Christophe Ginisty

Emmanuel Macron : c'est pas de la politique, c'est du marketing


Rédigé le Mercredi 13 Juillet 2016



Encore un !

Emmanuel Macron a rejoint hier le club de moins en moins fermé de ceux qui vont aller à la présidentielle mais qui ne le disent surtout pas, qui font tout comme si c’était bon mais qui travaillent la posture de l’hésitant.

Un club composé de ces "précieux ridicules" qui font mine de se tâter alors qu’ils sont déjà en campagne, qu’ils lèvent des fonds et constituent leurs équipes.

Chef de cette bande et inspirateur en chef, Nicolas Sarkozy évidemment qui nous fait sa Prima Dona depuis des mois en se servant de l’appareil du parti pour faire campagne en lousdé aux frais du militant mais qui promet sur ce qu'il de plus cher (sa Rolex ?) que sa décision n'est pas prise. Il n’est pas seul : Montebourg l’a rejoint il y a quelques semaines, quelques années après Dominique de Villepin qui avait montré la voie avec sa République Solidaire dont le discours de lancement ressemblait furieusement au speech que le Ministre de l'Economie a servi hier soir à sa foule en délire. 

Vous voulez que vous le dise ? C’est grotesque et ça témoigne d’une dérive toute à fait inquiétante de la politique.

Pourquoi ça ? Tout simplement parce que cette stratégie n’a d’autre objet que de mesurer l’état de l’opinion avant de se lancer. C’est mettre l’adhésion en amont de la proposition. C’est placer la sympathie avant le contenu. C’est absurde.

Ces gens qui font mine de ne pas savoir sont en réalité accrochés aux sondages et ne se décideront que lorsqu’ils considèreront que le vent est suffisamment favorable. Ils ne cherchent pas à changer le monde mais à avoir des ‘clients’.  C'est pas de la politique, c'est du marketing. 

Ne cherchez pas là des politiques sévèrement burnés qui ont à cœur de défendre leurs idées coute que coute, parce que c’est important pour la France, les français et que la mise en œuvre de leur programme est notre seule chance d'éviter la catastrophe. Non, les membres de ce club attendent d’être sûrs qu’on les aime suffisamment avant de tenter et dire quoi que ce soit.

Ce sont les professionnels du ‘bon moment’ que les armées de courtisans qui les entourent vont peaufiner avec une précision chirurgicale afin de favoriser l’alchimie délirante de la rencontre d’un homme avec son peuple.  

Vous me direz que c’est une attitude pragmatique et pleine de bon sens. Moi, je vous dirai que c’est le degré zéro de la politique.

Vous croyez que Martin Luther-King a attendu la dernière livrée du TNS-Sofres avant d’avoir un rêve ? Gandhi s’est-il assuré d’être dans le classement de 50 personnalités préférées des indiens avant d’entamer sa marche ?

Cette extrême fébrilité liée à l’opinion est castratrice par nature. Elle n’invente pas, elle répond. Elle ne surprend pas, elle rassure. Elle ne prend pas la parole, elle paraphrase.

Le désir de plaire inlassablement mesuré par les sondeurs inhibe l’audace et la disruption car ce désir repose sur la  recherche de satisfaction d’une attente identifiée de l’électeur plutôt que sur la conceptualisation de quelque chose de véritablement nouveau. Faire ainsi de la politique, c’est sacrifier ses idées, quelles qu’elles soient, pour essayer de servir la soupe de manière quasi obsessionnelle à des citoyens que l'on essaye de deviner. Encore une fois, c'est du marketing, rien de plus.

On a l’impression d’assister à un ballet d’aristocrates qui ne sortiront de leur palais pour aller rencontrer la plèbe que lorsqu’ils auront acquis la certitude d’être acclamés. « Et mes acclamations ? Et mon enthousiasme ? » Ca ne vous rappelle rien ?

Pour tout vous dire, je n’ai rien contre Macron qui me laisse assez indifférent et que j’ai un peu tendance à prendre pour un opportuniste naïf et sympathique, mais j’aurais vraiment salué son courage si, hier, au lieu de pavaner sur scène à égrainer les allusions au calendrier présidentielle et les périphrases convenues, il avait franchement osé se démarquer d’un gouvernement dans lequel il ne se sent pas tout à fait à l’aise et annoncé sa candidature sans équivoque.

Cela aurait eu du panache !

Au lieu de ça, il a construit une vague médiatique sur du vide, alimentée par une série de banalités qui mettent tout le monde d’accord (en finir avec les conservatismes, changer, décloisonner, rassembler…) plutôt que de prendre le moindre risque.

Bref, pour la politique autrement, il faudra encore attendre. Pour voir un leader en marche aussi. 

A suivre… 

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