Fin de l'Internet illimité ? Le pavé dans la mare de Free
Depuis la fin de la semaine dernière, une partie du web français est en émoi devant la menace de la fin de l'Internet illimité qui serait en discussion chez les trois principaux opérateurs, France Telecom, SFR et Bouygues Telecom. Mais derrière cette information "épouvantail" se cache à mon avis d'autres réalités.
La main invisible de Free
La France est un territoire particulier pour l'accès à Internet. Il se caractérise par deux éléments assez remarquables : un taux d'accès à l'ADSL record (plus de 95% des internautes français sont raccordés et bénéficient de ce type d'accès) et un prix de l'accès à Internet très bas (un forfait illimité aux USA coûte près de 100 US$).
Or, une société est en partie responsable de cet état de fait, Free qui a connu une réussite fulgurante dans l'illimité et qui a "plombé" la concurrence pour des années en mettant dans la tête du consommateur lambda à grands coups de publicités qu'un forfait Internet illimité devait coûter 29,90€, pas plus. En "inventant" ce prix et en le marketant à loisir, l'opérateur Free a eu une idée de génie qui a fait son succès mais qui empoisonne depuis près de 10 ans tous les opérateurs contraints de s'aligner sous peine de perdre immédiatement et gravement en compétitivité. C'est un symbole français, une sorte de droit acquis par l'internaute. Un tabou commercial aussi que les concurrents aimeraient faire sauter en coeur, histoire d'améliorer leurs marges dans un monde en proire à la saturation et qui demande des investissement colossaux. Or, Free veut rester maître du prix bas et il est prêt à tout pour empêcher les autres de s'entendre sur la fin de du mythe illimité à 29,90€. D'ailleurs, est-ce vraiment un hasard si le document qui a mis à jour les discussions des trois opérateurs sur la fin de l'illimité a été sorti par le site OWNI dont Xavier Niel, propriétaire de Free, est également actionnaire ? Pour ma part, je ne le crois pas une seule seconde. La guerre de l'Internet mobile
Depuis qu'Apple a démontré de quelle manière on pouvait gagner de l'argent, voire beaucoup d'argent en fabriquant puis en commercialisant des smartphones et des tablettes innovants liés à un modèle économique révolutionnaire pour l'achat et le téléchargement d'applications, le monde du mobile a pris conscience de ses extraordinaires potentiels.
Dans l'info sortie la semaine dernière sur la fin de l'Internet illimité, peu d'observateurs ont relevé que la Fédération Française des Télécoms, auteur de la note en question, était dominée par les trois principaux opérateurs de téléphonie mobile et que, là encore, le spectre de Free planait sur cette organisation depuis qu'il avait acquis la licence pour développer le quatrième réseau mobile en France. Encore plus étonnant : les rédactions ont crié à la fin de l'illimité, sans relever qu'en matière d'Internet mobile, l'illimité n'existe pas (ou de manière très marginale), faisant ainsi une coupable confusion entre l'accès dont on bénéficie à la maison et celui que l'on utilise via les réseaux de téléphonie mobile. Un vrai risque de saturation
Derrière cette bataille de communiqués et de lobbying se cache pourtant un vrai problème : le réseau Internet tel que nous le connaissons dans le monde est au bord de la saturation. Nous sommes plus de 2,5 milliards d'individus à l'utiliser et la prochaine décennie verra arriver sur la toile un nouveau milliard d'internautes.
Les adresses IP sont presque épuisées dans leur format actuel, les réseaux physiques ne sont pas conçus pour de telles montées en charge et les connections mobiles ont besoin de ressources inouies pour faire face à la demande, notamment dans les pays en voie de développement. Tous les acteurs de l'Internet, gouvernements et institutions internationales y compris, doivent prendre se chantier à bras le corps pour nous permettre dans quelques années de continuer à vivre une expérience universelle ouverte, neutre et non limitée. C'est un enjeu planétaire éducatif, culturel, économique, démocratique, social qui dépasse de loin les intérêts particuliers des uns et des autres et qui va bien au-delà de nos considérations nationales. Rédigé par Christophe Ginisty le Lundi 22 Août 2011
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