Christophe Ginisty

Ce que nous démontre l'élection américaine sur la santé de nos démocraties


Rédigé le Dimanche 13 Novembre 2016



Alors que nous sommes déjà entrés dans la phase de transition et que les mois qui viennent vont déborder de peopolisation autour de la famille Trump et notamment des deux futures « stars » de tabloïd que vont devenir sa femme et sa fille et où la presse va tenter de proposer sa vision de la légende, je voudrais une dernière fois revenir sur cette élection pour partager avec vous quelques réflexions très personnelles sur cette élection hors du commun.

L'argent dépensé est indécent
Selon les estimations de différentes sources, le total des sommes investies par les deux candidats est supérieur à 2 milliards de dollars. C’est absolument délirant. Pour vous donner un ordre d’idée de ce que cela représente, dites-vous que c’est à peu près le budget annuel de la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Vous me direz que les deux choses ne sont comparables, moi je vous dirai que si au regard de la décence. J’ai du mal à accepter l’idée que de telles sommes soient investies pour servir à une campagne électorale, fut-elle dans la première puissance économique mondiale.

Le peuple est naïf
Les électeurs se sont laissés embobiner par les mensonges de Trump, tout comme ils s’étaient fait berner en juin dernier par ceux de Nigel Farage en Grand Bretagne au moment du vote pour ou contre le Brexit.

Les américains ont tout gobé, de la promesse du mur à la frontière mexicaine à l’abrogation pure et simple de l’ObamaCare en passant par ces postures de politique internationale qui ont fait passer le reste du monde pour des barbares.

C’est sans doute l’une des leçons les plus spectaculaires de cette élection : le cœur du corps électoral est vraiment prêt à croire n’importe quoi, pourvu que cela surfe sur une histoire vécue, une rancœur ou quoi que ce soit du domaine du désir de vengeance.

Le peuple est fainéant  
A l’ère des réseaux sociaux, la première rumeur venue se transforme en buzz et plus c’est gros, plus ça a des chances de devenir viral dans un monde où l’électeur est naïf (voir ci-dessus) et s’en remet presque exclusivement à des émotions partagées par ses proches.

L’impérieuse nécessité de vérifier ses sources avant de répandre n’importe quelle connerie sur la toile semble avoir quitté définitivement ces millions d’électeurs aux Etats-Unis comme ailleurs qui n’iront pas plus loin que le bout de leur « like » pour devenir des artisans d’une désinformation massive.  

Les journalistes sont largués 
On dit que les instituts de sondage se sont trompés dans leurs projections mais ce qui est plus grave encore est que les journalistes se soient complètement plantés.

Il faut bien le comprendre, les sondeurs n’ont pas de mission d’information à proprement parlé. Ce sont des sociétés commerciales qui réalisent des études qu’on leur a commandées, point final. Ceux qui rendent ces études publiques, les commentent et en font un fait d’information, ce sont les journalistes et eux, par contre, ont une responsabilité sociétale majeure en démocratie.

Leur absence de discernement jusqu’au soir même de l’élection pose question sur leur capacité à comprendre la société dans laquelle ils vivent. J’en ai déjà parlé dans une précédente note, je pense qu’ils ne comprennent plus cette société connectée qui se forge une opinion en dehors de leur influence. C’est un fait majeur.

Mais le pouvoir politique est une utopie 
Quel que soit ce que nous pensons de Trump, du personnage et de son programme, il est désormais contraint par un principe de réalité qui va le ramener à une forme de raison. Il n’y aura jamais de mur, jamais non plus d’abrogation sans retour de l’ObamaCare, le type va rentrer dans le rang, devenir lui-même champion de l’establishment qu’il dénonçait à chaque discours.

D’ailleurs, il a déjà commencé à le faire ces derniers jours en se montrant mesuré, en s’affichant avec ses ennemis d’hier ou encore en couvrant d’éloges les adversaires qu’il avait conspués.

C’est sans doute la chose la plus désagréable à reconnaître quand on est attaché à l’idéal de démocratie : celles et ceux que nous élisons ne sont que des pantins médiatiques gesticulants qui nous font croire que tout dépend d’eux alors qu’ils sont en réalité impuissants face aux administrations centrales et aux contrepouvoirs qui tuent dans l’œuf toutes les audaces.

Tout ceci n’est certes pas nouveau mais l’extravagante puissance médiatique américaine associée à l’idée que chacun de nous se fait des Etats-Unis contribuent à amplifier ces dérives.

Cela devrait nous convaincre de l’urgence de régénérer la démocratie.

A suivre… 

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Commentaires articles

1.Posté par bmalaguti le 14/11/2016 09:55
Bien vu, l'élection américaine a surpris et déçu beaucoup de monde surtout en Europe où l'on a beaucoup de métier politique et où tout se joue en coulisses. Et, comme tu le soulignes, le nouvel élu sera confronté aux réalités qui l'obligeront à infléchir son discours et à compter avec les autres, ce qui est normal quand on est "le président de tous".

Mais chaque fois qu'un mouvement naît, Cinq Etoiles, Syriza, Podemos, Ciudadanos... ou qu'un événement déjoue les pronostics, Brexit, élection américaine, la sphère médiatico -politique n'a de cesse de démontrer le populisme, l'amateurisme voire le manque de légitimité du choix des électeurs au lieu d'analyser sainement les raisons de son émergence.

Qu'on n'aime ou pas Trump, le problème est ailleurs, le jour où nous serons capables d'élire à la magistrature suprême un marchand de cacahuètes, un acteur de série B, une personne de couleur, un chef d'entreprise brillant et sulfureux à la fois, nous commencerons à comprendre la différence entre les mots oligarchie et démocratie et cesserons peut-être de donner des leçons au monde entier.

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