J'ai comme l'impression qu'il va en falloir de l'imagination pour se passionner pour la prochaine élection présidentielle. Oh, je ne parle pas uniquement de l'affaire DSK dont les rebondissements tiennent en haleine les trois quarts des observateurs de la vie politique française et qui n'en finit décidément pas (l'avocat de Tristan Banon
ayant confirmé aujourd'hui la plainte déposée pour tentative de viol contre l'ancien directeur général du FMI).
Si j'ai l'intuition que cela ne va pas être passionnant, c'est que si l'on met sur la table les parties prenantes telles que nous les connaissons aujourd'hui, il n'y a pas de quoi s'enthousiasmer. De la droite vers la gauche, voici l'éventail des prétendants qui se présentent à nous.
- Marine Le Pen : le même talent médiatique que son père mais sans l'épouvantail qui lui collait à la peau. La version édulcorée en apparence (et en apparence seulement) des thèses populistes frontistes, la même absence de bon sens économique et la même haine de l'autre, de l'étranger, source de tous nos maux.
- Nicolas Sarkozy : le président des riches, de l'UMP, le toujours premier flic de France et le champion toutes catégories de la stigmatisation érigée en mode de gouvernement. Le meilleur ami de l'OTAN et du nucléaire civil pour qui la France va en prendre pour longtemps.
- Dominique de Villepin : l'artistocrate illuminé d'une autre droite qu'il n'a pas vraiment été capable de faire émerger depuis le temps qu'il en parle, le meilleur ennemi de Sarkozy mais aussi l'intermittant de la politique, lui qui ne veut pas se consacrer à son petit parti à plein temps.
- Hervé Morin : ... comment ça, vous aussi, vous avez souri ? Son attaché de presse m'envoie toujours autant d'infos mais a refusé de m'organiser une interview.
- Jean-Louis Borloo : Trois ans vautré dans le fauteuil club du Sarkozisme pur jus avant d'annoncer qu'il prend ses distances pour de sombres raisons électoralistes. Sans doute aussi le plus mauvais orateur de la bande, ce qui rend son discours totalement incompréhensible.
- François Bayrou : le problème, c'est que je l'ai trop bien connu pour pouvoir voter pour lui et je sais qu'il serait incapable de diriger notre pays, avec ou sans son shadow cabinet.
- François Hollande ou Martine Aubry : désolé pour Valls, Royal et Montebourg mais ils vont devoir s'y faire. Nous aussi d'ailleurs : à moins d'un retour fracassant de DSK, c'est l'un de ces deux noms qui figurera sur le bulletin de vote socialiste en 2012. Et si j'ai une tendresse particulière pour l'intelligence tactique de François Hollande, tout cela ne fait pas rêver.
- Eva Joly : Encore un petit effort et elle aura eu la peau de Nicolas Hulot. Et franchement,c'est la pire candidate écolo depuis des décennies.
- Jean-Luc Mélenchon : Il fut bon, très bon même, mais à force de faire du Mélenchon, il en devient la caricature de lui-même, un peu comme le regretté Georges Marchais qui fit le bonheur des émissions politiques de mon enfance.
- Philippe Poutou : candidat du NPA pour succéder à Olivier Besancenot. Sans commentaires.
Non, franchement, j'ai beau me repasser cette liste dans tous les sens, si l'élection avait lieu dimanche prochain, je serais vraiment bien emmerdé au moment de passer dans l'isoloir.
Mais au-delà de mes état d'âmes d'électeur, il faut se poser la question de savoir pourquoi nous en sommes réduits à une si mauvaise qualité de candidats. J'ai pour ma part l'impression que la réponse à cette question est à rechercher dans le non renouvellement de la classe politique française. Car si vous reprenez chacun de ces noms, vous aurez en majorité des gens qui sont là depuis longtemps, très longtemps, et qui ont fait de la politique une carrière en veillant au passage à ce que rien ne puisse émerger pour les concurrencer.
Pas étonnant alors que nous ayons les candidats que nous méritons. Ou plutôt que mérite notre système politique figé et oligarchique.