Débat de la primaire socialiste : quels enjeux en termes de communication ?
Ce soir, les 6 prétendants à l'investiture socialiste pour la prochaine présidentielle vont débattre à nouveau. Deuxième rendez-vous avec l'opinion publique, l'émission de ce soir comporte des enjeux différents pour chacun des candidats. Voici, selon moi, ce sur quoi ils devraient travailler pour réussir l'exercice en termes de communication.
François Hollande : Résister.
Il est assez nettement en tête des sondages à l'heure où j'écris cette note et la difficulté principale est de continuer à faire la course en tête. C'est un peu comme l'échappé solitaire d'une étape cycliste, l'enjeu réside dans sa capacité à ne pas se faire dévorer par le peloton qui a désormais en commun le même ennemi (ou le même homme à abattre).
Comment cela peut-il se traduire sur la forme et le fond ? ll doit refuser la polémique et afficher une autorité de compétence. C'est lui qui doit être le plus ferme car il doit se projeter dans la peau du vainqueur et se rapprocher des habits présidentiels. Il devra donc être à la fois très conciliant vis à vis de ses adversaires (pour éviter l'effet de meute) et très rigide dans l'énoncé de ses valeurs. Martine Aubry : montrer de l'envie
C'est elle qui a le plus à perdre du débat de ce soir. On parle beaucoup d'elle mais elle ne cesse de se faire distancer par Hollande. A ce titre, la manière avec laquelle elle a réagi aux propos de DSK qui évoquait leur pacte a été catastrophique.
En enchaînant les interviews sur le thème "et vous croyez que j'ai une tête de candidate de substitution ?" elle a commis une très grosse erreur. Il ne faut jamais poser ce type de question de cette manière car c'est prêter le flanc aux adversaires et se dévaloriser soi-même. En répêtant cette question comme élément de langage, la plupart des observateurs avaient envie de répondre : "oui, tu es une candidate de substitution." Pour ce soir, le principal exercice que je lui donnerais si j'étais son conseiller serait de démontrer que l'envie de conquérir la présidence de la République vient d'elle, qu'elle est habitée par cette ambition, bref, exposer son envie afin de nous donner à nous envie de voter pour elle. Ségolène Royal : faire autre chose que du Ségo
Vous pourriez penser que Ségolène Royal a un avtantage concurrentiel sur les autres prétendants du fait d'avoir déjà mené une campagne et être arrivée au deuxième tour. Or, loin d'être un avatange, cette expérience est un très lourd handicap pour deux raisons fondamentales.
La première est que cela fait peser sur elle une image de perdante. Valeureuse ou pas, elle est la perdante de 2007 et ce n'est jamais facile de se défaire d'un tel attribut d'image qui n'est franchement pas positif. La deuxième raison est que les gens aspirent naturellement à de la nouveauté, que ce soit dans les produits qu'ils achètent ou dans les politiques pour lesquels il vont voter. Il est donc impératif que Ségolène Royal nous propose une autre partition, quelque chose qui nous montre qu'elle a véritablement changé ou évolué. Et cela doit aller bien a-delà des propositions, cela doit être dans l'attitude et la manière de s'exprimer. Arnaud Montebourg : travailler
Grand habitué des plateaux de télé, porte parole à de très nombreuses reprises, Arnaud Montebourg est facile sur un plateau de télévision. Mais, selon moi, c'est là son principal problème en termes de communication.
Il donne une image de facilité un peu arrogante, celle d'un personnage qui se joue du débat sans jamais véritablement aller au fond des choses. On ne ressent pas sa culture du sujet, on ne voit pas où il a approfondi et derrière des effets de style, il néglige d'exposer son expertise. Si j'avais à le conseiller, je lui recommanderais de choisir un sujet de prédilection, n'importe lequel et de démontrer sa culture en l'approfondissant de manière magistrale. Cela montrerait sa capacité de travail et son implication sur le fond du débat. Manuel Valls : miser sur le coup d'après
Manuel Valls est une pépite. S'il s'en donne la peine, je pense qu'il a un grand avenir en politique, un avenir de premier plan. Or, nous savons tous qu'il n'a aucune chance de remporter la primaire socialiste mais il risque d'y laisser des plumes.
Il a donc un intérêt à ne pas trop s'exposer à court terme afin de jouer le moyen terme avec plus de sécurité. Afin que la posture corresponde à cette ambition, l'une des solutions pourraient être de sans cesse inviter le téléspectateur à se projeter dans l'avevnir, à proposer une longue vue, des projets à long terme, et ainsi amener les supporters éventuels sur la même échance que son échéance personnelle. Jean-Michel Baylet : se singulariser
Il ne fait pas partie du groupe, il n'est pas membre du PS et cependant, il fait tout pour se fondre dans le collectif et être comme les autres. C'est à mon avis sa principale erreur de communication.
Baylet doit être différent et incarner bruyamment cette différence. Il doit sortir du socialisme pour expliquer au gens ce que signifie le centre gauche, ce qu'il implique et en quoi il est à la marge du socialisme. Il doit porter en lui la diversité car c'est lui qui est le plus légitime pour le faire, compte tenu de sa formation politique d'origine. Lors du précédent débat, il a trop voulu devenir socialiste parmi les socialistes. Cette attitude l'a tué, il fut inexistant. Sa chance réside désormais dans l'explosion de sa différence. A vos postes de télévision...
Voilà ce que je pouvais dire sur le débat de ce soir et les réflexions que m'inspirent les challenges de communication. L'exercice sera, une nouvelle fois, intéressant à suivre.
Rédigé par Christophe Ginisty le Mercredi 28 Septembre 2011
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