Christophe Ginisty

Ecoute du net : ce sont les signaux faibles que l'on doit repérer


Rédigé le Mercredi 17 Octobre 2012



Ecoute du net : ce sont les signaux faibles que l'on doit repérer
Tous les matins j'écoute la radio en me rasant et tous les matins je me fais la même réflexion en entendant des rubriques qui ont pour objectif d'informer les auditeurs sur ce qui se passe sur Internet.

Pratiquement toutes les radios d'information ont leur chroniqueur maison qui nous brosse avec plus ou moins de talent l'état des conversations sur la toile.

Ce matin, on nous disait que le match de l'équipe de France de foot contre l'Espagne avait fait le buzz sur Twitter. Hier, c'était la dépénalisation du cannabis qui avait secoué les réseaux et la semaine dernière, c'était le mariage gay ou encore la tentative de Rachida Dati de faire éclater la vérité sur le père de sa fille.

Quand j'écoute ça, je me dis que c'est d'une banalité assez consternante.

Attention, je ne critique nullement les animateurs et les chroniqueurs qui font un boulot que je respecte et que j'apprécie mais je me dis finalement qu'on nous démontre tous les matins que les gens qui discutent sur le net se passionnent pour exactement les mêmes sujets que les journalistes ou que les débateurs improvisés du café du commerce.

La banalité vient du fait que le web n'est pas un monde à part et que les gens qui s'y expriment le font dans une espèce de communion parfaite avec les médias traditionnels. On rencontre les mêmes phénomènes de masse sur le web que dans les rédactions.

Pas la peine d'aller perdre son temps sur Twitter pour savoir que le sujet en une des journaux télévisés ou que l'émission en prime time a également fait réagir massivement les internautes.

La question que l'on pourrait dès lors se poser est la suivante : plutôt que de relever de quelle manière les internautes se sont passionnés pour les mêmes choses que les médias traditionnels les plus dominants, ne pourrait-on pas se servir du web pour identifier des signaux faibles et mettre en avant des discussions qui ne se sont pour le moment pas répandues ailleurs ?

Souvenez-vous, lors de la dernière campagne présidentielle, j’avais pris l’initiative de publier un baromètre hebdomadaire de la présence des candidats sur Twitter (en voici un exemple pour mémoire ).

Un jour, j’ai discuté avec un journaliste d’une chaîne de télévision de l’opportunité de tenir une chronique hebdomadaire sur la base de ces données. Il se montrait très intéressé mais nos conversations achoppèrent sur une question très pertinente de sa part à laquelle je ne sus pas répondre. Il me dit à peu près ceci :

- Je n’ai pas besoin de vous pour savoir que les comptes de Sarkozy et de Hollande sont en tête du classement ni que la polémique de la semaine s’est répandue mécaniquement sur les réseaux sociaux. Tout ça me parait assez évident. Par contre, j’ai besoin de votre outil pour m’aider à comprendre quelle est la particularité des conversations sur le web et quels sont les sujets qui risquent d’émerger.

J’avoue que je n’ai pas pu trouver de solution qui tienne « scientifiquement » la route et ce projet de chronique a avorté dans l’œuf à mon plus grand regret. Mais le journaliste avait raison, j'en étais convaincu.

Quand la télévision et les réseaux sociaux se répondent de concert comme dans le cas du match de football d’hier soir, il n’y a selon moi pas grand-chose à en dire si ce n’est faire une collecte de bons mots et de calembours que des utilisateurs plus inspirés que d’autres auront produit.

Par contre, je crois qu’il y a un vrai travail à faire sur l’identification des signaux faibles et sur la capacité des observateurs que nous sommes à déceler des conversations émergentes issues du net.

Ce n’est pas qu’un défi éditorial, c’est un défi que toutes les organisations communicantes vont devoir relever dans les prochaines années.

Car c’est dans ces signaux faibles que l’on pourra trouver les racines des mouvements à venir de l’opinion.
L’écoute du web est une matière stratégique. Mais elle ne doit pas se faire sur la base des grands phénomènes médiatiques de masse mais sur l’amont, c’est-à-dire sur ce qui les précède.

Il y a là un enjeu de réputation majeur et la garantie d’une tranquillité future.

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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