Christophe Ginisty

Fillon ou la vanité du martyr


Rédigé le Jeudi 2 Mars 2017



La décision solennelle de François Fillon de se maintenir malgré sa prochaine mise en examen par les magistrats du désormais fameux #PenelopeGate est un tournant majeur et spectaculaire dans une campagne présidentielle qui n’en est plus une pour l’ancien Premier Ministre de Nicolas Sarkozy.
 
C’est un moment de communication exceptionnel à plus d’un égard.
 
C’est un parjure spectaculaire. Lui qui affirmait publiquement, la main sur le cœur, qu’il se retirerait illico de la course à l’Elysée s’il était mis en examen, n’hésite pas aujourd’hui à faire très exactement l’inverse de ce qu’il avait promis, offrant le spectacle le plus désespérant du politique qui s’essuie les mocassins sur la plus élémentaire de ses promesses.
 
C’est de la schizophrénie. Avec tout le respect que je dois aux personnes réellement affectées par cette maladie, François Fillon devient en une matinée le symbole de ce qu’il a dénoncé l’été dernier lorsqu’il interrogeait, sûr de lui, « qui peut imaginer le Général de Gaulle mis en examen ? » Il pensait à l’époque à Nicolas Sarkozy sans imaginer un instant que ces mots se retourneraient contre lui 6 mois plus tard. Il est devenu son propre Mister Hyde. 
 
C’est un déni de démocratie. Attaquer l’équilibre des pouvoirs et l’indépendance de la justice de cette manière, en procédant à des amalgames outranciers, c’est réfuter l’idée même de démocratie en déniant aux juges le droit fondamental de faire leur travail, sous prétexte qu’il y a une élection en cours. C’est se mettre au-dessus des lois alors même qu’on aspire à en devenir le premier garant.
 
C’est une insulte à l’intelligence. Quand Fillon parle d’assassinat politique et prétend que les juges veulent, à travers sa mise en examen, porter atteinte à la démocratie et empêcher l’élection présidentielle de se dérouler, c’est de la basse théorie du complot. N’est-il pas plus simple d’admettre que les juges qui rendent leurs décisions "au nom du peuple" protègent la démocratie précisément en mettant en examen une personne soupçonnée de détournement de fonds publics ? Tout comme ils tentent de le faire avec Marine Le Pen.
 
C’est une stratégie politique intenable. Que Fillon soit dans une démarche sacrificielle, acculé dans le cordes, c’est un fait. Qu’il souhaite continuer d’avancer en martyr, après tout, pourquoi pas. Mais en tant que leader d’une formation politique, il a la responsabilité de préserver les ambitions de sa famille politique constituée de candidats à la députation qui ne sont pas du tout d’accord pour se prendre le mur avec lui.
 
Que peut-il se passer maintenant ?
 
Théoriquement, rien de peut désormais empêcher Fillon d’aller au bout. Il a ses parrainages et il peut continuer à faire campagne en feignant de ne pas être atteint, en se construisant un nouveau personnage de résistant aux intempéries, en grossissant le trait de la victimisation pour s’installer dans les habits du guerrier solitaire et magnifique que rien n’arrête.
 
En pratique, je ne vois pas comment ça peut fonctionner, précisément parce que plus personne n’y croit dans son propre camp et que les députés, pragmatiques et si utiles pour faire campagne sur tout le territoire, vont vouloir sauver leurs fesses.
 
Ils ont deux possibilités, soit favoriser le sauvetage du navire par un candidat de substitution et Juppé est le seul à pouvoir être celui-ci. Soit se rallier à l’un des autres candidats actuellement en lice. Si les plus centristes pourraient s’accommoder de rejoindre Emmanuel Macron, on voit mal les plus conservateurs se ranger derrière Marine Le Pen.
 
Dans les deux cas, cela reviendrait à l’explosion du parti Les Républicains.
 
Conclusion, s’il avait le sens des responsabilités et non pas cet ego boursouflé qui le contraint à se maintenir coûte que coûte, François Fillon devrait renoncer, pas tant pour lui-même que pour la préservation de la famille politique qui l’a élu et lui a apporté sa confiance.
 
C’est un bien précieux que la confiance, il faut comprendre qu’elle implique un certain nombre de responsabilités.
 
François Fillon en a-t-il seulement conscience ?
 
A suivre…

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