Ce que je retiens du débat des candidats à la primaire socialiste
J'ai regardé hier soir le débat des candidats à l'investiture socialiste pour la prochaine présidentielle. Bon, j'avoue que je n'ai pas tenu jusqu'au bout, mais au moins jusqu'à 23 heures.
J'ai trouvé ça très long, convenu et un peu répétitif même si, globalement, c'était plutôt mieux que ce à quoi je m'attendais. En quelques points, voici ce que j'en ai retenu. François Hollande m'a surpris par sa combativité
Lui qui porte l'image d'une type assez "mou", qui est fréquemment caricaturé comme un inactif (au point même que son ex-femme s'est récemment fendue d'un commentaire assez déplaisant sur son bilan), il m'a totalement bluffé par son attitude. C'est moins le fond que la forme qui m'a sauté aux yeux. Il était mordant, incisif, autoritaire dans l'attitude et dans ses échanges avec les journalistes et apparaissait très sûr de lui.
Cela m'a d'autant plus surpris que je ne l'avais jamais vu comme ça et que je ne m'y attendais vraiment pas. En terme de communication, c'est très efficace car le public confronté à des difficultés importantes a besoin de savoir qu'un candidat aura l'énergie et la fougue nécessaires pour affronter la crise. Adopter une telle posture combative, c'est finalement mettre la forme au service de la gravité du fond et c'est bien joué. Jean-Michel Baylet : le type qui entré ici par hasard
Je ne sais pas quelle idée idiote a pris au leader des radicaux de gauche d'aller s'embarquer dans le jeu de la primaire socialiste, mais j'avoue que Jean-Michel Baylet a traversé cette soirée comme un allien, une pièce rapportée. J'avais le sentiment qu'il y en avait 5 plus 1 hier soir.
Je ne parle pas des commentaires idiots que j'ai fait sur sa cravate tout au long de la soirée sur Twitter, non je parle de son discours, de ses postures, de son attitude en rupture avec les autres. Il ne faisait pas partie du groupe et n'a pas réussi à le réintégrer. Mon sentiment est que c'est du gâchis d'avoir ainsi fait se dissoudre le centre gauche au sein de cette primaire. Le débat d'hier soir en a fourni une illustration regrettable. Montebourg et Valls expriment trop qu'ils n'y croient pas
S'il y a bien une règle d'or en communication politique, c'est que lorsque l'on fait une campagne, il faut entrer dans les habits de celui qui va gagner.
En l'espèce, il faut savoir se débarrasser de ses habits de candidats pour entrer par anticipation dans ceux de celui qui a gagné la primaire. Sans arrogance mais suffisamment clairement pour que les électeurs puissent croire au casting que vous leur proposez. Or, si Ségolène Royal en a fait trop dans ce registre (accumulant les "quand je serai élue présidente"), Montebourg et Valls ont été étonnamment trop mijorés. On sentait à chacune de leurs interventions cette espèce de fébrilité qui trahit évidemment la conscience qu'ils ne seront pas victorieux de cette bataille. Ils le savent, nous aussi. Mais ils nous le rappellent un peu trop. Et Martine n'est pas dedans
Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais Martine Aubry a été la seule des six candidats à commencer presque toutes ses phrases par "nous", contrairement à ses adversaires qui ont usé du "je".
Certains d'entre vous pourraient me dire que c'est plutôt positif. Que de cette manière, elle montre qu'elle joue collectif, elle au moins et qu'elle n'est pas envahie par son ego. En réalité, l'utilisation un peu trop fréquente du "nous" dans un tel exercice de présentation personnelle (puisque c'était le seul but de l'exercice) trahit souvent un manque d'implication personnelle chez les orateurs qui peut être lié à de la timidité ou à un manque d'envie. Pour ma part, je perçois cela encore une fois comme un signe révélateur qu'elle va dans cette course à reculons, elle qui avait planifié de faire la course derrière DSK. L'obsédante question du vainqueur
Ce matin en allumant ma radio, les commentateurs politiques sont revenus en boucle sur ce débat. Mais aucun de ceux que j'ai écouté n'a ressorti le moindre élément de fond. Ils ont tous dissertés pour savoir s'il y avait eu un vainqueur dans le débat d'hier.
Et moi, cela me pose deux questions. Même si nous sommes dans une compétition, pourquoi la presse politique ne s'intéresse-t-elle pas aux idées qui ont été échangées et en faire une analyse ou un décryptage ? On reproche souvent aux hommes et femmes politiques de n'être que dans des combats de personnes. Mais en couvrant le sujet de cette manière, ce ne sont pas les politiques qui se rendent coupables de cette dérive mais les journalistes qui ne nous apprennent rien. La deuxième question est : qui sont les journalistes pour déterminer s'il y a ou non un vainqueur à ce débat ? La vraie et seule victoire sera celle des urnes et le fait de laisser les éditorialises déclamer de manière péremptoire le nom du vainqueur de l'émission d'hier est assez déplacé. Voilà ce que moi je retiens de l'émission d'hier. C'était intéressant. A suivre... Rédigé par Christophe Ginisty le Vendredi 16 Septembre 2011
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