Christophe Ginisty

Communication politique : l'économie de parole qui a déstabilisé l'opinion


Rédigé le Jeudi 15 Novembre 2012



Communication politique : l'économie de parole qui a déstabilisé l'opinion
Même si je me refuse désormais toute activité ou expression politique publique, je continue d’observer attentivement ce qui se passe dans mon pays et je tente toujours de décoder l’actualité sous l’angle de la communication.

Et il y a une chose à cet égard que j’ai observé avec une infinie attention, c’est la manière avec laquelle les médias ont tenté de faire passer dans l’opinion le fait que François Hollande ne faisait rien, qu’il n’était pas aux commandes, bref qu’il n’était pas à la hauteur de la tâche.

Puis j’ai cherché à comprendre pourquoi on assistait un tel déchainement de gros titres sur le même thème et, encore une fois en dehors de toute considération politique, je pense avoir trouvé la solution.

En fait, les médias et, à travers eux les français, ont été déstabilisés par un changement brutal du volume et de la fréquence de la communication présidentielle dans une immense confusion qui fait confondre parole et action.

Nicolas Sarkozy avait une méthode bien à lui et dont il avait peaufiné tous les aspects : il se faisait un devoir d’occuper en permanence le terrain médiatique. Son obsession était de maîtriser l’agenda et de submerger ses adversaires par un déluge d’annonces et de prises de position.

Cette méthode de communication, il l’a utilisée dès 2002 lorsqu’il s’est mis en marche vers le pouvoir et qu’il a compris qu’il fallait être omniprésent pour réussir à atteindre son objectif.

Elu Président de la république, il a continué à l’utiliser pour cette fois donner le sentiment qu’il agissait, qu’il était débordé et personnellement impliqué.

Les observateurs ont parlé alors d’hyper-président. Mais ils avaient tort, ils auraient dû parler d’hyper-communicant et ce n’est pas la même chose.

Car cette méthode a créé une immense confusion dans l’opinion. Les gens ont confondu la parole publique avec l’action et ont cru parfois naïvement qu’un discours déterminé était la solution d’un problème. Or, ce n'est évidemment pas le cas et on ne peut compter le nombre d'annonces qui n'ont été suivies d'aucune mesure concrète, tant il y en a eu.

Le problème, c’est qu’en parlant trop, Nicolas Sarkozy s'est fait prendre à son propre piège. Il a décrédibilisé la puissance de sa propre parole et cela l’a rendu inaudible lors de la campagne de 2012.

Mais, malgré tout, les français s’étaient habitués inconsciemment à ce rythme effréné. Cela avait quelque chose de rassurant et lorsque François Hollande s’est installé à l’Elysée en restaurant un mode de communication plus mesuré et en ne faisant pas de discours tous les quatre matins, les français et les membres des médias ont soudain été confrontés à un silence qu’ils ont pris pour de l’inaction.

Je pense sincèrement qu’il y a une part de vérité dans ce que j’exprime.

La baisse rapide de popularité, les unes interrogatives des magazines d’information, tout cela me paraît être autant de signes de la difficulté à se réhabituer à une parole publique distillée avec mesure.

D’ailleurs, on le voit dans la séquence qui a entouré, cette semaine, la conférence de presse de François Hollande.

Tout le monde semble avoir poussé un immense ouf de soulagement et la plupart des observateurs saluent un exercice réussi.

C’est comme si ces orphelins de la parole publique avaient été rassurés par près de deux heures de communication dédiée.
La communication se nourrit de mots, de contenu, mais elle se nourrit aussi de fréquence.

Si je trouve personnellement que François Hollande a très bien fait d’abandonner la méthode sarkoziste qui s’apparentait plus au fonctionnement d’un distributeur automatique de balles de tennis qu’à une prise en main responsable de la situation, la frustration qu’ont ressenti les français montre à quel point la gestion du temps est importante face aux attentes d’une opinion inquiète.

Le désir de rythme dans la communication est parfois aussi fort que le désir de sens. Il ne faut jamais l'oublier.

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Commentaires articles

1.Posté par Labregere le 16/11/2012 12:04
Analyse juste et pertinente ; j'en partage l'essentiel

Cordialement
RL

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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