Christophe Ginisty

France 2015 : La démocratie moribonde


Rédigé le Mardi 8 Décembre 2015



Alors que 50% des français viennent de voter avec le résultat que l’on connaît et alors que les gesticulations politiciennes rythment le temps médiatique dans un balai ininterrompu de phrases qui ne sont petites que par leur manque de hauteur, je pense que nous vivons là les derniers instants d’un régime à l’agonie et que le mal est bien plus profond que ce que nous lisons dans les analyses de circonstance.

Ne nous méprenons pas. La vraie nouveauté, ce n’est pas la percée du Front National mais l’effondrement des formations républicaines. Nous n’assistons pas à la victoire du parti d’extrême droite mais à la défaite de celles et ceux qui nous gouvernent depuis des décennies.

La France n’est pas devenue fasciste mais totalement désabusée vis-à-vis des élites qui emprisonnent le pouvoir de manière consanguine et forment une oligarchie qui se pourrit de l’intérieur. Les électeurs ont abandonné le vote « pour » et ceux qui se donnent la peine d’aller voter se réfugient en majorité dans une minable attitude de rejet à la faveur du premier populiste venu, fut-il le descendant idéologique des monstres qui ont ensanglanté le 20ème siècle. L’élection n’est plus porteuse d’un projet ou d’une envie mais d’une colère emplie d’aigreur.

A qui la faute ? A la droite ? La gauche ? Sarkozy ? Hollande ?

La tentation est grande de trouver des responsables et des boucs émissaires face à un tel drame et d’espérer que ce soit la faute des autres. Pour moi, cela ne fait aucun doute, nous seuls sommes collectivement responsables de cette situation.

Jusqu’à preuve du contraire, et même si nous ne sommes de moins en moins nombreux à le faire, nous avons régulièrement et de notre plein gré élu ceux qui ont corrompu ce système et qui l’ont conduit dans le mur. Nul coup d’état n’a installé Sarkozy ou Hollande et la cohorte de politiciens professionnels qui « exercent » le pouvoir au niveau local ou national.

Ce sont nos créatures et les héros de notre démocratie. Ils sont des milliers, désirent le pouvoir pour le pouvoir, se contre-fichent des intérêts à long terme, alors même qu’une conférence déterminante sur le climat et l’avenir de la planète (et donc des espèces animales et végétales qui la peuplent) se déroule sur notre sol et dans l’indifférence quasi-générale. Au diable le développement durable, tant que leur carrière, elle, est durable.

Et nous les élisons.

Un ami me disait avant-hier que la solution au problème de la percée du FN était dans la mobilisation des citoyens. Le problème est que ce sont les citoyens qui nous ont conduits dans cette situation et je ne vois pas très bien comment les responsables d’une catastrophe pourraient nous en sortir. Il y a quelque chose de fondamentalement illusoire dans cette espérance.

Mais alors, quelle est la solution ? De vous à moi, je n’en sais fichtre rien et je ne me hasarderais pas à la moindre tentative de recette.

Vous allez dire que ce billet est bien noir et bien désabusé. Et vous aurez raison. Mais la situation est assez grave.

J’ai confusément cherché à participer à la vie politique il y a quelques années. Maladroitement sans doute mais je me suis vite heurté à ce que mes compagnons d’arme qualifiaient de plafond de verre : Il y avait de la place pour de la chair à canon et les bonnes volontés issues de la société civile étaient bienvenues pour gonfler les rangs des militants, applaudir à tout rompre dans les meetings et faire des colleurs d’affiches zélés, mais rien de plus. Il était impossible d’aller plus loin et d’envisager accéder au pouvoir réel en incarnant la promesse d’un renouvellement de la classe dirigeante.

Comme des millions d’autres sbires, je n’étais qu’un numéro d’adhérent avant de retourner chez moi, las, et m’occuper de mes affaires.

Attention, je n’ai pas l’arrogance de croire que j’aurais pu changer les choses à moi tout seul. Je vous fais juste part d’un retour d’expérience assez banal sur les garde-fou que les leaders politiques ont érigé pour éviter de se voir confisquer ce qu’ils considèrent comme un bien inaliénable, le pouvoir politique.

Le vrai mystère pour moi n’est pas de comprendre les stratégies des élus. La vanité fait partie de la nature humaine depuis la nuit des temps. Mais je ne m’explique par pourquoi nous continuons à voter pour des gens dont nous connaissons les travers ou pourquoi cette conscience a conduit tellement de gens à s’abstenir, c’est-à-dire à ne rien faire.

Pourquoi ne sommes-nous pas plus exigeants ? Pourquoi sommes-nous devenus à ce point résignés ? Pourquoi nous enfermons-nous dans une passivité docile ? Et pourquoi, nous les enfants de la révolution de 1789, de la Commune et de Mai 68, sommes-nous dans l’incapacité de former concrètement un mouvement qui foute tous ces gens dehors et restaure durablement les bases saines de notre vivre ensemble ?

Encore une fois, la famille Le Pen n’est pas le sujet. Car qu’elle arrive au pouvoir ou non, nous sommes le sujet et le pouvoir politique sera ce que nous en aurons décidé.

A suivre…

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Commentaires articles

1.Posté par Jean-Pascal le 09/12/2015 10:54
Parce que il ont réussi, les politiques et ceux qui captent 80% de la richesse, à nous enfermer dans un système tellement pervers, que même si on montre, si on prouve aux peuple leur ignominie de façon irréfutable, si on leur démontre sans équivoque l'objectif de ce système, qui ne profite qu'a des élites au sens le plus pervers du terme, rien ne va changer.
Chaque citoyen est tellement englué dans un système qui l'oblige à se focaliser la plupart du temps et à juste titre sur ses objectifs de survie, ou de protection et d'avenir de ses proches, que même conscient de tout ça il sait qu'il est prisonnier.
Le paroxysme de la perversion qui oblige à regarder son bourreau dans les yeux pendant qu'il lève la hache au dessus de notre tête et rester immobile alors que rien ni personne ne nous empêche de fuir
Je réfléchi tous les jours à la possibilité d'une solution. Le problème c'est que rien à court terme ne me parait envisageable, et que je suis tellement en colère que je ne supporte pas d'envisager des solutions à plus long terme.
Et j'estime faire partie des 10 à 15% de la population la plus favorisée, et qui à le temps de réfléchir, et qui aurais le temps d'agir.

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