Eva Joly : mise en examen de conscience
Cela ne doit pas être simple à gérer pour Eva Joly.
La semaine dernière, elle enchainait les interviews pour dire à quel point sa position sur le nucléaire n'était pas négociable, qu'elle ne transigerait sous aucun prétexte, que pour elle c'était plus important que tout et que, s'il le fallait, elle irait jusqu'à la rupture, portant seule ses convictions devant les français. Même si je n'ai pas une grande sympathie pour Eva Joly, j'avoue que j'avais le plus grand respect pour cette attitude. C'est vrai, je suis très admiratif des gens qui ont des convictions et qui ne sont pas prêts à les marchander pour des petits calculs électoralistes. J'admire tellement ces gens là que j'aimerais qu'ils soient plus nombreux en France. La situation du pays s'en porterait d'autant mieux. Oui mais voilà, depuis, les partis ont discuté entre eux et ils ont passé en revue les circonscriptions pour les prochaines échéances législatives. Ils se sont honteusement partagé le territoire comme si le peuple n'existait pas et n'était pas capable de trancher et, au passage, se sont assis sur les valeurs non négociables de leur candidate à l'élection présidentielle. Au-delà du fait que c'est un énième épisode de cette petite politique politicienne à gerber, on voit bien là que tout s'est fait au mépris total des idées. Oui, la négociation s'est occupée de préserver les vanités en reléguant au second plan des valeurs fondamentales. C'est ça faire de la politique ? Je ne le pense pas. Depuis ce matin, on me dit : tu te trompes, c'est ça la politique, c'est une affaire de compromis. Comment peut-on dire ça sérieusement ? Il ne s'agit pas de trancher entre une demande d'augmentation de 10 ou 15% et de proposer 12% mais d'imaginer le monde que nous allons laisser à nos enfants et la responsabilité que nous avons vis à vis d'eux, face à des risques majeurs qui pourraient se solder par des millions de morts. Très franchement, si j'étais à la place d'Eva Joly, je ne verrais aucune autre solution que d'abandonner tout de suite la course à l'Elysée, histoire de marquer une opposition farouche et non négociable sur la question du nucléaire et apporter également la preuve qu'il peut encore y avoir en France des hommes et des femmes politiques prêts à se sacrifier personnellement pour la défense de leurs idées. Mon abandon serait aussi le signe que je ne suis pas en mesure de représenter des gens qui sont finalement prêts à tous les renoncements, pour peu qu'on leur promette la perspective d'un siège à l'Assemblée Nationale. Cela aurait un panache extraordinaire et, même si j'en doute, j'espère que cela va se produire ainsi. Rédigé par Christophe Ginisty le Vendredi 18 Novembre 2011
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