Christophe Ginisty

François Hollande ou le retour dans la zone de confort


Rédigé le Vendredi 7 Novembre 2014



S'il y a bien quelque chose que tous les dirigeants sans aucune exception adorent faire, une situation dont tous les porte-parole occasionnels ou pas rêvent, un réflexe quasi-pavlovien de la part des personnalités les plus chahutées dans les médias et sur les réseaux sociaux, c'est bien ce que l'on pourrait appeler le retour dans la zone de confort. Et c'est ce que François Hollande a fait hier soir.

De quoi s'agit-il ? Explications. 

Au-delà du rôle que toute personnalité médiatique est amenée à jouer, soit pour entrer dans les habits du chef d'entreprise, du responsable politique, du représentant syndical, de l'homme de loi,... chacun a son propre caractère, sa manière de parler, d'aimer converser, de se comporter. Il y a des gens qui sont fondamentalement affables, stricts, autoritaires, emphatiques,... C'est ce que l'on pourrait appeler la vraie personnalité, le caractère authentique ou, plus simplement, le naturel. C'est ce que l'individu est vraiment au plus profond de lui. Ce n'est pas le personnage, c'est la personne. Et ça se voit à l'écran. Je dirais même que ça crève l'écran. 

Comme cela correspond à une vérité, c'est en étant cette personne que l'on est le plus à l'aise dans une situation médiatique. C'est là qu'on se sent le mieux, comme si l'on retournait dans un cocon protecteur au centre duquel on est parfaitement en maîtrise. C'est ce que j'appelle la zone de confort. 

Hier soir, François Hollande y est retourné et c'est très intéressant du point de vue de la communication. 

En instaurant ce dialogue presque impromptu avec les quatre français, en partageant beaucoup d'informations personnelles et en se montrant assez sincère sur certains doutes quant à sa politique ou aux choix de sa vie privée, en affichant même une certaine vulnérabilité, il est redevenu l'homme qu'il est fondamentalement et a projeté une image assez efficace du point de vue médiatique. C'était cohérent car il était visiblement dans sa zone de confort et j'ai trouvé que l'exercice était de ce point de vue assez réussi.

Le seul problème est que l'on sent bien que cette zone de confort, cette attitude proche, un peu bonhomme, "normale", est assez peu compatible avec ce que les gens imaginent de la fonction présidentielle en situation de crise. L'opinion ressent une distorsion entre la gravité de la situation et l'image que François Hollande projette en étant dans cette fameuse zone. 

Car c'est bien là qu'est la difficulté. Lorsque la vraie personnalité, celle qui transpire de votre expression, ne correspond pas aux attributs de personnalité que l'opinion a en tête, on perd en efficacité. Pour prendre une image certes un peu exagérée, c'est un peu comme si vous propulsiez devant les médias un chef d'entreprise bonhomme et blagueur juste après la survenue d'une situation de crise. Ça ne pourrait pas coller et les gens n'achèteraient pas l'histoire. Ils en seraient profondément choqués car l'attitude ne correspondrait pas à la nature de l'actualité, même si le chef d'entreprise en question avait les mots justes pour commenter la situation. 

C'est la sphère de la communication non verbale et elle est absolument essentielle pour faire passer le message dans de bonnes conditions. 

C'est le même piège dans lequel est tombé Nicolas Sarkozy depuis son retour "fracassant" et son intervention sur le plateau du journal de Laurent Delahousse. Ses mots affichaient l'ambition douce du rassemblement et du consensus, de la paix et du vivre ensemble au-delà des clivages et son attitude était toute en tension, en agressivité, en autorité. Résultat des courses, personne n'a cru à ces mots qui sonnèrent creux et qui continuent de ne pas convaincre apparemment l'opinion des militants de l'UMP. 

Hier soir, François Hollande était sympa mais était-il pour autant Président ? Je vous laisse répondre à cette question en fonction de votre sensibilité politique et de votre analyse médiatique. Cette intervention fut-elle utile ? A chacun d'en décider. Quoi qu'il en soit, elle est une illustration assez intéressante d'une stratégie de communication personnelle qui repose sur le repli dans sa zone de confort. Pour ma part, j'ai trouvé ça assez positif car j'aime distinguer la vraie personnalité derrière la fonction. Je trouve même que c'est indispensable. 

A suivre... 

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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