De Marseille à la Grande Motte : le souffle de l'alternance en questions
A la fin du mois d’août, Marielle de Sarnez avait rencontré quelques leaders des mouvements de gauche pour y déclarer qu’il y avait plus de choses qui nous rassemblaient que de choses qui nous divisaient. A l’époque, je m’étais interrogé sur la posture du Mouvement Démocrate, regrettant que nous n’ayons pas eu l’opportunité d’en discuter en interne.
Ce matin à la Grande Motte, j’ai écouté François Bayrou confirmer les avancées de Marielle en affichant clairement et sans la moindre ambiguïté que nous étions désormais prêts à discuter avec tous ceux qui appellent à une alternance, sans condition, "car nous n’avons pas besoin de mettre des conditions pour confronter les idées". Ce que je pensais s’est donc confirmé, nous tendons la main à la gauche dans l’espoir de former un rassemblement de citoyens désireux d’en finir avec les dérives du sarkozisme. Sur le fond, je trouve la posture intéressante et les mots du "professeur Bayrou" d’une très grande lucidité. Sur la forme, je suis plus confus car beaucoup de questions restent selon moi non résolues et je vous propose de les évoquer avec vous. Ce n'est pas tant une critique qu'une série d'interrogations. Pour discuter, il faut être au moins deux. La position décrite par François Bayrou suppose que le parti socialiste mais aussi les radicaux, les verts et les communistes veuillent ouvrir les discussions et la confrontation d’idées. Je n'en suis pas du tout certain. Le PCF a déjà indiqué son rejet du MoDem, les Verts se sont singularisés dans une stratégie d’indépendance, et les socialistes , par la voix de sa première secrétaire, ont demandé des gages que François Bayrou a refusé avec raison. Pour s’allier, il ne faut pas que le rapport de force soit inégal Que représentons-nous sur l’échiquier politique actuel ? Si les partis de gauche acceptent de discuter avec nous, pourquoi le feraient-ils d’égal à égal alors qu’ils représentent plus du double de notre électorat (si l’on s’en tient aux scores des dernières européennes) ? Qu’est-ce qui pourrait nous permettre de peser dans les débats et d'imposer le respect de certaines de nos valeurs fondamentales ? L'UDF a quitté un monde où nous étions la béquille de l'UMP, j'imagine que ce n'est pas pour débarquer dans celui où nous serions celle du PS. Comment décliner ce discours dans certains conseils où nous siégeons avec la droite ? Nombre d’élus locaux vont devoir expliquer à leurs alliés que François Bayrou a appelé à s’unir pour renverser démocratiquement le pouvoir en place et proposer une alternance. C’est assez légitime comme posture mais comment les dizaines de conseillers municipaux/généraux/régionaux qui forment coalition avec des formations se réclamant de la majorité présidentielle vont-ils expliquer et décliner ce projet, tout en restant fréquentables ? Comment parler à l'homme (et à la femme) de la rue ? Le discours de François Bayrou était brillant et savant mais je ne suis pas certain encore de pouvoir l'expliquer avec des mots simples aux gens que nous allons rencontrer sur les marchés. Je prévois que les annonces du week-end vont apparaître comme un virage à 180 degrés, comme un passage à gauche que nos voisins politiques de l'UMP vont s'empresser de graver dans le marbre. Il ne suffit pas d'un discours pour rendre intelligible une démarche de cette importance. Nous aurions dû y être mieux préparés, ce qui pose à nouveau la question de la concertation (ou de l'information) préalable en interne. Un défaut d'organisation qu'il faudra régler. Concrètement, on confronte quelle programme ? Il est intéressant d'avoir une direction et c'est précisément le rôle d'un leader que de l'éclairer. Mais je suis perplexe sur le fait d'avoir annoncé cette confrontation d'idées avec les forces de gauche aujourd'hui, trois mois avant que notre programme soit débattu et défini lors du congrès d'Arras. Il y a comme le risque d'apparaître inconsistant en proposant une orientation sur une coquille encore vide à ce jour. Et si on appliquait les voeux de Bayrou en interne ? François a conclu son discours avec une phrase que je trouve magnifique : "le sectarisme, c'est le racisme des idées"... Quelle belle formule ! J'applaudis des deux mains mais en l'entendant, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à certaines personnes du MoDem, cadres ou militants, membres du Bureau Exécutif qui m'ostracisent depuis trois mois pour avoir créé les Promoteurs, à ceux qui ne m'adressent plus la parole parce que j'ai "osé" m'élever contre l'organisation en faisant entendre une voix différente et exigeante. Ces mêmes gens ont applaudi à tout rompre les mots de leur leader, je souhaite qu'ils en comprennent la portée et l'intègrent dans leur comportement. Enfin, je voudrais conclure cette note en saluant l'extraordinaire discours qu'a prononcé Corinne Lepage et notamment cette formule que je trouve particulièrement éclairante : "nous ne sommes ni à droite, ni à gauche, mais devant". Bonne rentrée politique à tous. Dimanche 6 Septembre 2009 - 18:48
Christophe Ginisty
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Je m'appelle Christophe Ginisty, je tiens un blog perso depuis le 16 novembre 2004. Je suis entrepreneur et chef d'entreprise, co-fondateur de l'agence RUMEUR PUBLIQUE, citoyen engagé et Président-fondateur de l'association Internet sans Frontières.
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