Gérard Depardieu : analyse d'une communication de crise habile


Rédigé le Dimanche 16 Décembre 2012


Gérard Depardieu : analyse d'une communication de crise habile
Depuis une semaine et l'annonce de son exil fiscal d'abord supposé puis confirmé en Belgique, Gérard Depardieu est le feu de toutes les critiques.

En quelques jours à peine, il est devenu à lui tout seul le symbole involontaire de ces quelques grands fortunés qui décident de s'abriter sous des cieux fiscaux moins gourmands et qui montrent ainsi leur désapprobation des mesures gouvernementales.

Sans entrer dans un débat sur le fond de la question, ce qu'a fait Gérard Depardieu en publiant cette lettre ouverte au Premier Ministre dans les colonnes du Journal du Dimanche est très bien joué du point de vue de la communication. Je ne sais pas s'il a été conseillé par des professionnels de la com mais l'on peut en tirer des leçons pour toutes les situations de crise.

Décodage

Parler une fois mais fort
Lorsque l'on est attaqué, la tentation est immense de répondre à tous et à tout bout de champ. Dans sa position — et je ne fais pas de Depardieu une victime pour autant — on ne pense qu'à une chose, adresser "des mandales à tout ce qui bouge" pour reprendre une expression issue d'un dialogue de film. L'acteur fut canardé de toutes parts et pourtant il a respecté un très long silence sans la moindre réaction. Il a été sollicité par tous les médias de France et de Navarre pour livrer ses premières impressions, des journalistes l'ont harcelé pour qu'il réponde, il ne l'a pas fait et il a très bien fait.

Quand on gère des situations de crise sous le feu de l'actualité, la plupart des organisations n'arrivent pas à se taire et à ne pas répliquer. C'est plus fort qu'elles, il faut qu'elles apportent un contre argument au premier journaliste venu.

En choisissant de ne parler qu'une fois mais de dire tout ce qu'il avait à dire dans cette lettre, fortement et directement, Depardieu a rendu sa parole beaucoup plus audible qu'une succession de ripostes livrées dans un tempo désordonné au fil de l'eau.

On doit toujours savoir faire cela lorsque l'on est confronté à des attaques aussi nombreuses. Il faut prendre le temps de la formulation des éléments de langage et les livrer de manière majeure, d'un seul coup.

Viser un symbole, jamais l'opinion
Les personnalités choquées par cet exil fiscal sont très nombreuses dans la classe politique, de droite comme de gauche, même si les membres de l'UMP se sont montrés moins prompts à condamner l'évasion, sans doute en souvenir de la présence de l'acteur au meeting de Nicolas Sarkozy pendant la campagne.

Certains de ses "collègues" du show biz ne se sont pas privées non plus de le critiquer, sans parler des innombrables blogueurs et twittos qui se sont acharnés sur lui.

Il aurait pu "répondre à tous" mais il a préféré répondre à Ayrault et c'est extrêmement bien joué. Là encore, c'est une attitude à méditer.

Répondre à tous, c'est avouer que l'on a des milliers d'opposants. Répondre à Ayrault, c'est ne répondre qu'au chef du gouvernement socialiste de la France et, qui plus est, un homme à la popularité chancelante.

Ce qui est habile dans cette façon de procéder, c'est qu'il nous a répondu sans nous agresser mais en ne stigmatisant qu'un seul adversaire et pas n'importe lequel. Il s'est attaqué au symbole nommé et non pas élu de l'exécutif et s'en est pris à Jean-Marc Ayrault pour mieux pointer les inclinaisons de ce nouveau gouvernement. Il a fait d'une histoire personnelle un enjeu de politique intérieur.

Que retenir de cela ? Deux choses. La première est qu'il ne faut jamais riposter en attaquant l'opinion mais un adversaire identifié. La seconde est qu'il faut viser le sommet du symbole contre lequel on se positionne.

Maîtriser l'agenda
Le week-end, et plus singulièrement le dimanche, est le temps politique par excellence dans la société française, c'est le moment des grands rendez-vous avec les éditorialistes en radio et en télévision, c'est un temps très important en politique.

Choisir de riposter dans le Journal du Dimanche est une excellente option car elle vous fait entrer et diriger l'agenda de vos adversaires.

Le moment que l'on choisit pour communiquer est absolument fondamental. Un même message peut passer inaperçu s'il n'a pas été diffusé au moment opportun. Quand on gère une action telle que celle-ci, il faut être sûr de son coup car on n'a pas deux chances d'occuper le devant de la scène.

Se positionner sur le JDD, c'est avoir l'assurance d'une exposition maximale auprès de tous les observateurs qui suivent la politique.

Privilégier l'écrit
Lorsqu'une position est difficilement défendable, quand les arguments sont compliqués à faire passer parce qu'ils entrent en résonnance avec une émotion collective vive, il faut toujours privilégier l'écrit à l'audiovisuel.

L'écrit permet de tout dire et d'être clair quand l'audiovisuel accorde trop d'importance à l'image, l'émotion, la perception, le non dit.

En choisissant le format de la lettre ouverte, Depardieu nous invite à le comprendre uniquement par des mots qui font ou non mouche mais qui sont passés sans la moindre coupure au montage et dont la puissance n'est pas détériorée par une attitude, un physique ou une gestuelle parasites.

C'est là aussi une leçon à retenir en matière de communication de crise. Lorsque l'on est acculé et que l'on souhaite absolument faire passer des idées, il faut les transmettre au public par écrit de sorte qu'ils ne soient en aucun cas déformés. Ils seront interprétés mais leur intégrité ne sera pas affectée.

Bonne commmunication donc que cette lettre ouverte de Depardieu.

Ne vous méprenez cependant pas. Le fait que je loue cette habileté ne signifie pas que j'approuve ce qu'il a fait. Si vous voulez que je vous fasse une confidence, je vous dirais même que je trouve son exil fiscal vulgaire et indédent et que je n'achète pas les arguments qu'il a mis en avant dans cette lettre ouverte dont les arguments sont révoltants.

Mais au-delà de cela, la méthode était bien choisie et la participation bien exécutée.


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Christophe Ginisty
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Commentaires articles

1.Posté par Pedro Abrantes le 16/12/2012 23:17
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J'aimerai savoir s'il a réellement été conseillé ou si cela s'est organisé dans l'instant.
Il mène un combat juste. En tout cas pas moins condamnable que l'évasion des soutiens de notre Président.

Nous nous trouvons face à un Gouvernement qui a perdu la tête. Qui, pour des raisons populistes, va conduire le pays à la ruine.
Face à ce type de Gouvernement, il devient citoyen que de désobéir. Bientôt la question de le révolte se posera. Car la spoliation des droits et des revenus pour les uns, le maintien des autres dans l’assistanat, ne peut mener qu'à la révolte.

2013 promet de grands évènements.

2.Posté par GUTIERRES le 18/12/2012 05:41
Puis-je ?

Arretez de prendre les Français pour des .....,

JBG

3.Posté par Ch. Romain le 20/12/2012 13:19
1ere ligne : pas "le feu" mais "sous le feu".
Dernière ligne : pas "la participation" mais "la partition" (comme en musique ; c'est une métaphore musicale).

Sinon, analyse très intéressante ; merci !

4.Posté par le journal de personne le 24/12/2012 11:48
L'Orgueil
http://www.lejournaldepersonne.com/2012/12/lorgueil/://

L'ego pour l'un, l'égalité pour l'autre sur fond d'incivilité et de déloyauté...
C'est notre belle république privée de républicains.
Les deux sont entrain de perdre la main...
Je te parie sur Dieu qu'on dira bientôt, que la République a tué Depardieu!
...

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