Christophe Ginisty

Comment le PenelopeGate est devenu une crise majeure


Rédigé le Vendredi 3 Février 2017



Cela fait désormais 10 jours que les révélations du Canard Enchaîné sont venues semer le trouble dans la campagne présidentielle en révélant les sommes perçues par Pénélope Fillon en tant qu’assistante de son mari à l’Assemblée Nationale. Et cela fait 10 jours que l’info est à la une de tous les médias en France, et pas simplement sur les réseaux sociaux.
 
C’est donc une crise d’une exceptionnelle ampleur par sa durée à l’ère du zapping permanent et rien ne semble indiquer à l’heure où j’écris cette note que ça va s’arrêter.
 
Pourquoi cette crise continue-t-elle de nous occuper ? Quels sont les ressorts qui en font un sujet majeur pour les français et qui les passionnent dans la durée ?  A mon avis, il y a 7 raisons à cela, 7 raisons qui sont autant d’enseignements dans la gestion de ce type de crise.
 
La défiance vis-à-vis du politique
Une crise a besoin d’un terreau fertile pour prospérer dans le public. Ça peut s’apparenter à une opinion dominante, quelque chose d’assez consensuel qui forme une base autour de laquelle les gens se retrouvent facilement. En l’espèce, la défiance qui ne cesse de grandir vis-à-vis du personnel politique au fil des affaires et des mises en examen constitue ce fameux terreau sur lequel l’affaire Fillon a pu prendre racine.  
 
La vraisemblance
Assez curieusement, il ne faut pas nécessairement qu’une chose soit vraie pour que les gens la croient, il suffit qu’elle soit vraisemblable. C’est l’une des grandes caractéristiques de l’être humain qui raisonne par approximation en fonction de croyances préalables et qui s’empresse de passer les faits au filtre permanent de la vraisemblance. Dans l’affaire Fillon, le fait que les gazettes aient rapidement révélé le nombre conséquent de parlementaires employant des membres de leur famille a suffi pour faire croire à tout le monde que l’emploi fictif de Pénélope Fillon était bien réel.
 
Le défi de l’exemplarité
Plus on se pare des habits de l’honnête homme et plus c’est périlleux. Répétez à longueur de journée que vous êtes le meilleur et il ne se passera pas longtemps avant que ceux qui l’entendent n’aient de cesse de vous défier pour vous prouver le contraire. A vouloir devenir le chantre de l’éthique, de la morale et de l’intégrité, François Fillon s’est mis dans une situation d’extrême vulnérabilité sur ces questions-là. Et nous avons tous eu en tête l’image pitoyable de l’arroseur arrosé quand les faits ont éclaté.
 
Le hors sujet  
Quand une crise éclate, il faut la traiter au cœur. De la manière avec laquelle on va réagir au cours de toutes premières heures dépend la suite de l’histoire et, dans de nombreux cas, cela a un impact sur la gravité de la crise elle-même. J’ai écrit dans cette note, François Fillon a eu tout faux en déplaçant le débat là où il n’était pas. En se comportant ainsi, non seulement il n’a pas traité la crise mais il lui a permis de se répandre.
 
La provocante victimisation
Dans une crise, il y a des coupables présumés et des victimes. C’est dans l’ordre des choses. Or, il est suicidaire d’un point de vue médiatique, lorsque l’on est celui par qui le scandale arrive et qui commet la faute potentielle (OK, présumé innocent mais responsable hypothétique des faits), d’essayer de se faire passer pour la victime. Les gens n’achètent jamais ce type de circonvolution. Or, c’est ce que Fillon a tenté de faire, appuyé dans sa complainte par ses chiens de garde qui ont crié au coup d’état. Non seulement c’était stérile mais cela a donné au public indigné de nouvelles raisons de ne pas lâcher l’affaire.
 
Le déni d’émotion
S’il y a bien une règle d’or en matière de communication de crise, c’est bien qu’il est absolument indispensable de montrer de l’empathie vis-à-vis du public. « Show you care ! » dirions-nous en anglais. Ce type de crise émeut les gens, toutes celles et tous ceux qui savent qu’il est dur de gagner de l’argent, qui triment tous les jours pour des salaires de misère, qui ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête qui s’appelle le chômage, qui regardent le 20h et mesurent l’âpreté de la crise sociale. Ce PenelopeGate est une insupportable provocation et il est incompréhensible que François Fillon n’ait exprimé de l’émotion que vis-à-vis de son épouse et non pas à l’intention du public.  
 
Le passé en réserve
Dernier point fondamental à l’heure du numérique et des réseaux sociaux : n’oubliez pas ce que vous avez fait et dit par le passé car ça finira toujours par ressortir. Comme la crise a été prise par-dessus la jambe par les principaux intéressés, la presse a continué de fouiller et de fouiller encore. Résultat : la crise s’est aggravée. Le Canard Enchaîné a sorti une nouvelle édition avec un nouveau chiffre et la mise en cause des enfants. De son côté, l’équipe d’Elise Lucet a exhumé une vieille vidéo de Pénélope Fillon qui sonne comme un terrible aveu.
 
Bref, sans présager de la suite des événements (même si je suis persuadé que ça va exploser en vol et que Fillon va être contraint de renoncer), cette gestion de crise est un modèle du genre, un cas d’école de tout ce qu’il ne faut pas faire.
 
Mais alors, me direz-vous, si c’est aussi simple que ça, pourquoi François Fillon, homme intelligent et par ailleurs très entouré par une équipe de bons communicants, a-t-il commis toutes ces erreurs ?
 
A mon avis parce qu’il est totalement déconnecté des réalités de ce monde, lui le professionnel de la politique, élu depuis des décennies, de ministères en ministères, et sans la moindre expérience de vie en dehors de la bulle dans laquelle il évolue depuis des années. Il fait sans doute partie de ces gens pour qui le public est une abstraction, une sorte formule théorique. 

Ce n'est pas comme ça qu'il sera président. 
 
A suivre… 

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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