Christophe Ginisty

Bayrou tente de s'approprier la défense des "Petits, des obscurs et des sans-grades"


Rédigé le Vendredi 20 Janvier 2012



(Crédit photo: 20minutes.fr)
(Crédit photo: 20minutes.fr)
Hier, François Bayrou dans son premier vrai meeting de campagne présidentielle a prononcé des mots sur lesquels il est intéressant de s'arrêter deux secondes car ils en disent long sur la tonalité de la campagne 2012. Je cite :

"Dans une pièce formidable qui s'appelle l'Aiglon, Edmond Rostand a écrit une admirable et magnifique définition qu'autrefois on apprenait à l'école. Vous savez, « l'Aiglon » c'est le fils de Napoléon qui est là-bas, Duc de duc de Reichstadt, exilé si loin de son pays et de l'histoire de son père. Il est entouré de dignitaires, de ceux qui, au fond, se sont rendus au vainqueur et un jour, devant lui, on demande à l'un de ces grands dignitaires pourquoi ils ne sont pas allés jusqu'au bout du combat et pourquoi ils se sont rendus et il a cette phrase, il dit : « Nous étions fatigués ».

À ce moment-là, la porte s'ouvre et on voit entrer un personnage qui était là, comme un veilleur que l'on n'identifiait pas, comme un protecteur, peut-être on dirait un garde du corps... C'est un vieux soldat de Napoléon, il s'appelle Flambeau et quand il entend "nous étions fatigués", alors Flambeau dit : « Et nous, les petits, les obscurs, les sans- grade, Nous qui marchions, fourbus, crottés, blessés, malades, Nous qui marchions toujours et jamais n’avancions, Sans espoir de duchés ni de dotations, trop pauvres et trop gueux pour que l'espoir nous berne De ce fameux bâton qu’on a dans sa giberne ».

Eh bien les petits, les obscurs, les sans grade, ce sont eux qui aujourd'hui ont besoin que l'on parle en leur nom dans l'élection présidentielle de la République française."


C'est très lyrique et on reconnaît bien là l'homme de lettres mais il y a deux choses qui m'intéressent dans ce passage du discours du président du MoDem et, encore une fois, mon propos est uniquement d'analyser les conséquences en termes de communication.

La première réflexion que je voudrais faire est que cette volonté de se battre pour "les petis, les obscurs et les sans grade" est une posture bien connue des partis politiques d'opposition qui se plaisent à caricaturer l'action de leurs prédécesseurs sous les traits grossis de gouvernants qui n'auraient rien fait d'autre que de créer des millions de laissés pour compte. L'extrême droite à utilisé cette formule en 2002 lorsque Jean-Marie Le Pen est arrivé au second tour de l'élection présidentielle, la gauche de la gauche l'utilise aussi actuellement sous les traits notamment de Jean-Luc Mélenchon.

Du coup, une formule que tout le monde utilise depuis des lustres perd de son efficacité pour devenir un poncif ou, au pire, une expression tarte à la crème. Et ce n'est pas très efficace.

La deuxième réflexion que je veux livrer à votre attention est que j'ai le sentiment que cette formule est légèrement hors sujet. J'ai intuitivement l'impression que les vrais oubliés du Sarkozisme ne sont pas les petits, les sans grades mais au contraire les "moyens", faisant ainsi référence aux classes moyennes.

Quand on évoque les chiffre du chômage, les jeunes diplomés de nos universités ne sont pas des sans grades et encore moins des obscurs. Idem pour les seniors qu'on pousse à la retraite comme des chiens à 50 ans après qu'ils aient consacré leur vie à produire de la valeur au travail. Ce ne sont pas des petits.

La société dans laquelle nous vivons et singulièrement depuis 2007 n'est pas coupable d'avoir méprisé les "petits, les obscurs et les sans-grades". Je la crois coupable d'avoir sur-protégé les élites financières et d'avoir brisé les classes moyennes et actives, françaises et issues de l'immigration, celles qui produisent potentiellement le plus de richesse dans notre pays.

Alors oui, je trouve cette partie du discours de François Bayrou un brin démago et franchement à côté de la plaque.

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