Boulevard Voltaire : le positionnement par le mépris



Boulevard Voltaire : le positionnement par le mépris
Aujourd'hui 1er octobre, Robert Ménard, ancien fondateur de Reporters sans frontières et ex-chroniqueur sur iTele, lance un nouveau site d'information, Boulevard Voltaire. Si j'en parle ici, ce n'est pas uniquement pour lui souhaiter la bienvenue mais surtout parce que la communication qui entoure l'arrivée de ce site m'a assez décontenancé.

Traditionnellement, lorsque l'on se crée, on a envie de dire qui l'on est, ce que l'on projette de faire. Sur Boulevard Voltaire, c'est tout l'inverse qui se produit. Il suffit de cliquer sur l'éditorial de bienvenue pour entrer dans un papier qui débute par une longue énumération de ce que le site n'est pas :

Je cite :

Boulevard Voltaire 
n’est pas la filiale française d’une entreprise commerciale nord-américaine.

Boulevard Voltaire 
n’est pas une officine spécialisée dans les révélations exclusives d’origine policière, politicienne ou ramassées dans le caniveau.

Boulevard Voltaire
 n’est pas une petite succursale adossée à un grand groupe de presse.

Boulevard Voltaire
 n’est pas le cache-sexe d’un parti politique.

Boulevard Voltaire
 n’est pas la vitrine d’une secte.

Boulevard Voltaire
 n’est pas au service secret d’intérêts cachés.

Boulevard Voltaire
 n’a aucun fil à la patte et toute ressemblance de ce nouveau site avec des sites déjà existants ne pourrait donc être que fortuite.

Très franchement, je trouve cette entame haîneuse, arrogante et incroyablement méprisante.

Quelle curieuse façon de se lancer ! Nous sommes en présence d'un nouveau venu qui fait la leçon de manière lapidaire à tout ce qui existe par ailleurs et qui, en se livrant à cette énumération, envoie en creux le message que les autres sites d'information sont tous coupables d'être tombés dans l'un de ces travers. Non seulement c'est insupportable mais cela ne donne pas envie d'aller plus loin.

Et quelle manque de modestie que de laisser croire que l'on est dépositaire des seuls vertus dont on se pare !

Bien-sûr, la deuxième partie de la note tente d'expliquer ce que le site entend être. Mais là encore, on y perçoit des messages à l'intention du reste de la profession. Jugez plutôt :

Ils [les journalistes créateurs du site] n’auront pour juges que leur conscience et ne devront de comptes qu’à leur public.

Comprenez : les autres journalistes sont inféodés à d'autres pouvoirs et se moquent de leur public.

Puis l'édito ce termine par ce paragraphe : "Avec Boulevard Voltaire, il n’y aura ni totem ni tabou. Boulevard Voltaire sera un lieu de rencontres, de dialogue et de débats. Sur Boulevard Voltaire, la liberté sera chez elle."

Encore une fois, mon propos n'est pas d'apprécier le fond que je n'ai franchement pas eu le courage de parcourir après la découverte de cet édito. Je trouve cet acte de naissance inapproprié et, quelque soit le projet éditorial de ses fondateurs, ces derniers auraient dû comprendre que l'indépendance dont ils parlent ne se déclame pas, elle se prouve au fil des jours.

En termes de communication, c'est toujours une erreur de faire reposer la promesse identitaire initiale sur un jugement de valeur. Personne n'est prêt à le croire.

Autre règle importante en communication : quand on se lance, il faut rechercher des alliés. Croyez-moi sur parole, le mépris n'est jamais rassembleur.

Oh et puis pour terminer cette note, je ne résiste pas au plaisir de publier cette capture d'écran du site Boulevard Voltaire prise il y a quelques minutes à peine. Regardez les publicités qui s'affichent de chaque côté. Sans doute les joies de la publicité contextuelle sur Internet !

Au moins, il y en a pour tous les goûts.
Boulevard Voltaire : le positionnement par le mépris

Rédigé par Christophe Ginisty le Lundi 1 Octobre 2012

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Christophe Ginisty

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