Christophe Ginisty

Ces éléphants qui n’aimaient pas la démocratie


Rédigé le Mercredi 8 Mars 2017



La décision de Bertrand Delanoë de rejoindre Emmanuel Macron et de tourner le dos à la candidature de Benoît Hamon pour la présidentielle 2017 est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de roses. Après les membres du gouvernement qui font la fine bouche dans la droite ligne de Manuel Valls qui avait annoncé son absence de soutien le soir de la primaire en prenant acte de sa propre défaite, ça fait commence à faire beaucoup de rats qui quittent le navire ou plutôt beaucoup d’éléphants qui manquent à l’appel.
 
Le propos de cette note n'est pas d’apprécier les programmes les uns par rapport aux autres car ce qui est tout de même en train de se jouer sous nos yeux est un énorme déni de démocratie.
 
En janvier dernier, les socialistes, les radicaux de gauche et certains écologistes ont organisé une primaire pour demander aux sympathisants de choisir leur candidat. Ils l’ont fait. Certes, en nombre restreint par rapport à la celle de la droite et du centre, mais les électeurs se sont prononcés et assez clairement même en faveur de Benoît Hamon et son programme. Cela n’est pas anodin et désormais le résultat s’impose à tous, j’ai bien dit à tous.

Car la responsabilité de tout démocrate, qu’il soit heureux ou non du résultat, est de se ranger derrière la décision du peuple et de rallier le vainqueur, même si son programme est différent de celui que l’on aurait porté.
 
Tout comme celui ou celle qui sera élu le 7 mai prochain sera le président de tous les français, Benoît Hamon doit pouvoir bénéficier de la reconnaissance de ses pairs comme seul candidat de tous les sympathisants socialistes et radicaux.
 
Alors, vous allez me dire que son programme n’est pas ci, n’est pas ça, que chacun est libre de de choisir celui que l’on soutient en fonction de sa sensibilité, blabla… OK, mais alors, ça sert à quoi la primaire ?
 
C'est une fumisterie. 

En fait, ce qui se passe à gauche (et n’est pas loin de se passer à droite), c’est que les ténors ne sont prêts à accepter le résultat d’une primaire que s’ils confortent leurs choix personnels. En d’autres termes, les partis politiques ont organisé une primaire car ils étaient confiants et persuadés que celle-ci allait offrir un plébiscite à leur favori. A droite, tout le monde misait sur Juppé et à gauche, Valls devait l’emporter les doigts dans le nez. Comme les deux scénarios ne se sont pas déroulés comme prévus, les éléphants se barrent. Quand on y réfléchit, c’est assez consternant. Cela démontre que la primaire n'était qu'une mise en scène, un leurre. 
 
Voici des hommes et des femmes qui sont pour la plupart élus du peuple, qui ont fait toute leur carrière à courtiser l’électeur et à sacraliser ses choix, qui se pointent sur les plateaux de télévisions pour éructer leur amour de la démocratie mais, lorsque celle-ci ne donne pas le résultat qu’ils espéraient, se mettent aux abonnés absents.
 
Au moins, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon sont cohérents dans leur démarche. Ils ont tous deux refusé de participer à la primaire de la gauche et donc le résultat de celle-ci ne les engage pas. Par contre, les Delanoë, Valls, Le Drian et Le Guen – et j’en passe – parce qu’ils sont allés voter à cette primaire, qu’ils ont soutenu un candidat, qu’ils ont proposé des projets aux sympathisants, se rendent coupables d’un vrai déni de démocratie en désertant ainsi. En tournant le dos à Hamon, ils tournent le dos aux électeurs de leur propre famille politique. 
 
C’est le signe du bien mauvais état de la démocratie française et des partis politiques qui l’animent. A l’heure du « dégagisme », les ténors essaient de sauver leurs fesses par tous les moyens, quitte à renier les valeurs fondamentales d’un système qui leur a assuré leur carrière. C'est surtout le signe qu'entre deux candidats, peu importe les idées, l'important est de supporter et faire des mamours à celui qui est le plus proche de gagner. Pitoyable ! 
 
A suivre…   

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Commentaires articles

1.Posté par Setni BARO le 13/03/2017 13:17
Le soutien de Hamon que je suis approuve l'essentiel de votre billet. Par leur désertion, ces élus valident a posteriori la décision de Mélenchon et de Macron de ne pas se présenter à la primaire.
Sans parler de la validation du slogan UMPS / LRPS qu'alimentent les ralliements de tous bords à Macron...

Certains de ces déserteurs justifient leur action par le fait que Hamon n'a pas assez recentré son programme à leur goût. Si le programme comptait tant que ça pour eux, pourquoi n'ont-ils​ pas réagi quand Cambadélis a déclaré en janvier 2016 (lors d'un conseil national du PS) que rédiger un programme ne servait à rien, parce que le candidat ne l'appliquerait pas ? Pourquoi n'ont-ils pas demandé que le programme du parti, une fois adopté, soit repris par le vainqueur de la primaire ? S'ils n'ont rien dit, c'est parce qu'à l'époque la décision de Cambadélis les arrangeait bien. Il fallait éviter que la candidature de Hollande ou de Valls sans primaire ait trop de contraintes. Or, dès l'instant où le parti ne présente pas de programme, le projet du vainqueur de la primaire, Hamon donc, devient automatiquement le sien. Ça plaît ou pas, c'est le résultat, non souhaité par les hollandais et les vallsistes, des décisions prises par la direction du parti, avec leur soutien.

2.Posté par David T le 21/03/2017 15:34
Les primaires sont un moyen de récolter quelques millions et de faire du buzz.

Ça n'a rien à voir avec la démocratie. Chez les Verts, la primaire avait été un moyen amoral de mettre un trop à droite Nicolas Hulot sur la touche...

La posture clivante de Hamon est un suicide politique, c'est normal qu'il se retrouve à poil.

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