Christophe Ginisty

Ça change quoi qu'ils aient démissionné ?


Rédigé le Lundi 5 Juillet 2010

Dans deux précédentes notes sur la gestion de crise par le gouvernement, j'indiquais dans un premier temps que Nicolas Sarkozy avait commis une erreur en ne limogeant ni Joyandet ni Blanc et, dans un second temps, je vous disais qu'il manquait de compassion et d'empathie en feignant de ne prendre aucune mesure pour endiguer la crise. Maintenant que les démissions ont été actées hier, que penser de l'évolution de la situation sur le plan de la communication ?



Ça change quoi qu'ils aient démissionné ?
La première remarque que je voudrais faire, c'est qu'en apparence ils n'ont pas été virés, ils ont choisi de partir. Vous me direz que c'est minime comme différence, en réalité c'est énorme. Joyandet écrit même sur son blog que c'est une question d'honneur, que c'est lui qui l'a décidé. On croit lire un homme blessé, un héros magnifique et magnanime qui s'écarte par grandeur d'âme.

Non seulement, c'est un peu vite oublier qu'il a abusé de sa position de secrétaire d'état à au moins deux reprises et qu'il ne s'est donc pas montré digne de sa charge. D'autre part, c'est esquiver l'aveu que sa démission lui a été demandée par l'Elysée sur pression de Matignon. Ce n'est pas lui qui nous fait des adieux à la Sarah Bernhardt mais c'est la république qui le vire. Cela fait une sacrée différence.

Oui parce que si c'est lui qui s'en va, cela ne démontre rien quant à la gestion de la crise par le sommet de l'exécutif alors que si le sommet de l'exécutif se positionne comme le ferme inspirateur de ce départ, ça appuie l'idée qu'il a enfin décidé de prendre la mesure de crise. C'est un début, certes tardif, mais c'est un début.

Deux démissions sans importance ?

Il y a un autre truc que je voudrais souligner dans cette séquence et qui me semble important. Peu de gens en ont parlé et pourtant, ce n'est pas anodin du tout. Les deux démissionnaires du week-end ne seront pas remplacés, leurs missions seront reprises par leurs ministres de tutelle respectifs.

En quoi cela peut-il avoir de l'intérêt ? Tout simplement parce que si vous ne nommez pas quelqu'un pour s'occuper d'une fonction laissée vacante, cela signifie implicitement que la fonction en question n'est pas d'une importance primordiale. Du point de vue de la communication, ça minimise la portée des deux démissions.

Oui, car si vous pouvez virer deux types sans les remplacer, ce n'est pas la même chose que de virer deux types et nommer immédiatement un successeur pour s'occuper d'une mission qui ne peut souffrir la moindre vacance.

En réalité, ils ne sont pas remplacés car Sarkozy a prévu un remaniement en octobre et qu'il ne va pas nommer des remplaçants pour 4 mois, mais tout de même, ce non remplacement renforce le sentiment que ces deux démissions sont un non événement.

Et Woerth maintenant ?

Évidemment, tout le monde pense à lui en se demandant si le ministre du travail pourra être sauvé par l'effet des deux démissions du week-end.

Comme je l'ai écrit, il était indispensable que Joyandet et Blanc quittent le gouvernement, ne serait-ce que pour montrer que l'exécutif ne pouvait pas tolérer le moindre dérapage dans l'utilisation de fonds publics ou dans l'abus de position dominante. Mais le fait de l'avoir fait si tard produit-il les mêmes effets positifs sur la gestion de crise ?

Oui et non. Oui car l'opinion a enfin une première réaction (et tout réaction est positive dans une situation de gestion de crise) et non car on voit bien que cette réaction a été contrainte par une pression médiatique folle et par le jeu de révélations successives. Les interrogations des français sur la probité du ministre du travail demeurent intactes et sa position est incroyablement fragilisée. Il ne maîtrise rien et à chaque instant pourrait sortir une nouvelle information qui ébranlerait un peu plus le cas Woerth.

Si j'avais un conseil à lui donner, et maintenant que ses deux collègues ont démissionné, je lui dirais d'organiser une conférence de presse bien officielle et bien solennelle pour répondre à toutes les questions des journalistes et ainsi maîtriser à nouveau la communication. Car la maîtrise est la clé de toute sortie de crise.

C'est comme lorsqu'on navigue. Un bateau qui n'a pas de mouvement propre et qui n'avance pas est un bateau beaucoup plus vulnérable aux intempéries. Lorsque le temps est gros, l'erreur fatale est d'affaler les voiles et d'attendre "à l'arrêt" que les choses s'améliorent.

En se montrant déterminé et transparent, face à la presse, il aurait une chance de sortir de cette crise en restaurant ses attributs d'image. Le problème, c'est que l'Elysée ne prendra jamais le risque de lui donner cette importante et n'acceptera jamais de prendre un tel risque. Car dans le gouvernement qui est le nôtre, seul le président s'adresse aux français sur le sujets graves, un ministre n'est qu'un "collaborateur" sans importance.

Comme quoi, le système hyper présidentiel à la Sarkozy montre ici l'une de ses failles. En concentrant l'essentiel de la communication au sommet, le président a affaibli l'échelon ministériel, le rendant ainsi moins autonome et donc plus vulnérable en situation de crise. Dans ce système d'organisation, la crise d'un des membres devient la crise du président et chaque membre attaqué affaiblit l'image du président.

Il n'y pas que du bon à vouloir tout contrôler.

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Commentaires articles

1.Posté par Julien le 07/07/2010 01:07
ça change que ça leur fait des vacances ! Et qu'ils vont retrouver leurs postes d'élus qu'ils avaient en RAB : une mairie, un conseil général ... et auront surement un bon siège de sieste au SENAT !

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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