Fra-ter-nit-té : le jour où Ségolène Royal a tout perdu


Rédigé le Mercredi 12 Octobre 2011


Fra-ter-nit-té : le jour où Ségolène Royal a tout perdu
Souvenez-vous. Nous étions en septembre 2008, Ségolène Royal remplissait le Zénith de Paris pour un one-woman-show improbable qui est resté célèbre (voire mythique) pour l'incantation clamée en boucle : Fra-ter-ni-té !

Nous étions un peu plus d'un an après la présidentielle de 2007 et cette prestation avait marqué les esprits par son côté totalement décalé, médiatiquement et politiquement.

Au-delà de tous les jugements de valeur, ce qui fut à mon sens le plus spectaculaire, c'est une attitude et une posture qui montraient qu'elle s'engageait finalement dans une voie sans issue.

Ségolène Royal a fait deux erreurs majeures dans la gestion de sa stratégie de communication : elle n'a pas proposé de répit à l'opinion publique et elle est devenue la caricature d'elle-même. Ces deux erreurs ont été flagrantes dans la réunion du Zénith.

Pour réapparaitre, il faut accepter de disparaître après un échec, même si l'échec est injuste. La volonté frénétique d'occuper sans arrêt le haut de l'affiche ne permet pas aux gens d'oublier ce qui vous a fait perdre et donc ne permet pas de se débarrasser des scories qui polluent une image.

En 2008, Ségolène Royal aurait dû s'arrêter, se taire, se faire discrète, histoire de peaufiner son retour sous de meilleurs auspices. Elle n'a pas su ou pas voulu le faire et c'est très dommage. Sans doute s'est-elle précipitée trop vite dans la course à la domination du PS...

Point corolaire du précédent, quand on ne disparait pas temporairement, on ne se donne pas la possibilité de proposer aux gens une image changée.

C'est un peu comme dans une famille où l'on ne voit pas ses enfants grandir mais où ceux qui ne les ont pas vus depuis des mois s'en épatent. La constatation du changement est parfois proportionnelle à la longueur de l'éloignement. En termes de communication, au silence.

Or, Ségolène Royal, confiante à tort dans la constance de sa popularité - et sans doute très mal conseillée par des gens qui ne lui ont pas dit la vérité - est devenue peu à peu la caricature d'elle-même en grossissant un trait qu'elle croyait être son principal atout. La réunion du Zénith fut à ce titre une explosion d'outrance "ségolènienne".

J'ai été ému par les larmes de Ségolène Royal dimanche dernier. Sincèrement, et même si je n'ai pas voté pour elle lors de la primaire socialiste.

Mais les erreurs dont je parle et qui se sont illustrées dans cette prestation de 2008 accréditent la thèse qu'elle a surtout été très mal entourée car on aurait dû lui dire qu'elle n'empruntait pas la bonne direction pour concourir en 2012.



               Partager Partager

Christophe Ginisty
Notez

Commentaires articles

1.Posté par JML le 12/10/2011 18:37
Elle tout de même failli prendre le parti en Novembre 2008. Selon moi sa principale erreur n'est pas dans sa com mais dans sa stratégie. Elle avait suite au congrès de Reims des raisons valables de partir. Elle affaiblissait énormément le PS, qui lui a fait perdre 2007, car ça rendait Aubry illégitime. C 'était un coup de poker jouable.

2.Posté par Ch. Romain le 13/10/2011 00:59
A mon sens, la plupart des commentateurs (dont toi-même) lisent l'histoire à l'envers. Ce n'est pas le résultat actuel de Ségo qui est une baisse, c'est son score de 2007 qui était une hausse, fondée sur un phénoménal malentendu.

En 2007, les militant PS ne savaient plus à quel saint se vouer. Le traumatisme du 21 avril 2002 et la disparition de Jospin les avaient laissés déboussolés. Dans ce contexte, c'est la société civile qui leur a fourni une boussole. Lors d'une émission TV, Jamel Debbouze a déclaré à Ségo, en direct, qu'il la verrait bien candidate. Les sondages ont embrayé ; Ségo s'est retrouvée favorite des "sympathisants de gauche". Du jour au lendemain, elle s'est vue considérée à l'égal de DSK ou Fabius. C'était totalement inespéré. Elle a alors su trouver un discours différenciateur (qui recyclait en fait peu ou prou le discours de Chevénement en 2002) et les militants, totalement paumés, se sont reportés vers celle que les sondages leur indiquaient comme la plus porteuse d'espoir. On connaît la suite.

L'ennui, c'est que la campagne présidentielle se joue sur une dimension de "rencontre personnelle" qui ne survit guère à l'usure du temps. Un candidat à la Présidentielle doit incarner ; un homme politique standard doit proposer et démontrer. Or, le discours incarné par Ségo était tout sauf démontrable : il tenait plus de la magie que de la raison. Une fois passé l'instant magique qui la revêtaît d'une aura particulière, Ségo est redevenue ce qu'elle a toujours été : une bonne présidente de Conseil régional, capable de faire une bonne ministre, mais vaguement allumée. Et elle a été jugée comme telle.

L'histoire de Ségo, c'est l'histoire de Cendrillon, le happy end en moins. Il ne faut pas croire que la situation "normale" de Cendrillon est d'être assise dans un carrosse. Ça, c'est le moment d'exception. Ségo a connu un moment d'exception en 2007. Elle n'est pas retombée depuis : elle est juste revenue à son niveau normal.

3.Posté par JML le 13/10/2011 14:17
cela dit vous avez quand même sans doute un peu raison car lorsqu'on compare le 1er tour de la primaire 2006 et le 1er tour du congrès de Reims (3 candidats à chaque fois) Royal a perdu grosso modo 30%

paradoxalement, je pense qu'elle était mieux préparée aujourd'hui qu'il y a 5 ans. Mais son personnage a fini par lasser. Et ce qui l'a achevée : tous les sondages montraient qu'elle n'était pas sûre de figurer au second tour de la présidentielle

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :
1 2 3

Citoyenneté | PERSO | Libertés | Communication | WebDiversity | Culture