Christophe Ginisty

Crise au sommet de l'état : chronique d'une peur panique et d'une absence de com


Rédigé le Jeudi 31 Octobre 2013



Si je ne renie rien de mon vote pour François Hollande lors de la dernière élection présidentielle, refusant de me résoudre à confier un second mandat à Nicolas Sarkozy dont l'histoire retiendra un quinquennat quasi-mafieux lorsque toutes les affaires seront jugées (et j'espère qu'elles le seront), je ne vous cacherais pas non plus l'immense trouble que j'éprouve en tentant de suivre l'actualité politique. 

Non seulement je ne vois plus le cap qui est choisi mais les renoncements successifs et récents me font perdre totalement le sens de l'action qui est menée.

Au-delà de l'appréciation des mesures annoncées un jour et retirées le lendemain, un mot semble caractériser la méthode gouvernementale : la peur ! 

Le gouvernement a peur de gouverner, peur de lui-même. Le président parait avoir peur de présider et semble céder à une panique provoquée par la conjonction d'un mécontentement inédit dans l'opinion et d'une absence totale de lisibilité résultant d'une communication inexistante. 

Dans ce contexte fébrile, chaque petit coup de semonce provoque un coup de tonnerre plongeant l'exécutif dans un état d'urgence aussi surréaliste que disproportionné. Les bretons cassent du portique ? On le démonte en vitesse. Les lycéens descendent dans la rue ? On fait une déclaration solennelle incroyable pour offrir l'asile à Leonarda.

Et tout se conjugue désormais de cette façon, et peu importe si les décisions qu'on applique sont l'oeuvre du gouvernement précédent. Le fardeau est pour le gouvernement en place, le pouvoir est dans un état inédit de faiblesse, paralysé par l'inefficacité de son affolement, marqué par les stigmates des craintes de voir le pays se soulever contre lui. 

L'idéologie sociale a été ravagée par cette technocratie froide qui considère le citoyen comme un être désincarné à qui l'on peut confisquer tout ce qu'il gagne au profit d'une formule mathématique obscure. 

Vous allez me dire que je fais une fixation ou que je prêche pour ma paroisse mais nous sommes au coeur d'une des plus graves crise de communication à laquelle j'ai assisté depuis que je fais ce métier ! 

Tout cela est politique ? Non, c'est faux ! Si le pays et ceux qui nous gouvernent sont dans cet état, c'est uniquement et principalement parce que l'on n'a pas pris la peine de tenir un langage clair aux gens et leur expliciter le cap pour qu'il ait au moins une chance d'être partagé par une partie de la population. 

Communiquer, c'est annoncer l'objectif. C'est inviter à l'approbation au fil d'un agenda que l'on maîtrise. C'est considérer l'autre en lui donnant des informations, des repères, des rendez-vous. C'est faire le cadeau de sa pensée pour qu'elle soit débattue, confrontée et potentiellement suivie. 

Communiquer, ce n'est pas s'abaisser à simplifier un message, c'est accomplir un acte éminemment démocratique qui considère le citoyen comme un partenaire de travail à qui l'on peut faire confiance pour avancer. 

Au lieu de tout cela et parce que nous avons un exécutif qui a choisi de bannir la communication dès son installation au pouvoir — comme si c'était sale — nous nous retrouvons avec un gouvernement devenu l'otage servile et martyrisé de l'opinion et de ses colères compulsives. 

Denis Pingaud, auteur de l'excellent essai, L'homme sans com' (Editions du Seuil) revient à longueur de pages sur ce choix désastreux de ne pas communiquer et de laisser la société s'emparer de l'agenda pour le diriger. Il pointe la méconnaissance que les élites au pouvoir ont d'une société de l'information qui n'est plus seulement rythmée par les journaux télévisés mais par une prolifération des conversations sur les réseaux sociaux. Il fustige cette culture du seul résultat qui invite à se taire sur le chemin pour réserver sa prise de parole au jour de l'épilogue hypothétique. 

Or, l'opinion est plongée dans un bavardage numérique abondant. Elle a besoin qu'on lui parle et qu'on lui commente les choix qui ont présidé à la détermination de ceux qui dirigent. Elle ne demande pas tant de soutenir que de savoir. Encore une fois, c'est une question de considération. 

Quand le pouvoir se tait, il laisse libre cours à tous les fantasmes et toutes les croyances. Il s'affaiblit dans la parole de l'opposant et plus ce dernier est outrancier, plus il a de chances d'être entendu. Un pouvoir qui ne fixe pas l'agenda est un pouvoir qui se dissout dans l'acide des opinions sulfureuses. 

Attention, je ne dis pas qu'un pouvoir doive être absolu ou autoritaire. Je dis seulement qu'il doit être déterminé, audible et lisible. Diriger sans communiquer est un acte désespéré. 

Moi qui vous parle, je serais très heureux de soutenir publiquement l'action du gouvernement si seulement je la comprenais moi-même. Je pourrais être un supporter enthousiaste et propager des convictions auprès des membres de mon réseau. J'en suis totalement incapable aujourd'hui. 

Quand on communique, on élève les gens qui entendent le message. On les met en situation de développer leur propre savoir et leur libre arbitre et l'on comprend rapidement pourquoi, dans le mot information, il y a "formation." A l'inverse, quand on maintient les gens dans le silence, on laisse leurs peurs submerger leur ignorance. 

Pour tout vous dire, je suis très inquiet de cette situation.

Quel que soit le bord politique auquel nous appartenons et pour peu que nous soyons attachés à la démocratie et aux valeurs de notre république, nous devons tous espérer que le pouvoir puisse reprendre ses esprits et le contrôle de la situation afin de nous protéger collectivement contre les débordements d'une opinion déchainée qui ne va pas tarder à comprendre qu'elle est en passe de prendre le pouvoir. 

A suivre...

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Commentaires articles

1.Posté par gab master case le 04/11/2013 09:08
Il se trouve aussi que ce gouvernement a tellement peur de mal faire que ça influe sur sa manière de communiquer ou de ne pas communiquer du tout.

2.Posté par davidchatou le 24/11/2013 00:07
Il est probale que leur phobie de la comm vient de leur idee d'un "president normal", gentille facon de dire un president 100% different de sarkozy.

Sarkozy avait de mauvaises frequentation certes mais au niveau de la com il avait au moins un debut de demarche pro.

Il serait bon que Hollande change de siecle dans le domaine de la comm, il en va effectivement presque de sa legitimite.

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