Christophe Ginisty

Eric Walter, secrétaire général de la Hadopi : la réputation en trompe l'oeil


Rédigé le Mardi 18 Décembre 2012



Eric Walter, secrétaire général de la Hadopi : la réputation en trompe l'oeil
Connaissez-vous Eric Walter, le secrétaire général de la très fameuse Hadopi ?

Oui ? Non ?

Moi si.

Et si j'ai décidé d'y consacrer une note au moment où je travaille à la préparation de la conférence ReputationWar qui aura lieu le 11 janvier prochain à Paris (d'ailleurs, dépêchez-vous de vous inscrire, il ne reste plus que quelques dizaines de places), c'est que je crois qu'il est de ces personnes dont la réputation est faussée par l'organisation à laquelle elles appartiennent.

J'ai beaucoup écrit sur la réputation des organisations. Il est utile de s'arrêter quelques instants aujourd'hui sur la réputation des personnes.

Quand on est professionnel et qui plus est dirigeant, il se produit souvent une confusion dans l'esprit du public entre ce que l'on est personnellement et ce qu'est l'organisation dans laquelle on travaille. En d'autres termes, on hérite de la réputation de son organisation et le public vous affuble des mêmes attributs que ceux qui la définissent.

Dans le cas d'Eric, ce phénomène est d'une très grande puissance.

Hadopi est sans aucun doute l'une des institutions les plus critiquées, villipendées, insultées depuis le projet de son installation au cours du quinquennat précédent. Et je prends ma part de responsabilité, moi qui ai à de très nombreuses reprises, soit à titre personnel, soit en tant que Président de Internet sans Frontières que j'avais créé en 2008, écrit que je trouvais cette approche idiote, inefficace et dangereusement privative d'une liberté fondamentale, celle de pouvoir accéder au réseau.

Mais dépassons le sujet de fond.

Nommé sous l'autorité de Nicolas Sarkozy après avoir été le Monsieur Internet de l'UMP et du Ministère de l'Intérieur, auteur principal du texte de projet numérique du programme de 2007, Eric Walter a hérité de toute la désapprobation populaire et s'est fait traîner dans la boue à titre personnel par d'innombrables internautes fanatisés.

Au moment où la mission de Pierre Lescure essaye de se pencher sur l'avenir de l'institution, la réputation d'Eric est solidement associée à l'antipathie que le public a vis à vis d'Hadopi d'une part et de Sarkozy d'autre part.

Et pourtant, ce passionné du Guatemala n'est même pas de droite. Et ses vrais combats sont ailleurs.

Pur autodidacte et n'ayant que le bac en poche (ce qui nous fait d'ailleurs un joli point commun), Eric a débuté en politique en travaillant sur la campagne de... François Mitterrand en 1988. Il le dit souvent d'ailleurs, il n'est ni de droite ni de gauche mais du côté des idées qui feront avancer son pays.

Il s'est très tôt intéressé à la société de l'information. Après avoir été chargé de la mise en œuvre de la Fondation du patrimoine au sein du cabinet de Philippe Douste-Blazy, alors Ministre de la culture et de la communication, il va être chargé de la mise en œuvre des Comités interministériels pour la société de l’information (CISI) et du projet de plateforme de signalement des spams « Signal Spam » au sein de la direction du développement des médias.

A l'issue de la campagne de 2007, il se voit déjà travailler à l'Elysée pour prolonger l'effort accompli au service du développement d'une France en marche vers le numérique (la promesse de nomination d'un ministre en charge du numérique, c'est son idée). La route lui est barrée par Cécilia et c'est Rama Yade qui va le « repêcher » lors de sa nomination au gouvernement Fillon II, sur recommandation de Emmanuelle Mignon, dircab de Sarkozy.

Dans ce grand ministère des Affaires étrangères dirigé par Kouchner, et même si la partie "Droits de l'Homme" peinera toujours à trouver sa place, il va être chargé de suivre l'affaire de l'Arche de Zoé. Il va ensuite organiser dans l’urgence l’opération « enfants du Darfour », afin d'améliorer concrètement la protection humanitaire des enfants du Darfour en collaboration avec 18 ONG intervenant dans cette zone.

Mais c'est le sujet de l'adoption internationale qui va le passionner et occuper la plus grande partie de son temps. D’octobre 2007 à mai 2008 Jean-Marie Colombani conduit la mission sur l’adoption en France dont il a été chargé par Nicolas Sarkozy. Pour sa partie internationale, le dossier est confié par Bernard Kouchner à Rama Yade. Au sein du cabinet de cette dernière, Eric Walter assure le pilotage du dossier avec l’appui de son homologue au sein du cabinet Kouchner.

Il travaille d'arrache pieds sur le volet administratif ainsi que sur le volet terrain. Il crée le réseau des volontaires de la protection de l'enfance et de l'adoption internationale. Véritable innovation administrative inventée de toutes pièces par Eric, la création de ce réseau répond alors au constat simple de carence de ressource dédiée sur le terrain à des questions de grande complexité frappant à la fois les enfants et les familles.

Comme il l'est précisé sur le site du Ministère des Affaires étrangères : "Le Ministère des Affaires étrangères coordonne, en partenariat avec l’Association France Volontaires, ainsi qu’avec des partenaires privés et des collectivités locales, un programme expérimental de volontariat en faveur des enfants privés de famille. Le réseau des Volontaires de la protection de l’enfance et de l’Adoption Internationale (VAI) a été lancé au Cambodge en août 2008 et étendu initialement à sept autres pays : Burkina Faso, Ethiopie, Guatemala, Haïti, Madagascar, Mali, Vietnam, et en Inde. Ces volontaires ont pour mission de mettre en œuvre, en lien avec les organisations non gouvernementales locales et l’UNICEF, les projets de coopération financés par le Service de l’Adoption Internationale en faveur de la protection de l’enfance."

Cela, on le doit à Eric.

En juin 2009, fin de l’histoire … le remaniement sonne le glas de ces initiatives à marche forcée qui ont fait dire à la quasi totalité des acteurs de l’adoption en France que, pour une fois, les choses avaient bougé dans le sens de l’éthique et de l’efficacité. Depuis, l’administration a repris ses droits.

Eric travaille quelques temps au Ministère des Sports, toujours avec Rama Yade jusqu'au jour où on lui propose de créer Hadopi.

Je lui ai souvent demandé : "Mais pourquoi as-tu accepté de t'embarquer dans cette galère sans nom ?"

Ce à quoi il m'a toujours répondu : "l'opportunité de créer une telle institution "from scratch" ne se présente pas deux fois dans une vie. J'étais fier que l'on m'en croie capable et j'ai accepté. Je connaissais bien le web et j'avais longtemps milité pour une société de l'information plus moderne, plus évoluée. Je devais tout faire, il n'y avait rien. Le challenge était incroyable, même si je le savais, cela allait être sportif."

Trois ans après, il dresse un bilan mitigé. D'un côté il relève "Hadopi c’est une équipe extraordinaire de jeunes trentenaires, majoritairement féminins, mis en situation de responsabilité à un âge où ça n’arrive que rarement. Avoir pu donner cette chance à ces personnes est une grande fierté." De l'autre, il prend soin de ne pas oublier : "Hadopi c’est aussi 3 ans de mépris, d’insultes, d’œillères de la part de ceux qui en ont fait leur combat ultime. C’est formateur et ça durcit le cuir. On ne parvient même pas à leur en vouloir."

Nous avons déjeuné ensemble il y a peu de temps. Je lui ai demandé comment il voyait la suite si d'aventure Hadopi était dissoute conformément aux aspirations du camp du candidat Hollande.

Il m'a répondu que c'était assez compliqué et qu'il n'en savait rien. Il a le sentiment d'avoir servi dignement la République mais réalise que, ce faisant, il avait essuyé des torrents d'insultes et était marqué au fer rouge du sarkozisme.

Alors finalement, il finit par m'avouer : "mon plus beau rêve est sans nul doute de repartir travailler sur les droits de l’enfant."

Voilà ce que je voulais vous dire sur Eric. Cette note n'est pas un panégyrique mais un libre propos sur un copain destiné à vous faire comprendre ce que peut représenter la complexité de la gestion de la réputation quand on est investi dans une organisation aussi exposée.

J'espère que vous qui l'avez lue, vous avez désormais de cet homme là une idée plus équilibrée et que cette note vous aidera désormais à faire la part des choses entre les personnes et les organisations qui les emploient.

(Crédit Photo: Jean-Baptiste Millot )

               Partager Partager
Notez


Lu 2485 fois

Commentaires articles

1.Posté par Jean-Baptiste Bournisien le 19/12/2012 18:44
Il suffit de le suivre sur Twitter (et ce qui est plus surprenant, c'est que ce soit lui qui m'ait suivi en premier) pour se rendre compte qu'il n'est pas l'organisation qu'il dirige.

Dieu sait que je n'aime pas Hadopi, mais lui, il a l'air d'un type épatant, intelligent, curieux et ouvert d'esprit. Ça se sent vite à travers ses mots, ses combats.

Je ne le connais pas personnellement.

2.Posté par Christophe Ginisty le 20/12/2012 09:43
Certes, mais il me paraissait utile d'aller au-delà de Twitter pour faire cette mise en perspective au moment où je travaille tant sur le thème de la réputation.

3.Posté par Jean-Baptiste Bournisien le 20/12/2012 09:46
Bien sûr Christophe, je ne voulais pas dire qu'il fallait te limiter à Twitter dans ton article. C'était une illustration de ton propose, et mon but était simplement d'aller dans ton sens, et de dire que si l'on est un tant soit peu intelligent, il n'y a pas besoin de beaucoup de temps pour se rendre compte des qualités de cet homme. Malheureusement, il y a beaucoup d'imbéciles.

4.Posté par fultrix le 12/01/2013 19:26
Ce portrait me rappelle le proverbe selon lequel "l'enfer est pavé de bonnes intensions".

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :

ReputationWar



Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.


Facebook
LinkedIn
Skype
Twitter
Slideshare

@cginisty
Ce moment où tu découvres que le FN a un sens de l'humour dont tu ignorais tout. #DupontAignan premier Ministre... La bonne blague...!
Samedi 29 Avril - 14:13
Note digne, déterminée et utile à lire sur le blog d'Alain Juppé : https://t.co/uqpXMC4xw1 Respect ! @alainjuppe
Samedi 29 Avril - 13:15
@jeremybouffier Merci Jeremy
Samedi 29 Avril - 09:20
Pourquoi je vote https://t.co/uxNlRR1U8Q
Samedi 29 Avril - 09:01
Pourquoi je vote: Alors que se multiplient un peu partout sur la toile les leçons de... https://t.co/aZKpiVVCCL https://t.co/bUKu7E0JNu
Samedi 29 Avril - 08:48
RT @MatthiasFekl: Notre police est à l'image de la France. Honte à M. #LePen qui salit l'hommage à #XavierJugelé et le magnifique discours…
Vendredi 28 Avril - 18:15

Recherche