Christophe Ginisty

Ces polémiques idiotes qui en disent long sur l'état de notre société


Rédigé le Mardi 11 Août 2015



Cela faisait un petit moment que je n'avais pas pris la plume en cet été caniculaire où je passe quelques semaines en Provence mais cela me démangeait depuis de nombreuses semaines.

Voyez-vous, même en vacances, je suis incapable de me déconnecter de l'actualité. Ne me plaignez pas. Ce n'est pas une contrainte, c'est une passion. J'aime observer l'époque dans laquelle je vis, essayer de la comprendre, pour mieux en percevoir la direction et je considère aussi cette boulimie d'informations comme essentielle à mon activité professionnelle. 

Et parmi toutes les choses vues ou entendues cet été, il y en a quelques unes qui m'ont fait bondir comme Florent Manaudou au départ d'un 50m, avec le même type de rage en moi. Des trucs qui ont fait la une en mode polémique et que je n'ai franchement pas compris. Voici les principaux. 

L'accueil du Roi d'Arabie Saoudite à Vallauris. 
C'est un chef d'état, propriétaire d'un véritable palais sur la Côte d'Azur. Il vient y passer quelques semaines et amène avec lui une suite d'environ un millier de personnes réjouies à l'idée de venir dépenser leur pétrodollars dans les boutiques de luxe de la Croisette et voilà qu'on lui fait un caca nerveux parce que le préfet ordonne la privatisation temporaire de la plage qui jouxte sa propriété et la fermeture des routes qui y mènent. Pire, on va même jusqu'à faire courir la rumeur totalement délirante que Son Excellence aurait exigé ne pas avoir de CRS de sexe féminin dans la brigade affectée à sa protection. Et c'est parti pour un tour dans les dîners sur les arabes qui vont tous nous bouffer, j'en passe et des plus glauques. 

Le français est vent debout, prêt à mourir pour poser sa serviette et sa bouée canard sur cette plage dérisoire et en appelle à la résistance citoyenne. L'avenir de la République en dépend. Alors que le même français se serait jeté sur Closer ou Voici si Barack Obama s'était octroyé des vacances azuréennes, dans l'espoir improbable de voler quelques moments intimes au couple américain. 

On m'a dit plusieurs fois : "Ah mais si Obama était venu sur le Côte, les mesures de sécurité auraient été beaucoup moins contraignantes pour la population..." Tu parles Charles ! L'espace aérien aurait été totalement fermé et une interdiction de naviguer à moins de 500 mètres du rivage aurait été appliquée (comme c'est déjà le cas autour du Fort de Brégançon, avec ou sans Chef d'état à l'intérieur). On m'a dit ensuite "Le Roi d'Arabie Saoudite est le souverain d'un état abominable pour le droit des femmes..." Certes et hélas vrai ! Mais le roi ne fait pas une visite d'état à caractère politique mais une visite privée dans une de ses propriétés et c'est parfaitement son droit. Et puis, n'oublions pas que cet homme est l'un des principaux alliés de l'occident dans sa lutte contre les fous de l'Etat Islamique. Bref, j'ai trouvé cette polémique assommante et, pour tout vous dire, un peu minable.

Bon, maintenant que le roi s'est barré au Maroc et que la crème solaire et les matelas pneumatiques ont reconquis leur territoire, je pense qu'il faut réfléchir à la signification profonde de ce déferlement spontané dans la société française. Ma lecture des événements — qui n'est qu'une intuition, je vous le confesse — est que cette épisode illustre la défiance très confuse des français pour, en vrac, les arabes, l'islam, l'argent, le moyen-orient dans une ambiance très loin d'être sereine. 

Tel Aviv sur Seine 
Parlons-en du Moyen-Orient. Voilà que la Mairie de Paris imagine de consacrer une journée de festivités en hommage à la culture du cette cité balnéaire israélienne pour que des milliers de français, sur les réseaux sociaux et ailleurs, tombent dans le piège de l'amalgame inapproprié et franchement nauséabond avec la politique actuelle de l'Etat Israélien et du sort réservé aux palestiniens, le tout saupoudré d'antisémitisme de salon. 

Je vous le dis tout de suite, je ne suis pas un fan des dirigeants actuels et je suis franchement sidéré (et depuis des années) sur l'attitude des colons mais ne confondons pas tout. Prenons de la hauteur par rapport aux discussions de café du commerce et sachons faire la part des choses. Consacrer une journée à la culture de cette ville israélienne peut avoir du sens dans une capitale comme Paris qui a des liens historiques d'amitié avec cette région du monde et une diaspora nombreuse, pacifique et riche dans sa diversité. Cela a du sens que de faire connaître les cultures du monde et de s'en inspirer, fussent ces cultures localisées dans un pays dirigé par des gens dont nous ne partageons pas les inclinaisons. 

Les politiques passent mais les cultures demeurent et c'est par l'éducation à la rémanence des inspirations culturelles que l'on fait avancer nos sociétés. 

Là encore, ma lecture toute personnelle de cette polémique est qu'elle illustre une confusion néfaste entre le culturel et le politique et qu'elle est opportunité coupable de faire ressortir un antisémitisme lattant dans une société française de plus en plus fébrile. 

La mort du lion Cecil au Zimbabwe 
Bon, là je sais que je ne vais pas me faire que des amis (mais je suis très doué pour ça). Il a suffit qu'un crétin de riche dentiste américain zigouille un lion à la crinière noire aussi populaire qu'une star de téléréalité pour que la terre entière s'émeuve de cette boucherie, associe le chasseur à Satan lui-même, pourrisse sa réputation pour des siècles et des siècles avec la force de la stupéfaction, comme si le monde découvrait aujourd'hui la vraie nature de l'homme. 

Hé, les gens... vous n'avez pas l'impression de débarquer et de vous émouvoir en décalage de phase ? 

Cet abruti de dentiste est une goutte dérisoire dans un océan d'hommes et de femmes qui détruisent la planète de manière industrielle et consciente depuis des décennies, qui exterminent des espèces protégées pour fabriquer des barres chocolatées ou provoquer un semblant d'érection à de vieux mâles japonais, qui n'hésitent pas à mettre leur créativité au services de manipulations génétiques dévastatrices pour notre écosystème et qui, lorsqu'ils n'ont pas réussi à faire disparaître la vie, la pollue durablement par leurs déchets toxiques. Un scientifique déclarait récemment dans une vidéo : "L'Homme est un "virus" pour les autres espèces animales."

À méditer...

Alors, même si je suis un fervent opposant de la chasse depuis toujours, même si je trouve cet épisode navrant et condamnable, le torrent médiatique qui l'a suivi m'apparaît encore une fois être révélateur d'une effroyable confusion où les gens se sont trompés de colère, juste avant d'aller en famille au zoo ou d'emmener les enfants grossir les rangs des gradins des cirques itinérants qui traversent nos contrées (je vous conseille d'ailleurs la lecture de cet article). 

Porter une certaine foi dans la protection de l'espèce animale, dans le respect de la nature, agir avec humilité et comprendre que nous ne sommes que les hôtes passagers d'une planète parsemée d'espèces végétales et animales à qui nous devons tout, c'est autre chose que de créer des pétitions aussi soudaines que dérisoires en mémoire du pauvre lion qu'un connard a voulu transformer en trophée. 

Pour conclure, je dirai que ces trois polémiques ont un point commun : la confusion. 

C'est un sujet qui me préoccupe énormément comme professionnel de la communication mais aussi en tant que citoyen. Les médias ne font plus leur travail qui est de contribuer à nous élever pour comprendre l'actualité et pouvoir la décoder en toute sérénité. Ils ne nous proposent plus que des séquences éphémères et "chocs" qui se succèdent avec frénésie dans un zapping incessant. Ils ne nous transmettent plus d'informations mais des émotions mais nous soumettent à la dictature du moment présent et à l'effroi circonstanciel et convenu.

Je ne vous oblige pas à être d'accord avec moi sur ces trois sujets mais, de grâce, retrouvons l'habitude de prendre de la hauteur sur ce que l'on nous sert au 20 heures ou sur Facebook. Chérissons l'information et la connaissance et prenons nos distances avec nos propres émotions. 

Bel été ! 

A suivre...

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Commentaires articles

1.Posté par Jourdan Pierre le 11/08/2015 21:12
Bonsoir Christophe,

Pendre du recul et de la distance sont nécessaires pour toute activité d'écriture à destination médiatique. La toile, qui a révolutionné nos modes d'échanges, donne cette impression répercutée par les médias que nous subissons tous un emballement planétaire. Il faudrait parfois demander à Chronos d'arrêter la marche du temps.
A bientôt,

2.Posté par Christophe Ginisty le 11/08/2015 21:59
Bonsoir Pierre,

Merci pour ton commentaire. Je suis d'accord avec toi.

A très bientôt ;-)

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