Christophe Ginisty

Au secours, la présidentielle 2012 s'annonce sinistre !


Rédigé le Lundi 4 Juillet 2011



Au secours, la présidentielle 2012 s'annonce sinistre !
J'ai comme l'impression qu'il va en falloir de l'imagination pour se passionner pour la prochaine élection présidentielle. Oh, je ne parle pas uniquement de l'affaire DSK dont les rebondissements tiennent en haleine les trois quarts des observateurs de la vie politique française et qui n'en finit décidément pas (l'avocat de Tristan Banon ayant confirmé aujourd'hui la plainte déposée pour tentative de viol contre l'ancien directeur général du FMI).

Si j'ai l'intuition que cela ne va pas être passionnant, c'est que si l'on met sur la table les parties prenantes telles que nous les connaissons aujourd'hui, il n'y a pas de quoi s'enthousiasmer. De la droite vers la gauche, voici l'éventail des prétendants qui se présentent à nous.
  • Marine Le Pen : le même talent médiatique que son père mais sans l'épouvantail qui lui collait à la peau. La version édulcorée en apparence (et en apparence seulement) des thèses populistes frontistes, la même absence de bon sens économique et la même haine de l'autre, de l'étranger, source de tous nos maux. 
  • Nicolas Sarkozy : le président des riches, de l'UMP, le toujours premier flic de France et le champion toutes catégories de la stigmatisation érigée en mode de gouvernement. Le meilleur ami de l'OTAN et du nucléaire civil pour qui la France va en prendre pour longtemps.
  • Dominique de Villepin : l'artistocrate illuminé d'une autre droite qu'il n'a pas vraiment été capable de faire émerger depuis le temps qu'il en parle, le meilleur ennemi de Sarkozy mais aussi l'intermittant de la politique, lui qui ne veut pas se consacrer à son petit parti à plein temps.
  • Hervé Morin : ... comment ça, vous aussi, vous avez souri ? Son attaché de presse m'envoie toujours autant d'infos mais a refusé de m'organiser une interview.
  • Jean-Louis Borloo : Trois ans vautré dans le fauteuil club du Sarkozisme pur jus avant d'annoncer qu'il prend ses distances pour de sombres raisons électoralistes. Sans doute aussi le plus mauvais orateur de la bande, ce qui rend son discours totalement incompréhensible.
  • François Bayrou : le problème, c'est que je l'ai trop bien connu pour pouvoir voter pour lui et je sais qu'il serait incapable de diriger notre pays, avec ou sans son shadow cabinet.
  • François Hollande ou Martine Aubry : désolé pour Valls, Royal et Montebourg mais ils vont devoir s'y faire. Nous aussi d'ailleurs : à moins d'un retour fracassant de DSK, c'est l'un de ces deux noms qui figurera sur le bulletin de vote socialiste en 2012. Et si j'ai une tendresse particulière pour l'intelligence tactique de François Hollande, tout cela ne fait pas rêver.
  • Eva Joly : Encore un petit effort et elle aura eu la peau de Nicolas Hulot. Et franchement,c'est la pire candidate écolo depuis des décennies.
  • Jean-Luc Mélenchon : Il fut bon, très bon même, mais à force de faire du Mélenchon, il en devient la caricature de lui-même, un peu comme le regretté Georges Marchais qui fit le bonheur des émissions politiques de mon enfance.
  • Philippe Poutou : candidat du NPA pour succéder à Olivier Besancenot. Sans commentaires.
Non, franchement, j'ai beau me repasser cette liste dans tous les sens, si l'élection avait lieu dimanche prochain, je serais vraiment bien emmerdé au moment de passer dans l'isoloir.

Mais au-delà de mes état d'âmes d'électeur, il faut se poser la question de savoir pourquoi nous en sommes réduits à une si mauvaise qualité de candidats. J'ai pour ma part l'impression que la réponse à cette question est à rechercher dans le non renouvellement de la classe politique française. Car si vous reprenez chacun de ces noms, vous aurez en majorité des gens qui sont là depuis longtemps, très longtemps, et qui ont fait de la politique une carrière en veillant au passage à ce que rien ne puisse émerger pour les concurrencer.

Pas étonnant alors que nous ayons les candidats que nous méritons. Ou plutôt que mérite notre système politique figé et oligarchique.

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Commentaires articles

1.Posté par Jean-Baptiste Bournisien le 04/07/2011 17:39
J'aurai plutôt dit : "De la droite vers la gauche, voici l'épouvantail des prétendants qui se présentent à nous". C'est vraiment l'effet que ça me fait, même si par défaut, je me dirigerai plutôt vers un des candidats socialistes, sans grande conviction pour le moment.

2.Posté par windu.2b le 04/07/2011 18:35
Bien que je sois assez d'accord avec vous sur plusieurs noms de votre liste, je remarque cependant que dans certains cas (comme François Bayrou et c'est encore plus flagrant pour Eva Joly), ça manque tout de même d'explications !
Vous auriez pu développer : qu'est-ce qui fait que Bayrou n'y arrivera pas ? En quoi Joly est-elle la pire ?

3.Posté par Christophe Ginisty le 04/07/2011 18:45
Certes... Pour Bayrou, c'est assez simple. Je l'ai vu travailler, je l'ai vu à l’œuvre dans la construction de son mouvement et j'ai réalisé à quel point c'était l'un des pires dirigeants qu'il m'avait été donné de côtoyer tout au long de ma carrière. Et je ne l'imagine pas une seule seconde avoir l'étoffe de diriger un pays.

Pour Eva Joly, j'avoue que c'est une opinion toute personnelle mais je la trouve antipathique à un point difficile à imaginer.

4.Posté par Marie le 05/07/2011 14:27
Christophe, dans quelle catégorie de population vous classez-vous ? Les riches (perso, je dirai oui à la lecture de votre blog sur votre train de vie perso : voyages lointains et paradisiaques, bonne situation, belle demeure...vous avez de l'argent, vous êtes entrepreneur, vous l'avez gagné, c'est normal !), les pauvres (non !), le Français moyen (non plus !).... bref, tt cela pour vous dire que cette élection ne répondra qu'à l'attente d'une certaine élite, très certainement de gauche (caviar). Je suis amère car, en 2012, les vraies préoccupations des Français moyens, dont je suis, ne seront jamais prises en compte et le fossé sera toujours plus profond entre les riches et les pauvres/moyens !

5.Posté par Christophe Ginisty le 05/07/2011 14:34
Si je gagne bien ma vie du fait de mon travail, je ne me considère pas non plus faisant partie d'une quelconque élite, et encore moins de ce que vous appelez la "gauche caviar".

Je vais peut-être vous surprendre, mais ce qui m'intéresse dans le programme des candidats, c'est précisément qu'ils s'occupent de ramener dans ce pays plus d'équité, de justice et de responsabilité dans leurs actes. Ce pays est en train de crever de la prolifération de toutes ces injustices. Que cela me concerne directement ou pas n'est vraiment pas l'enjeu. Je ne me suis jamais engagé politiquement pour moi-même mais pour une certaine idée que j'avais de l'action publique.

6.Posté par Voltaire le 07/07/2011 10:45
Je ne partage pas l'avis de l'auteur. D'abord parce qu'une élection présidentielle ne se joue pas uniquement sur la personnalité des candidats. Le contexte politique et socio-économique, particulièrement important, va nécessairement faire de cette élection un enjeu majeur, et l'on peut s'attendre à un peu moins de frou-frou politico-médiatique que d'habitude. Ensuite parce que bien sûr le paysage politique est encore flou, et que cela va se décanter dans les mois à venir,^même si l'on peut s'attendre hélas à l'arrivée de quelques autres candidatures de témoignage. néanmoins, on devrait quand même assister à un débat de fond intéressant avec des options très différentes sur l'évolution de notre société proposées par les principaux candidats, ce qui devrait, à défaut d'être enthousiasmant (la période n'est certes guère à l'optimisme béat), être tout à fait passionnant.

Je ne partage pas non plus votre avis sur un certain nombre de candidats, à part pour ceux situés aux extrêmes.

Nicolas Sarkozy est plombé par une série d'erreurs qu'il a comis tout au long de son mandat, et effectivement par uen présidence non pas dirigée vers l'ensemble des français, mais vers quelques catégories spécifiques. Néanmoins, il a pour lui un dynamisme peu contestable qui est un réel avantage en période de crise, telle que nous la connaissons. Seul problème, ses solutions ne sont pas nécessairement les bonnes...

Le cas Villepin est insignifiant, il est peu probable qu'il aille au bout.
Pour le centre, il en va de même pour Morin et Borloo. Ce dernier a de réelles qualités de conviction sur des sujets précis mais manque sans doute d'une vision globale pour le pays, et il ne sera pas suffisamment suivi par ses troupes pour pouvoir se présenter à mon avis.

Votre jugement sur Bayrou est biaisé par des considérations personnelles. La justesse de son analyse politique et sociétale est difficilement contestable, il aurait plutôt le tort d'avoir eu raison trop tôt, et ses propositions sont en général censées. Quant à la solidité de son caractère, elle ne fait aucun doute. Votre question principale revient à se demander si un mauvais chef de parti (peu contestable) peu faire un bon président. Rocard a fait un mauvais chef de parti, aurait-il était bon président ? De Gaule a toujours refusé d'être chef de parti, il a fait un bon président. Giscard n'a pas été brillant non plus comme chef de parti, et a réussi sa première moitié de septénat. Les qualités pour être chef de parti sont elles les mêmes que pour être président ? la question mérite d'être posée.

Eva Joly ne sera sans doute pas une très bonne candidate, par rapport à Hulot, mais elle apportera néanmoins dans cette campagne la rigueur et un certain nombre de questions gênantes qui seront les bienvenues. Je pense qu'elle fera quand même entre 5 et 8%, si elle parvient à se démarquer de la position très à gauche des militants Verts qui l'auront élus candidate.

Aubry et Hollande sont deux candidats très sérieux, avec la stature pour être président, et qui présentent l'intérêt d'avoir des vision très différentes pour l'avenir. Un vrai casse-tête pour le PS, mais un véritable intérêt pour les électeurs des primaires.

Bref, contrairement à vous, je pense que cette campagne sera intéressante, même si crispée par les enjeux nationaux et internationaux déterminants, et finalement c'est au pied du mur que l'on voit l'artisan. Cela devrait être révélateur de la qualité des candidats et de leur capacité à répondre aux défis actuels.

7.Posté par Dave96 le 11/07/2011 03:44
Je suis a 100 % sur la meme longueur d'onde christophe: cette election n'inclut aucun candidat qui me donne envie de voter. J'aurais voulu que Hulot ait une chance... mais les ecolos qui sont bel et bien un parti pas mieux que les autres - en ont decide autrement.

En fait c'eait la meme chose en 2007, sauf qu'on a ete victimes de l'allucination collective nommee "bayrou" a l'epoque.

Je vais aller alumer un cierge tiens!

8.Posté par Zenon le 12/07/2011 17:39
Je partage globalement l'analyse de Voltaire : votre jugement sur Bayrou est faussé par des considérations personnelles . Bayrou a une analyse juste de la situation, une vision de l'avenir du pays et du courage, il a donc tout à fait la stature pour être un bon Président de la République . Par ailleurs sa trajectoire personnelle, le fils d'un petit paysan du Béarn devenu agrégé de lettres classiques, puis ministre, est symbolique d'une certaine méritocratie républicaine que nous aimerions voir remise à l'honneur .
Je vous concède que, s'il a été pour le MoDem un bon inspirateur, il a aussi été un piètre gestionnaire de parti . C'est un peu un Henri IV qui n'aurait pas trouvé son Sully, mais sans doute n'éprouvait-il pas l'envie de s'enfermer dans un parti . Cela n'enlève rien à ses qualités de chef d' Etat, il est capable de fixer un cap pour notre pays restera ensuite à trouver un bon 1er ministre pour veiller à "l'intendance", F. Hollande ou R. Rochefort pourraient parfaitement tenir ce rôle .

9.Posté par JF le démocrate le 14/07/2011 01:21
Je ne partage pas forcément les analyses de Voltaire, mais je pense effectivement que Bayrou, même si ce n'est pas un "organisateur" de parti (et tout le monde l'aura remarqué dès la première heure), est celui qui a la vision "la plus claire". Il reste à voir ce que ça donnera en terme de programme, que nous ne connaissons pas pour le moment.

Pour le reste: si, bien sûr une élection présidentielle se joue sur la personnalité des candidats! C'est quasiment une évidence... Et bien évidemment, cette campagne risque d'être la pire, la plus basse qu'on ait connue, vue comment elle est partie.

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