, l'annonce des premiers iPods fut une boucherie médiatique, l'ouverture iTunes music store fut proche du carnage, sans compter sur la sortie du premier iPhone qui, s'il rencontra immédiatement son public, fut descendu par des journalistes et des blogueurs qui ne virent dans ce nouveau téléphone qu'un gadget inutile et sans avenir pour quelques "happy few."

Malgré les critiques, Apple continuait d'avancer, animée par une foi inébranlable dans sa capacité à délivrer des produits innovants et bien conçus, et portée par les seuls observateurs importants, les clients. 

Et ce sont trois choses que Apple m'a appris de plus précieux en 10 ans de collaboration. 

La première est que, quelle que soit l'adversité, quelles que soient les critiques, si l'on est sûr de la qualité de ce que l'on entreprend, se son utilité et de sa raison d'être, on doit continuer d'avancer, ne jamais s'arrêter et ne pas céder aux intimidations et aux découragements. Même si l'on n'est pas en situation dominante, il faut se comporter en leader, incarner ce que l'on aspire à devenir et s'en faire une religion. 

La deuxième est qu'il ne faut jamais écouter les conseillers ou les experts qui se trompent presque toujours pour d'obscures motivations. Il ne faut prêter l'oreille qu'à ceux pour qui on fait les choses : les clients, l'utilisateur final, le destinataire ultime du service. Ce sont eux et eux seuls qui ont raison. 

La troisième enfin est qu'il faut avoir une vision à long terme et la décliner au fil des années sans jamais se détourner du chemin. Lorsque Steve Jobs a lancé les premiers iPods, les gens n'y ont vu qu'un banal disque dur externe destiné à stocker de la musique. Ils sont trouvé ça inutile et l'on relégué au rang de gadget. Lui avait déjà en tête l'ensemble de l'écosystème qui allait révolutionné la consommation de biens culturels. 

Il est des rencontres professionnelles qui vous changent de l'intérieur. Apple fut l'une de celles-ci et j'essaye depuis lors de mettre ces enseignements en pratique pour avancer dans la vie. Je ne sais pas si j'y arrive avec succès mais j'essaye, tant tout cela m'inspire et me guide. 

A suivre... 

               Partager Partager
Notez


Lu 3007 fois

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :

Voilà c'est fini - 21/11/2016

1 2 3 4

Politique | Opinion | PERSO | Libertés | Communication | WebDiversity | Culture | ReputationTime



Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.


Facebook
LinkedIn
Skype
Twitter
Slideshare

@cginisty
@inesevoika you've got mail ;-) thanks for your spontaneous cooperation
Samedi 3 Décembre - 13:10
@inesevoika sure, that would be great
Samedi 3 Décembre - 12:51
I do remember 3 years ago when I spoke at #PRilika2016 - it remains a great souvenir
Samedi 3 Décembre - 10:57
Looking for a speaker who could elaborate on the importance of social networks for women in the Arab world as an emancipation tool
Samedi 3 Décembre - 10:55
RT @jjdeleeuw: Grand moment. Les expertes à 12h30 sur @BX1Officiel : @celinefremault @Assita_Kanko @SylvieLausberg @Bea_Ercolini @zariauror…
Samedi 3 Décembre - 09:03
RT @ldcRTBF: #Molenbeek Un nouveau panneau au style hollywoodien à l’entrée de la commune @FredericNicolay #InitiativeBruxelloise #UCLWebCo…
Samedi 3 Décembre - 08:53

Recherche