Christophe Ginisty

Départ de Montebourg: juste épilogue pour un hyper communicant


Rédigé le Lundi 25 Août 2014



Quelle image étonnante que cette arrivée de Montebourg hier dans les locaux du Ministère de l'Economie pour sa conférence de presse, au lendemain de ses déclarations fracassantes sur la politique économique du Président de la République. Tout sourire au lèvres, fier de son coup, avec la tête du mauvais garçon prétendument heureux d'avoir foutu le bordel, il avance au milieu des caméras, jubilant d'être noyé par l'attention de tous ces photographes tel une starlette en bas du tapis rouge. J'ai trouvé tout ça à la fois grotesque et indigne pour l'institution ministérielle mais en même temps terriblement révélateur de ce qu'aura été Montebourg depuis son entrée au gouvernement en 2012: une sorte de guignol hyper-communicant. 

Sans faire le moindre jugement politique sur le fond, Arnaud Montebourg n'a été qu'un communicant gesticulant, indiscipliné et souvent mal inspiré, totalement individualiste, dévoré par l'amour de sa propre image et la certitude que son sens du contrepieds faisait avancer le débat. Son action est insipide et se résume à quelques coups d'éclats qui ne sont en réalité que des coups de com qui firent illusion pour un temps auprès d'une partie de l'opinion. 

Il y a eu cette couverture sur le made in France avec le t-shirt Armor-Lux et le Robot Moulinex en main. Il y a eu ces déclarations surréalistes sur l'avenir de Dailymotion qui firent d'énormes dégâts dans les milieux d'affaires internationaux pour la réputation de la France, il y a eu ces propos sur la nationalisation des hauts-fourneaux, ses déclarations en faveur de Bouygues Telecom dans le dossier SFR, sa préférence pour Siemens dans le dossier Alsthom, ses charges anti-européennes au moment où son collègue des finances plaidait l'indulgence dans dossier de la France,... Jusqu'à la réunion de dimanche dernier et ses blagues foireuses sur sa "cuvée du redressement qu'il va envoyer au Président." Pathétique !

Au-delà encore une fois de l'analyse politique qui n'est pas mon propos, Arnaud Montebourg est le symbole des limites de la communication lorsque celle-ci est prise comme l'alpha et l'oméga et se substitue à l'action publique. J'ai tout dernièrement fustigé l'exécutif qui ne maîtrisait pas sa communication — et nous en avons eu un autre exemple hier avec les images désastreuses de François Hollande sur l'Ile de Sein — Arnaud Montebourg a été l'exemple inverse depuis plus de deux ans en ne faisant que de la communication et en supposant que cette communication lui permettrait de peser sur la vie politique de notre pays. 

Convaincu que François Hollande n'aurait pas le courage médiatique de le virer, il est tombé sur un os, Manuel Valls, qui a eu raison de mettre fin à ce spectacle permanent aussi ridicule qu'inapproprié en de telles situations. Dommage que Benoît Hamon ait été la victime collatérale de ce cirque, lui qui s'est sans doute fait piéger par Montebourg et qui doit ce matin amèrement regretter sa sortie de dimanche dernier. 

Ce que cet épisode révèle du point de vue de la communication est encore une fois le besoin absolu de maîtrise. Il n'est pas tenable, dans de telles circonstances économiques qui s'apparentent à une tempête, que les membres de l'équipe jouent une partition en solo et s'aventurent vers des chemins divergents et des positions discordantes. La communication d'un gouvernement, tout comme celle d'une entreprise d'ailleurs, doit être maîtrisée dans le fond et la forme et ce n'est pas faire offense à la diversité des opinions que de vouloir que cette communication soit harmonieuse, à l'unisson. C'est le seul moyen d'offrir de la visibilité à l'action pour espérer restaurer la confiance des français et leur donner le sentiment qu'il y a des gens à la barre. 

La communication se travaille. Ce n'est pas la science de l'improvisation et des bons mots aux gré des inclinaisons de l'opinion et des sondages de popularité. C'est une matière qui demande beaucoup d'efforts et d'abnégation pour se mettre à la porté des cibles, qui passe par le contrôle sur le fond et la forme et qui se nourrit de consistance et de sincérité. Maîtriser sa communication, c'est donner une chance au récepteur de comprendre l'intention initiale. Ce n'est pas la manipuler, c'est lui donner les moyens de s'informer pour juger. 

Arnaud Montebourg fut depuis le début un parasite de l'efficacité de la communication de l'équipe gouvernementale. Pour la clarté de l'action gouvernementale, il est salutaire qu'il en soit évincé. Voyons maintenant si la future équipe de Manuel Valls saura en tirer les enseignements. Ce n'est pas gagné. 

A suivre... 

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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