Etat d'alerte permanent ?
Finalement, l'ouragan Irene n'aura pas dévasté la ville de New York comme certains pouvaient le redouter. C'est tant mieux, même si les Etats-Unis doivent malgré tout déplorer 14 morts.
De mon côté, je suis depuis quelques jours à Montréal et, sur tous les écrans de télévision depuis ce matin, des flashs spéciaux étaient diffusés en boucle pour alerter la population sur les dangers de ce qui était devenu depuis un tempête tropicale. Faisant route vers le nord, Irène promettait de faire de gros dégats sur cette partie du Canada. En réalité, il n'en a rien été. Encore une fois, c'est heureux. Mais en repensant au traitement médiatique qui a précédé puis accompagné Irene, je me disais que nous vivions finalement dans une société de la peur, une société en alerte permanente, alimentée dans sa psychose par le duo formé par des médias avides d'exceptionnel et des politiques hantés par une obligation idiote de masquer leur impuissance face à l'exceptionnel. Un coup de vent à l'horizon ? Une sécheresse précoce au printemps ? Un toussotement d'une place boursière ? Le drapeau orange ou rouge est brandi, le branle-bas de combat est de mise, le temps suspend son vol un instant et les gouvernants, graves, nous rapellent sur tous les médias du monde qu'ils nous auront prévenus. Ce que m'inspire cette situation est multiple. Tout d'abord, j'y vois le signe d'une infantilisation des peuples face aux politiques. On a tellement pris l'habitude d'être assisté que l'on attend tout de ceux qui nous gouvernent qu'ils règnent sur nos peurs et nos angoisses et qu'ils administrent notre sûreté dans tous les compartiments de la vie, y compris les plus aléatoires. On se trompe évidemment dans de pareilles circonstances et l'on perd l'habitude de se débrouiller par nous-mêmes avec un peu de bon sens et de créativité. Mais il y a aussi le rôle ridicule du politique qui s'est engouffré, bien heureux, dans cette brêche médiatique pour prouver à l'opinion publique qu'il s'occupait de tout, entrant par anticipation dans les habits du super héros prédicateur et salvateur. Afin qu'on ne puisse pas lui reprocher quoi que ce soit, il a appris à déployer un zèle inouï pour s'afficher comme l'autorité de la situation. Et puis il y a enfin le sentiment que nous sommes entrés dans un monde qui refuse le risque et l'incertitude propres aux éléments naturels. Cela va au-delà du refus de souffrir pour s'étendre à la négation de l'aléatoire. Même si, à plein d'égards, j'adore l'époque dans laquelle je vis, je regrette parfois la relation que nos aînés pouvaient avoir avec la nature dans toute son imprévisibilité et, pour paraphraser Einstein, sa malice. Les volontés farouches de contrôle, de savoir et d'assistance ont flétri l'homme dans sa relation avec son environnement. Pas étonnant alors qu'il ne le respecte pas. Rédigé par Christophe Ginisty le Lundi 29 Août 2011
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