Christophe Ginisty

Bilan de la première année du quinquennat de François Hollande sous l’angle de la communication.


Rédigé le Lundi 6 Mai 2013



Bilan de la première année du quinquennat de François Hollande sous l’angle de la communication.
Il y a un an tout juste, la France votait et élisait François Hollande(1) à la Présidence de la République. C’est l’occasion pour moi de me livrer à l’exercice qui consiste à revenir sur les moments clés de cette première année. Laissons aux observateurs politiques le soin de commenter le fond et intéressons-nous ensemble aux événements marquants sous l’angle de la communication.
 
Beaucoup d’événements et d’attitudes caractérisent des douze mois sous l’impulsion de l’hôte actuel de l’Elysée et vous me pardonnerez donc à l’avance la longueur exceptionnelle de cette note.
 
Il y a évidemment des causes conjoncturelles qui le dépassent et qui lui sont extérieures mais essayons de commenter les faits dont il est en partie responsable ou tout du moins acteur. Je voudrais évoquer ces derniers et exprimer ainsi de quelle manière l’action publique peut rencontrer (ou pas) l’adhésion de l’opinion publique.
 
L’énigme du rejet et de l’adhésion
La légitimité politique ne vient pas uniquement du nombre de voix que l’on a recueillis dans les urnes, elle vient aussi du sentiment qui fut moteur dans le choix d’un candidat plutôt que d’un autre. Le 6 mai 2012, la question de savoir si c’est François Hollande qui avait été préféré à Nicolas Sarkozy et donc voulu par la majorité des français ou si c’est Nicolas Sarkozy qui avait été rejeté par ces mêmes français pouvait se poser.
 
Peu de présidents avaient jusqu’alors accumulé à la fin de leur mandat autant de détestation que l’ancien président de la République qui en a rajouté une couche en commettant l’erreur fatale de personnaliser à outrance l’élection.
 
Du coup, le soir de l’élection, si la légitimité démocratique était indiscutable et indiscutée, on pouvait s’interroger sur l’autre légitimité, celle issue de l’adhésion.
 
En termes de communication, cette dimension est fondamentale car elle conditionne la capacité de celui qui est élu de gouverner dans des conditions acceptables d’adhésion de l’opinion publique à son action.
 
Mon analyse est que les équipes qui entourent François Hollande ne se sont peut-être pas suffisamment penchées sur la question. Ils ont commis là une erreur.
 
Une légitimité d’adhésion vous donne carte blanche pour dérouler un programme sans avoir un besoin excessif de conquête de l’adhésion. Une légitimité principalement électorale et circonstanciée vous oblige à développer des trésors d’imagination pour séduire afin d’exécuter un programme qui n’était finalement pas la raison principale de votre élection.
 
Une intronisation sous le déluge
Je sais ce que vous allez dire, le fait qu’il pleuvait des cordes sur Paris le jour où François Hollande a pris officiellement ses fonctions n’est pas un acte de communication et personne n’est responsable d’un tel déluge qui n’est que la « faute à pas de chance » comme on dit familièrement.
 
Certes, vous avez parfaitement raison. Il n’empêche que cela a produit des images désastreuses pour l’image du nouveau président de la république. Les téléspectateurs y ont vu l’image de la victime, du puissant ridicule rabaissé à la condition de simple piéton détrempé, les lunettes embuées et le costume à tordre, seuls éléments distinctifs d’une silhouette misérable mais néanmoins souriante sortant d’un toit ouvrant totalement inadapté pour l’occasion.
 
Cela fit au mieux sourire au moment où la présidence espérait projeter les attributs du prestige, de la grandeur et de la solennité. Au pire, cette scène inspirait le ridicule et je n’ai pour ma part jamais compris pourquoi le programme n’avait pas été modifié pour s'adapter à ces conditions exécrables.
 
Le changement par l’absence
Nicolas Sarkozy était un président omniprésent et François Hollande a choisi de rompre avec ce style qui avait conduit son prédécesseur à être inaudible en fin de mandat. Du coup, il s’est immédiatement imposé une discrétion médiatique qui a pris de cours les commentateurs.
 
On passait d’un discours par jour à une intervention tous les mois, voire une fois par trimestre.
 
Ce que le nouveau président a voulu faire passer pour de la mesure en rupture avec le passé a été ressenti comme de l’absence. Et pour l’opinion, quand on est absent, cela signifie que l’on ne s’occupe pas des problèmes. Les gens sont incapables d’imaginer ce qu’on ne leur dit pas et que l’on ne démontre pas.
 
C’est vraiment un effet pervers. Pourtant, l’intention était louable.

Je pense pour ma part que les équipes présidentielles auraient dû ne réduire que progressivement les apparitions du chef de l’exécutif et pas d’un seul coup. Un peu comme une cure de désintoxication. 
 
Une compagne antipathique
Attention, je ne dis pas un seul instant que Valérie Trierweiler soit quelqu’un d’antipathique. Rien ne m’autorise à le penser ou le dire. Ce que je veux exprimer ici dans mon analyse de la communication de la première année de la présidence de François Hollande est que la première dame a débuté sa carrière médiatique par une action désolante qui a fait croire au public qu’elle était antipathique.
 
Son fameux Tweet meurtrier balancé dans les terres de Ségolène Royal était d’une très rare inélégance et c’était tellement inutile que cela s’est immédiatement retourné contre celle qui en était l’auteur.
 
140 caractères pour se faire détester des français, voilà une performance dont le président se serait bien passé.
 
Si l’on ne peut pas refaire l’histoire et effacer ce qui a été posté sur la toile, je ne comprends pas pourquoi l’Elysée n’a pas tenté d’organiser une campagne de séduction pour la compagne de François Hollande en tentant simplement de mieux la faire connaître.
 
Ayrault, même pas un collaborateur
Lors de sa fameuse tirade « Moi, Président de la République,… » du débat d’entre deux tours, François Hollande avait dit « Moi, Président de la République, je ne traiterai pas mon Premier Ministre de collaborateur » en réaction ce qu’avait fait Nicolas Sarkozy en son temps en évoquant François Fillon.
 
C’était une très bonne idée que de dénoncer le mépris contenu dans les propos de Nicolas Sarkozy pour le chef du gouvernement mais que dire alors de l’attitude qui consiste à ne pas en parler du tout ? L’absence de mention n’est-elle pas plus assassine que le qualificatif de collaborateur ?
 
Car lors de plusieurs apparitions médiatiques d’importance, François Hollande n’a même pas pris soin de citer celui qui dirige le gouvernement. J’ai pour ma part trouvé que cela pénalisait gravement la possibilité de la confiance envers l’exécutif dans son acceptation collégiale et institutionnelle.
 
En ces temps difficiles où la popularité est au plus bas, un Jean-Marc Ayrault fort serait de nature à contrebalancer la défiance présidentielle et ce ne serait pas inutile pour l’action de ce gouvernement.
            
Montebourg, le mauvais perdant des primaires
Il a beau être ministre et membre d’une équipe gouvernementale, Arnaud Montenbourg est un cavalier seul qui communique comme s’il était toujours dans la séquence des primaires socialistes qu’il a pourtant perdues.
 
On peut disserter sur le bienfondé de ses prises de position, l’important n’est pas là dans l’analyse de la communication de l’exécutif depuis un an.
 
Une entreprise, une marque, un gouvernement, toute structure communicante a besoin d’adresser un message cohérent et clair pour recueillir l’adhésion des parties prenantes. La confusion et le bordel génèrent mécaniquement de l’anxiété dans l’opinion. Pire, une organisation qui ne communique pas de manière ordonnée est toujours perçue par le public comme une organisation dans laquelle il y a des problèmes structurels.
 
Encore une fois, je ne discute pas du fond. Montebourg a peut-être raison ou peut-être tort. Peu importe car dans la matière qui m’occupe, ses prises de parole intempestives décrédibilisent l’action du gouvernement dans son ensemble.
 
Une classe dissipée
J’en ai déjà parlé à plusieurs reprises et notamment sur mon blog, l’absence de leadership dans la communication de l’exécutif crée des velléités de prises de parole tout à fait surprenantes.
 
La nature ayant une sainte horreur du vide, ce n’est pas parce que vous ne vous exprimez pas que d’autres ne le font pas à votre place. C’est d’autant plus vrai à l’heure des médias sociaux où les conversations vont dans tous les sens et sont permanentes.
 
Tout comme je viens de l’évoquer en parlant d’Arnaud Montebourg, cette situation fragilise la lisibilité de l’action collective et l’empêche de récolter l’adhésion du plus grand nombre.
 
Car comment et autour de quoi se rassembler quand les émetteurs ne sont eux-mêmes pas unis ? C’est mission impossible.
 
C’est pour cela que je pense qu’un des principaux efforts en termes de communication pour restaurer la confiance consisterait à organiser la prise de parole de manière très précise.
 
La maîtrise malienne
S’il y a une action qui fut remarquablement bien gérée du point de vue de la communication, c’est bien la crise malienne qu’il faut citer. Ce fut parfait du début jusqu’à la fin, un cas d’école.
 
Une décision rapide et déterminée qui ne s’embarrasse pas de palabres inutiles face à une urgence humanitaire, une rapidité d’exécution, une séquence de liesse populaire qui conclut l’offensive par la représentation de la victoire, la communication qui a entouré l’intervention de la France au Mali fut un vrai sans faute.
 
C’est suffisamment rare pour être cité.
 
Mais est-ce une si bonne nouvelle que ça pour l’équipe gouvernementale du point de vue de l’image ? Oui et non.
 
Oui car cela consacre l’efficacité d’une action présidentielle. Non, car cela peut générer le sentiment du hors sujet, mais nous y reviendrons ultérieurement.
 
La star Taubira
Toutes les histoires sont propices à la création de légendes et toutes les légendes ont leurs stars.
 
Dans la très [trop] longue séquence du mariage pour tous et alors que cette réforme a été votée par le parlement au moment où j’écris cette note, une personnalité a émergé, Christine Taubira.
 
Peu connue du grand public, issue d’une formation politique confidentielle, la Garde des Sceaux a été la plus grande sensation médiatique de l’année présidentielle. Elle s’est acquittée de sa mission de manière exceptionnelle et ses mots ont été à la fois justes et historiques.
 
Du point de vue de la communication, c’est un atout maître sur lequel il faudra s’appuyer pour la suite.
 
La résistance à la rue
Je vais sans doute me faire étriper en écrivant cela mais j’ai trouvé l’impassibilité de François Hollande face à la rue remarquable dans l’épisode du mariage pour tous.
 
Même si, comme je l’évoquais dans mon tout premier point, il n’avait pas forcément été élu par des gens qui avaient approuvé toutes les propositions de son programme, le président n’a pas cédé et est resté ferme et droit dans ses bottes, Sarkoziste pourrait-on même dire sans risquer de l’insulter.
 
Oui car s’il y a bien quelqu’un qui a pratiqué l’obstination qu’aucune manif de pouvait ébranler, c’est bien l’ancien président de la République. C’est d’ailleurs assez amusant de réaliser que ceux-là même qui soutenaient Sarkozy dans son intransigeance face à la notion même de « démocratie de la rue » fustigent aujourd’hui Hollande dans son impassibilité.
 
François Hollande a tenu et, encore une fois, que l’on soit pour ou contre cette mesure, c’est de la responsabilité du chef de l’état de gouverner.
 
Le tsunami Cahuzac
Le scandale du feuilleton de l’évasion fiscale de l’ancien ministre du budget est sans conteste l’événement le plus dévastateur de l’année sur le plan de la communication.
 
Dévastateur car l’exécutif n’était pas préparé, dévastateur aussi car le président a bafouillé quelques mesures expresses, dévastateur encore car la réponse proposée par l’exécutif (la transparence) était hors sujet, dévastateur enfin car cela a jeté la suspicion de connivence sur d’autres membres du gouvernement.
 
C’est certes la faute d’un homme, d’un tricheur et en aucun cas une affaire gouvernementale mais l’impréparation fut telle que le gouvernement est apparu très amateur sur cette séquence alors que l’on attend de l’autorité qu’elle soit rapide, cinglante, efficace, professionnelle.
 
Du hors sujet ressenti au procès en incompétence 
Quand on regarde cette année avec attention et les événements qui ont marqué la volonté du président de la république, on retient évidemment le long processus législatif pour l’adoption du mariage pour tous, on pense aussi à l’intervention au Mali, mais également à quelques déplacements importants sur la scène internationale.
 
Au plan économique ou industriel, la carte postale est nettement moins nette. On retient le cafouillage sur Arcelor Mittal où les français ont eu l’impression qu’il y avait trois voix divergentes au sein du gouvernement, on retient aussi la lettre du propriétaire de GoodYear Amiens, les errements autour de la remise du rapport de Louis Gallois. On retient aussi l’affaire Depardieu et celle évidemment des Pigeons.
 
Bref, sur les sujets économiques les plus sensibles, les français ont ressenti de l’imprécision et tu tâtonnement qui donnent l’impression que les choses importantes ne sont pas correctement gérées et que l’exécutif se concentre sur des réformes ou des actions moins fondamentales.
 
Le risque ici est que l’opinion ait le sentiment que l’exécutif est hors sujet et, par extension incompétent.
 
Il est donc devenu indispensable de recadrer la communication et de se concentrer sur les messages qui explicitent l’action économique en faveur du retour à la croissance pour que le sentiment de hors sujet disparaisse peu à peu.
 
La « merkelophobie » tranquille
Avant dernier fait marquant du début de la présidence de François Hollande, les distances prises vis à vis de la chancelière allemande sont un élément important du bilan de la communication de l’équipe en place.
 
Il ne s’agit pas d’aller l’affronter mais de faire entendre un point de vue différent et, pour ma part, j’ai le sentiment que François Hollande fait un pari risqué mais qui sera formidablement payant.
 
En prenant une sorte de leadership sur l’opposition à Angela Merkel, le président français pourrait bien récolter à court terme les fruits de ses désaccords lorsque la chancelière sera désavouée par un plus grand nombre de pays, étranglés par une austérité suicidaire.
 
C’est pour le moment une posture de communication difficile à tenir mais je fais le pari qu’elle sera payante avant la fin de l’année 2013.
 
L’aubaine des divisions à l’UMP
Dernier point remarquable sur la première année de communication du quinquennat de François Hollande, on peut dire que ce dernier a eu de la chance de trouver en face de lui une UMP désolante en proie à des luttes intestines sur fond de magouilles électorales internes.
 
Ce fut du pain béni pour l’équipe gouvernementale mais, il faut bien aussi le reconnaître, pour les deux guetteurs aux extrêmes, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, ramasse-miettes du PS et de l’UMP.
 
La déconfiture de l’UMP s’est même ressentie jusque dans les débats en faveur du mariage pour tous où une absence de leadership à droite a permis à des porte-parole exotiques comme Frigide Barjot de percer.
 
Voilà ce que j’ai retenu des éléments marquants de la première année du quinquennat de François Hollande. Contrairement à la majorité des personnes interrogées dans les sondages, je lui fais toujours confiance mais je l’exhorte, lui et ses conseillers, à travailler un nouveau mode d’expression et de communication pour rendre l'action publique intelligible.
 
L’enjeu n’est ni de faire de la propagande ni de manipuler qui que ce soit mais de passer des informations dans un esprit collégial et uni, de se focaliser sur les sujets les plus importants et de montrer à l’opinion qu’il y a un vrai travail d’accompli au service d’une vision nouvelle de la société française.
 
Au regard de ce qui a été fait depuis un an, il faut prendre un virage à 180 degrés dans la communication. Mais c’est toujours possible et, de vous à moi, le jeu en vaut vraiment la chandelle.
 
A suivre…


(1) Dans un souci de transparence, je rappelle que j'ai voté pour François Hollande lors de cette élection. 

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Commentaires articles

1.Posté par fultrix le 07/05/2013 19:20
Sinon, pour le fond, j'ai çà :
http://calamiite.wordpress.com/2012/12/01/gouverner-en-paroles-et-en-actes/

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