Christophe Ginisty

François Fillon ou l'art de la communication hors sujet


Rédigé le Dimanche 29 Janvier 2017



En quelques heures, les révélations du Canard Enchaîné ont détruit la réputation d’un homme jusque-là présenté comme le chantre de l’éthique, de la droiture, de la probité, celui qui n’hésitait pas à tacler violemment Nicolas Sarkozy cet été en s’interrogeant « Peut-on imaginer le Général de Gaulle mis en examen ? » pour appuyer le fait qu’un candidat aux plus hautes fonctions devait être irréprochable.
 
La séquence qui a suivi a été une succession d’erreurs en termes de communication de crise. La première fut de répondre à côté en parlant de misogynie, la deuxième fut d’aller sans véritable stratégie se jeter dans l’arène du 20 heures de TF1 et la troisième fut de s’afficher victime dans les colonnes du JDD en s’étonnant de la violence inattendue de ce début de campagne.
 
Dans les trois cas, il a commis une erreur de débutant en matière de communication de crise en s’exprimant à côté du sujet. Car dans les trois cas, sa défense a consisté à conspuer ceux qui s’en prenaient à sa femme.
 
Or, c’est un parfait contre sens !
 
Personne ne s’en prend à sa femme qui, en l’espèce, n’est absolument pas le sujet. Nul ne connaît cette Pénélope et n’en veut à cette dame. Elle n’est en rien à l’origine de l’indignation qui s’est répandue dans l’opinion car le sujet, il n’y en a qu’un, et c’est François Fillon. En adoptant la posture offusquée du mari qui protège son épouse, il a tout simplement été inaudible car il n’a à aucun moment traité le problème.
 
C’est un piège dans lequel tombent beaucoup de leaders lorsqu’ils sont confrontés à une crise embarrassante : feindre de ne pas comprendre pour déplacer le problème là où il n’est pas mais dans une zone où il est plus défendable.

Or, parmi les règles d’or d’une bonne communication de crise existe l’impérieuse nécessité de parler de ce qui indigne l’opinion à tort ou à raison. Toute diversion produit l’effet inverse et amplifie l’indignation selon le mécanisme suivant : puisqu’il ne traite pas le sujet, il nous prend pour des imbéciles et donc il est coupable.
 
Dans ce que les réseaux sociaux ont appelé le #PenelopeGate, il y a une seule question : François Fillon a-t-il mis en place un système d’emploi fictif pour détourner une partie des fonds publics alloués à son mandat de député à son seul profit personnel ?
 
Ce qui est en cause n’a jamais été Madame Fillon qui, en l’espèce, semble avoir joué le rôle d’un prête-nom plutôt qu’autre chose.  Ce qui est en cause est uniquement Monsieur Fillon, homme politique professionnel, député depuis la nuit des temps et aujourd’hui candidat à la Présidence de la République, seul décisionnaire dans l’attribution des sommes que lui octroie l’Assemblée Nationale pour organiser sa vie d’élu.
 
François Fillon commet un hors sujet constant en prétendant que l’on s'en prend à sa femme et que là est le problème. Encore cet après-midi dans un meeting parisien, il a commis la même erreur en implorant : « Que l’on laisse ma femme en dehors de ce débat politique.»
 
En matière de communication de crise, il est fondamental de toujours traiter le sujet central, rien que lui, c’est-à-dire la raison principale de l’indignation du public, faute de quoi vous aggravez le problème en donnant à l’opinion le sentiment que vous n’avez rien compris ou pire, que vous vous en fichez.
 
Ce que fait François Fillon depuis mercredi est un déni d’empathie, le signe malheureux d’une évidente condescendance vis à vis du petit peuple qui ose s’interroger sur ce que lui, professionnel de la politique, élu et membre de l’élite de ceux qui nous dirigent, peut bien faire de l’argent public.
 
Il a tout faux et cette erreur d’appréciation pourrait bien lui couter ses dernières chances d’être élu.
 
A suivre…

               Partager Partager
Notez


Lu 2773 fois

Commentaires articles

1.Posté par Pouzard le 29/01/2017 20:21
Très bonne analyse d'un comportement aussi peu reluisant qu'inquiétant...

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :

Voilà c'est fini - 21/11/2016

1 2 3 4 5

Opinion | Politique | PERSO | Libertés | Communication | WebDiversity | Culture | ReputationTime



Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.


Facebook
LinkedIn
Skype
Twitter
Slideshare

@cginisty
De retour à Bruxelles... sous la pluie :-( (Était-il utile de préciser ce détail météorologique ?)
Lundi 27 Février - 14:41
Very interesting read by @paulholmespr about strong influence consumers have over the messaging of their brands https://t.co/oyDQlKo1Dp
Lundi 27 Février - 13:17
Bien d'accord avec @VenturaAlba la campagne manque de fond pour le moment https://t.co/SUewccw1np
Lundi 27 Février - 11:45
Intéressant et bien tourné. Portrait à lire : https://t.co/WVDA73ovZk
Lundi 27 Février - 07:53
RT @JurisSleiers: "The battlefield [for presidency] today has shifted online." Le Pen’s online army leads fight for French presidency: http…
Dimanche 26 Février - 12:05
Flight attendants from #AirFrance welcome passengers with masks in Rio to celebrate #Carnaval https://t.co/Pvgxx6wGuh
Dimanche 26 Février - 09:42

Recherche