Christophe Ginisty

#BringBackOurGirls : trois petits Tweets et puis s'en vont


Rédigé le Dimanche 13 Juillet 2014



Le 15 avril dernier, des dizaines de jeunes filles âgées de 15 à 18 ans étaient enlevées par la secte Boko Haram dans le nord du Nigéria. Après une première vague d'émotion médiatique, des dizaines de personnalités et d'anonymes dans le monde entier ont affiché leur soutien en appelant sans équivoque à leur libération, utilisant pour cela un méthode assez simple (simpliste ?) consistant à se prendre en photo avec un panneau affichant le hashtag #BringBackOurGirls (Ramenez nous nos filles). 

Parmi les personnalités les plus emblématiques, Michele Obama elle-même publia une photo depuis son compte officiel sur Twitter, le visage grave au sein des murs de la Maison Blanche. 
#BringBackOurGirls : trois petits Tweets et puis s'en vont

Il n'en fallu pas plus pour que des dizaines de stars et starlettes, personnalités médiatiques en tout genre, s'affichent, graves et inspirées (sauf peut-être Stallone qui a dû penser qu'on allait lui ramener des copines), avec le désormais fameux hashtag.
#BringBackOurGirls : trois petits Tweets et puis s'en vont

C'est formidable, me direz-vous. Une telle démonstration sur les réseaux sociaux est historique et démontre toute l'importance que prend désormais cette forme d'expression et de revendication. Et puis, autant de stars, c'est du jamais vu...! 

Mouais, sauf que les stars en question — à l'exception notable de Valérie Trierweiller qui continue d'arborer le message — sont pour la plupart passées à autre chose, à d'autres tweets, et les gamines n'ont toujours pas été libérées de leur ravisseurs dans l'indifférence générale des médias du monde entier qui n'en disent plus un mot. On me dirait que cette séquence est en réalité une campagne de promotion pour le hashtag, j'arriverais à le croire. 

Sans accabler le moins du monde ces personnalités dont je ne remets pas en cause la sincérité de l'émotion, et même si je regrette qu'elle fut si éphémère, cette histoire est assez révélatrice d'une confusion que nous entretenons tous sur les réseaux sociaux. Nous avons tous tendance à confondre l'engagement, l'activisme réel avec le fait de nous exprimer publiquement sur Twitter ou ailleurs. Nous signons une pétition en ligne et nous avons l'impression d'avoir changé le monde. Nous nous associons à une cause, faisons un "like" sur une page et hop, nous sentons que nous avons fait avancer les choses. 

En réalité, ces actes militants ne sont que des actes médiatiques. 

Nous sommes tous à la tête d'un média personnel dont nous sommes le directeur de la publication. Nous pouvons peut-être espérer qu'un acte médiatique soit à l'origine d'une pression grandissante qui pèsera sur les protagonistes d'une affaire dramatique comme celle-ci mais il est parfaitement illusoire et dangereux de croire que l'activisme puisse se résumer à un clic, à 140 caractères ou même à un Selfie concerné, pancarte à la main, fussions-nous star de cinéma ou de la politique. 

Les réseaux sociaux nous ont certes collectivement redonné du pouvoir mais il s'agit du pouvoir de dire, pas du pouvoir de faire. C'est déjà pas mal, me direz-vous. C'est en réalité tout à fait insuffisant. 

Prenons garde à ne jamais perdre pied avec la réalité. Que notre enthousiasme débordant et parfois béat vis à vis de ces nouveaux modes de communication et d'expression ne nous éloigne pas trop de l'impérieuse nécessité de percevoir l'urgence de l'engagement dans "la vraie vie" et ne prenons pas nos éructations intempestives pour autre chose que des mots. 

Car il y a deux travers à tout ça. Le premier est que nous croyons avoir réglé les choses en nous contentant d'utiliser notre propre arme micro-médiatique. Le second est que nous nous situons dans le règne de l'éphémère où un nouveau sujet vient rapidement nous faire oublier le précédent et le faire oublier à toute notre communauté. Résultat, le volume des dons consentis à des associations est en baisse. 

Les ONGs ont pris conscience de ce phénomène car de plus en plus de personnes pensent qu'elles ont déjà agi par une action ciblée sur les réseaux sociaux et ne vont pas au-delà. A l'image de Unicef Suède qui a réalisé une magnifique vidéo sur ce thème (voir ci-dessous), nombreuses sont celles qui ont commencé à alerter le public : un clic ou un Like ne suffit pas à changer pas les choses et ne permet pas de régler des situations difficiles. 


A suivre...

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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