Christophe Ginisty

Brexit : une opportunité au-delà des fantasmes et du catastrophisme


Rédigé le Vendredi 24 Juin 2016



Depuis ce matin, le monde est aux abois.

Les sujets de sa Gracieuse Majesté ont voté en faveur de la sortie de l'Union Européenne, faisant prendre à Cameron toute la mesure de l’expression d’arroseur arrosé et percevoir à tous les pronostiqueurs le vrai pouvoir du populisme.

Les bourses s’écroulent, les commentateurs parlent d’une surprise et d’une catastrophe et vont même jusqu’à décrire par le menu l’avènement d’une sorte d’apocalypse fantasmée  fraichement sortie des urnes, histoire de conférer à la nouvelle la plus grande intensité émotionnelle possible.

Et là, il n’y a pas de limite à l’affolement de la ménagère britannique : les journaux évoquent des visas qui vont être exigés pour voyager en Europe, des retraites qui vont fondre au soleil comme des cornets de glace sur les plages de Marbella en plein mois d’août,…

Cameron promet de démissionner (mais pas tout de suite, faudrait pas déconner), refuse d’être celui qui mettra en œuvre la décision des électeurs et portera la responsabilité historique d’une catastrophe, un peu comme un chef de guerre qui laisserait à son successeur la responsabilité d’appuyer sur le bouton rouge et de tout faire péter.

Mais voilà. En dehors du fait qu’on va tous mourir, rien ne va se produire tel que décrit depuis ce matin. Rien du tout !

D’abord, il faut savoir qu’on ne quitte pas l’Union Européenne aussi facilement que ça. Le gouvernement britannique doit mettre en place une procédure bien particulière qui ouvrira une série de négociations qui vont durer deux ans au bas mot.

Après avoir partagé leur intention avec les autres états membres, les britanniques vont être récupérés par la manche par les actions convergentes et croisées de tout un tas de gens et d’institutions qui vont considérer avoir beaucoup trop à perdre dans la manœuvre. Ce seront des banques, des pays (pas forcément européens d’ailleurs) qui vont se former dans une coalition officieuse, fantastique groupe de pression, pour faire en sorte que le départ soit le moins lointain possible, un peu comme des parents qui acceptent que leur progéniture quitte la maison à condition d’aller occuper le studio au fond du jardin.

Les anglais seront les premiers à freiner des deux pieds, notamment pour ne pas perdre l’Ecosse et l’Irlande dans le Royaume-Uni.

On tentera de donner aux électeurs britanniques le change en affirmant qu’on les a bien entendus et que l’on est bien en train de quitter ce « machin » européen mais la réalité est que le départ n’aura jamais lieu.

Ne vous bercez pas d’illusion, nous vivons dans un monde cynique au dernier degré où la voix des peuples n’est rien par rapport aux intérêts économiques et financiers et où les tenants du pouvoir politique ne sont que les marionnettes de groupes de pression bien plus puissants qu’eux. Les français ont eu beau, souverainement, refuser le projet de constitution européenne, ils l’ont eu par la voix parlementaire quelques années plus tard.

L’épisode du Brexit que nous sommes en train de vivre est du domaine de l’entertainment, une sorte d’épisode de télé réalité "qui fait croire que ça se passe comme ça" mais sans impact réel sur la société. Un énième opium du peuple.

Je vous parie ce que vous voulez que non seulement les britanniques ne quitteront jamais vraiment l’Union Européenne mais que cette séquence leur permettra dans quelques années d’hériter d’un statut encore plus sur mesure que celui dont ils bénéficiaient déjà, un statut qui leur offrira le meilleur de l’UE sans ses inconvénients, un peu comme ce dont jouit aujourd'hui la Norvège.  

Il n’y aura jamais de visa pour nos chers amis d’outre-manche qui pourront continuer à rougir sur nos plages, picoler aux abords des stades et coloniser le Périgord et ses vieilles pierres (je sais, c’est cliché). S’il suffisait que les peuples se prononcent dans leur majorité pour que leur dirigeants arrêtent leurs conneries, ça se saurait !

La seule chose qui va changer vraiment est que d’autres peuples de l’Union vont désormais envisager un destin sur les traces de la Grande Bretagne et postuler à ce « Club VIP » de pays pas vraiment dedans et pas vraiment dehors, résurgence de la primauté des intérêts particuliers sur l’intérêt général (la définition même du concept de VIP).

Mais c’est peut-être là que se situe le véritable enjeu.

C’est pour cela que je pense que le vote britannique peut devenir une opportunité historique pour l’Union Européenne. Toute crise est porteuse d’un opportunité et, dans le cas présent, on peut pieusement espérer que le vote britannique produira un électrochoc chez les 27 chefs d’état pour enfin conférer à l’Europe les pouvoirs de ses ambitions pour faire enfin aimer les institutions aux peuples des états membres.

Je sais, c'est pas gagné ! 

A suivre…

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Commentaires articles

1.Posté par Jourdan Pierre le 24/06/2016 18:08
Bonjour Christophe,

Ta news est bonne, un brin réalo-provocatrice et tout aussi tranchée; elle est accessible au lecteur; c'est le ton que j'aime surtout; ton analyse est formulée aux antipodes des discours convenus de la "Nomenklatura" mondiale, européenne et nationale qui nous dirige, et c'est aussi cela que j'aime. A bientôt !

2.Posté par Cazals le 25/06/2016 06:00
Intéressant et possible/probable. Le ton et la plume sont excellents, comme d'habitude avec Christophe.

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