Christophe Ginisty

Ca sert à quoi d'être candidat à la présidentielle ?


Rédigé le Mardi 21 Juin 2016



« Quand y’en a plus, y'en a encore », dit le dicton populaire. Eh bien, c'est à peu près ce qui nous passe par l’esprit quand on assiste à cette pénible série de déclarations d’intentions de la part de celles et ceux qui se disent déterminés à concourir à la reine des élections de notre cinquième république.

Cette semaine, c’était au tour de Michèle Alliot-Marie de faire semblant de faire fuiter l’info, quelques semaines après d’autres candidats tout aussi insignifiants mais bien décidés à faire entendre leur voix.

Et là, vous vous demandez pourquoi ils y vont alors qu’ils n’ont pas la moindre chance d’être élus, si tant est qu’ils réussissent à obtenir les fameux 500 parrainages nécessaires  à leur entrée effective dans la compétition.

Rassurez-vous, les Rama Yade, Michele Alliot-Marie, Hervé Mariton, Arnaud Montebourg, Henri Guaino ou encore Frédéric Lefebvre (et j'en passe, pardon pour les autres) ne sont pas victimes d’une soudaine démence qui leur ferait entrevoir sérieusement l’éventualité de leur propre élection à l’Elysée. S’ils se déclarent candidats, c’est pour essentiellement deux raisons qui sont le fondement même de la communication politique : exister et gêner.

Exister, c’est apparaître dans les médias. C’est avoir de la couverture de presse, des mentions sur les réseaux sociaux, c’est faire en sorte que l’on parle de vous, en bien ou en moins bien, mais que votre avis soit recherché et inspire journalistes et influenceurs. Exister est le tout premier combat d’un homme ou d’une femme politique, un combat indispensable pour faire partie du premier cercle de ceux qui occupent le terrain.

Personne ne se souciait de ce que devenait l’ancienne copine de Ben Ali (Michèle Aliot-Marie) avant qu’elle ne se déclare candidate à l’élection. Tout pareil pour Rama Yade dont la disparition n’inquiétait personne ou encore pour Arnaud Montebourg que l’on croyait définitivement concentré sur ses chères études ou dans l’art de commercialiser des meubles en kit. Et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve qu’on vivait très bien sans avoir de leurs nouvelles.

Or, il a suffi qu’ils déclarent leur candidature pour que le ballet amoureux avec les médias reprenne. Certes timidement mais bon, il a repris. Ils sont réapparus sur nos écrans, même furtivement.

Gêner est la deuxième motivation d’une telle entreprise de communication. C’est un truc qu’on m’a appris quand j’ai commencé à m’intéresser à la politique, c’est-à-dire il y a fort longtemps. Un vieux briscard m’avait dit : la façon la plus simple de t’imposer en politique, c’est de démontrer ton pouvoir de nuisance. Plus tu gênes et plus tes adversaires vont te considérer et te faire les yeux doux.

Bon, je sais ce que vous allez dire, vous vous demandez bien par quelle opération du Saint-Esprit Michelle Alliot-Marie peut-elle encore gêner qui que ce soit en politique ?

C’est certes une question légitime que je ne vous reproche pas de vous poser mais ne perdez jamais de vue qu’une élection se gagne parfois à quelques voix près. Je ne parle pas de milliers de voix mais de quelques dizaines, voire d’unités. Capter ne serait-ce que 100 voix sur son nom dans une primaire peut vous faire perdre la victoire. Le mois dernier en Autriche, le Président a été élu au terme d’un suspens assez étonnant, quelques centaines de suffrages départageant les deux prétendants.

En diversifiant l’offre politique à l’extrême, les candidats les plus improbables installent collectivement une puissance de nuisance non négligeable qui pourrait bien peser dans la course finale.

D’ailleurs, vous allez voir que rares sont ceux qui iront jusqu’au bout et qu’ils seront récupérés progressivement par les « grands » candidats qui leur promettront dans le secret d'un tête-à-tête une nomination future contre un ralliement immédiat et sans équivoque.  

C'est ainsi que les choses se passent. C'est à ça que sert la candidature. 

A suivre... 

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Commentaires articles

1.Posté par deneuil le 22/06/2016 14:50
Exister oui mais aussi monnayer, si possible, la suite son petit paquet de voix au plus offrant pour viser l'attribution d'un poste au gouvernement même en tant que sous-secrétaire d 'Etat adjoint et puis il ne faut pas oublier la jubilation à se savoir vu et entendu dans le poste, aujourd'hui, les réseaux sociaux

il reste aussi l'égo et le narcissisme..


je me demande d'ailleurs si je ne vais franchir le pas....


Laurent Deneuil

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