Christophe Ginisty

Canal+ : Est-ce vraiment Bolloré qui paye ?


Rédigé le Mercredi 8 Juillet 2015



Tous les médias en ont parlé (du moins ceux qui ne lui appartiennent pas), Vincent Bolloré, nouvel homme fort du Groupe Vivendi, a tenu hier à recadrer la direction de Canal+ et, parmi les phrases qui ont fuité, il y a celle-ci, terrible et cinglante : "C'est celui qui paye qui décide."

Si je ne conteste nullement le droit tout à fait légitime d'un actionnaire de diriger ses organisations, j'ai un vrai problème avec cette phrase.

Car, si on ne peut pas contester le droit de celui qui paye de décider, il faut se poser préalablement la question : qui est-ce qui paye vraiment ?  

Est-ce Vincent Bolloré qui a mobilisé quelques uns de ses milliards pour devenir principal actionnaire de Vivendi ? Ou est-ce que ce sont les clients de la chaîne cryptée — les abonnés — qui payent vraiment tous les mois pour avoir accès à l'intégralité des programmes ? Et dans un monde où ceux qui payent décident, on peut même se poser la question de savoir si ce ne sont pas aux annonceurs à qui reviendrait aussi le droit de décider. 

Au-delà d'être vulgaire et franchement maladroite, cette formule à l'emporte pièce définit un monde assez peu inspirant où le capital prévaut sur le client, où la propriété l'emporte sur le service et où finalement les opérationnels ne sont que des soldats entièrement dévoués à leur patron plutôt qu'à leurs abonnés.

Et cela me choque d'autant plus que nous sommes en 2015 et pas aux temps de l'ancien régime cher aux fondateurs du groupe Bolloré. Nous sommes à l'ère du web social où les utilisateurs ont collectivement pris le pouvoir sur les médias, où les consommateurs sont devenus des activistes qui font entendre leur voix et qui existent, où les organisations doivent repenser leur organisation et veiller à ce que leurs attitudes soient inspirées par des valeurs fortes, respectueuses de leurs clients. 

Non, une entreprise quelle qu'elle soit, et à plus forte raison un média, ne peut obéir au seul dictat de son propriétaire. C'est un non sens et un anachronisme et c'est pour ça que la formule de Vincent Bolloré me choque autant. 

Aujourd'hui, la seule question que vaut est la suivante : que va devenir cette chaîne de télévision si elle fait des désirs de son actionnaire sa principale source d'inspiration pour définir sa stratégie ? 

A suivre...

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