Christophe Ginisty

Bernadette et Nabila ou la passion inquiétante de l'anecdotique


Rédigé le Vendredi 21 Novembre 2014



C'était à la une de Google News une bonne partie de la journée : Bernadette Chirac aurait ce matin méprisé ostensiblement Alain Juppé lors de son arrivée à la cérémonie de remise du prix de la Fondation Chirac.

Les images se sont évidemment instantanément retrouvées sur Internet et des journaux aussi sérieux que Les Echos que l'on croyait concentré sur les sujets économiques, n'ont pas tardé à faire leurs titres sur cette absence de bonnes manières de l'ancienne première dame de France. 

En découvrant cette info ce midi, je me suis vraiment dit que certains journalistes n'avaient vraiment rien d'autre à foutre que de relater une information dont l'importance est proche du zéro absolu. Car franchement, qu'est-ce que ça peut bien faire que cette Tati Danièle de la droite, cette dame de fiel daigne ou non serrer la main à l'adversaire déclaré de son chouchou à la prochaine présidentielle ?

En quoi est-ce un fait qui mérite ce traitement médiatique ? Car si vous avez cliqué pour aller lire l'article des Echos que j'ai mis en lien, vous vous êtes certainement rendus compte que sa source était l'AFP : C'est donc la très respectable agence d'information nationale qui a pondu cet article et, du fait des accords de diffusion avec les autres titres, a répandu la nouvelle sur la moitié des sites d'information de France. 

Ça laisse songeur. Du moins, moi, ça m'a laissé songeur et m'a renvoyé à une autre info que tous les médias de France et de Navarre nous abreuvent depuis 15 jours maintenant, les frasques privées de Nabila et de son compagnon. 

Je ne vais pas vous la jouer intellectuel blasé exclusivement rivé sur France Culture et Arte quand la lecture de son Monde Diplomatique lui laisse encore du temps libre pour consommer de l'info mais tout de même, c'est quoi cette propension à transformer le néant en marqueur de l'actualité ? Être journaliste, n'est-ce pas d'abord sélectionner ce qui mérite d'être traité et transmis au public ? Être journaliste, n'est-ce pas tenter d'éduquer ses cibles pour tenter de les élever vers une meilleure connaissance de la société ? A l'inverse, n'est-ce pas abaisser dangereusement le niveau que de nous faire passer ces anecdotes insipides pour des faits d'actualité majeurs ? 

Ceux qui ont fait ça me diront : mais voyons, on traite ces infos car ça intéresse les français qui se passionnent pour ces petites histoires... Peut-être mais dans ce cas, ça ne s'appelle plus du journalisme mais du clientélisme et il n'y a rien de plus inquiétant, selon moi, pour un média d'information que de sombrer dans ce travers. 

Il y a quelques jours, Mediapart a sorti une information de très grande importance au sujet des soupçons de financements Libyens dans la campagne présidentielle de Nicolas Sarozy et personne dans les grands médias d'information n'a semblé s'y intéresser. Comme l'a très justement écrit Edwy Plenel dans cette note en accès libre :

"Pour étouffer une information, il suffit de ne pas la reprendre. Et le degré d’intensité d’une démocratie se donne à voir dans ces renoncements où des journalistes oublient qu’ils en sont aussi les acteurs et les gardiens, par leur respect sans concession du droit de savoir des citoyens. Il faut donc que la démocratie française soit bien mal en point pour que soit tue la révélation qu’un collège d’experts a authentifié sans aucune réserve un document planifiant une corruption étrangère au plus haut niveau de la République."

 (...) Le lourd silence des démocraties affaissées et affaiblies, ayant renoncé à être exigeantes avec elles-mêmes. Sauf à lire Mediapart ou à suivre les réseaux sociaux, nos concitoyens ne sauront pas que le long feuilleton de l’affaire libyenne a connu un épisode judiciaire décisif qui donne crédit à notre enquête et conforte les faits de corruption qu’elle a mis au jour.

Il faut parfois se battre pour qu’une information qui dérange des intérêts et des pouvoirs fasse son chemin dans l’espace public."


Vous le voyez bien, ce n'est pas juste un problème de communication et les frasques méprisantes de Bernadette Chirac ou les coups de couteau de Nabila publiées en une ne sont pas uniquement révélatrices de notre rapport aux média et de notre appétit voyeur pour le néant.

Parce que précisément les journalistes font un choix quand ils décident d'accorder du temps et de la place à un fait d'actualité, parce que ce choix s'opère toujours au détriment d'un autre, et parce que la presse est partie intégrante de la démocratie, ces questions doivent nous interpeller bien au-delà de leur aspect purement anecdotique. 

A suivre... 

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Commentaires articles

1.Posté par Marie le 25/11/2014 11:28
C'est malheureux mais c'est comme ça. Les journalistes aiment bien proférer de fausses informations ou grosses des informations vides de tout contenu. Je trouve vraiment qu'ils feraient mieux de s'intéresser aux vrais sujets d'actualités.

2.Posté par http://www.coqueiphone6.org/ le 29/12/2014 07:50
C'est malheureux mais c'est comme ça. Les journalistes aiment bien proférer de fausses informations ou grosses des informations vides de tout contenu. Je trouve vraiment qu'ils feraient mieux de s'intéresser aux vrais sujets d'actualités.

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