France Soir : chronique d'une mort idiote et injuste
Il y a quelque chose de très triste à voir disparaître France Soir en version papier et, tel que c'est parti, cela semble désormais inévitable.
Mais si vous m'autorisez un peu de cynisme, je voudrais accompagner cet événement de deux réflexions très personnelles et sans aucun doute subjectives. La première est que je trouve tout ceci finalement assez moral ou, plutôt assez rassurant. Il ne suffit pas d'avoir des millions pour sauver un journal (ou plus généralement une entreprise) de la faillite : il faut du talent, du professionnalisme, une maîtrise du management et une vision. Tout ceci semble avoir furieusement fait défaut au jeune propriétaire du titre, Alexandre Pougachev. Il n'avait que des millions pour lui mais aucune expérience de la presse et encore moins celle d'un repreneur qui sait qu'il faut compter, économiser, gérer, rationnaliser, diriger, mobiliser et imaginer le projet industriel pour espérer sauver un titre. Dans sa logique à lui, il suffisait de mettre le siège social sur les Champs-Elysées, balancer des millions aux agences de pub, se payer des "stars" du journalisme comme on recrute un avant-centre à Chelsea, payer à un crétin d'internaute un voyage au tour du monde dans les plus grands palaces de la terre (sur les conseils de Jacques Séguéla, excusez du peu) pour que le quotidien redevienne ce pilier de l'information des français. L'échec que nous observons aujourd'hui montre évidemment que cette débauche d'argent ne suffisait pas. Et c'est en ça que je trouve la fin presque morale. Mails il y une autre réflexion que je me suis faite tout au long de cette épopée funeste : quel imbécile, ce Pougachev d'avoir positionné son titre dans une coloration politique clairement pro-gouvernementale ! S'il avait eu l'intelligence d'investir ses millions au sommet de la vague anti-sarkoziste qui a commencé à se former dès 2007, il aurait pu surfer sur une attente grandissante des français et leur apporter en retour une information presque militante. C'est tout l'art de créer une offre qui arrive au bon moment. Je suis persuadé qu'il était absurde de lancer un quotidien plus UMP compatible que le Figaro lui-même au moment où une partie grandissante de l'opinion publique allait rechercher à vivre son opposition à Sarkozy. C'était anachronique et, encore une fois, stupide. Le vrai problème, c'est que ces erreurs vont coûter leurs jobs à plus d'une centaine de personnes et ça, c'est vraiment injuste. Rédigé par Christophe Ginisty le Mercredi 14 Décembre 2011
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Qu'est-ce que la presse m'agace parfois !




