Christophe Ginisty

Global Slavery Index 2016 : un autre regard sur ce monde


Rédigé le Mardi 31 Mai 2016



Il est rarissime que je fasse état ici des missions professionnelles sur lesquelles je travaille mais celle-ci mérite vraiment une exception. Aujourd'hui, 31 mai est publiée l'édition 2016 du Global Slavery Index, un rapport sur l'état de l'esclavage moderne dans le monde, un rapport unique sur le sujet et je fais partie de l'équipe qui en assure la communication, étant pour ma part chargé de la coordination digitale au niveau mondial. 

De quoi s'agit-il ? C'est une étude inédite sur l'état des nouvelles formes d'esclavage dans 167 pays, un travail titanesque dont les conclusions amènent les auteurs à estimer que 45,8 millions d'individus vivent en situation d'esclavage en 2016. 

Qu'entendent-ils par esclavage ? Bien-sûr, nous ne sommes plus à l'ère des traites négrières des 18ème et 19ème siècle. Dans ce rapport l’esclavage fait référence à des situations où une personne ne peut refuser ou quitter la condition dans laquelle elle est contrainte de vivre, par la menace, la violence, la coercition, l’abus de pouvoir… Ces nouvelles formes peuvent donc prendre le visage du trafic d’êtres humains, du travail forcé, de la servitude pour dettes, du travail des enfants, des mariages contraints, de l’exploitation sexuelle à des fins commerciales,...

On ne travaille pas un tel sujet sans que ça laisse des traces. Les chiffres sont ahurissants et à peine croyables.

On y apprend d’abord des données brutes, comme le fait que, sur une population certes supérieure à 1 milliard, 18,3 millions d’individus vivent en état d’esclavage moderne en Inde. Que 63,8% des populations en situation d’esclavage moderne vivent en Asie et que les chiffres relevés dans le Moyen-Orient ne cessent de progresser.

On y apprend aussi que les conflits en Iraq en Syrie, avec la percée de l’Etat Islamique ont eu des conséquences désastreuses pour les populations, soit parce qu’elles ont été placées sur place en situation d’esclavage (on pense notamment aux femmes qui ont été vendues sur les marchés), soit parce qu’elles ont été déplacées et mises de fait en situation de vulnérabilité extrême dans les pays où elles sont arrivées.

Mais au-delà des clichés, on apprend également qu’il existe un lien de cause à effet entre les catastrophes naturelles, les conflits armés, les crises migratoires et le développement  de l’esclavage moderne, certains hommes ayant la cupidité d’abuser de leur prochain lorsque de tels drames surviennent.

Et ce phénomène ne touche pas que les pays « exotiques » les plus pauvres. Certaines monarchies richissimes du Moyen-Orient s’illustrent par une utilisation contrainte et massive de travailleurs venus de pays voisins pour y construire leurs gratte-ciels et leurs stades de foot climatisés, quand ils ne sont pas employés de maison serviles à qui l’on a confisqué le passeport.

En Europe de l’ouest, le trafic d’êtres humains continue d’être une réalité, nos pays étant des destinations pour alimenter le marché du sexe tarifé.

Mais ce rapport est aussi l’occasion de mettre en valeur les initiatives qui ont été prises par des gouvernements du monde entier pour lutter contre ce fléau.

Ainsi, sur les 167 pays étudiés, 124 ont adopté des lois qui font du trafic d’êtres humains un crime au sens du protocole des Nations Unies et 150 pays fournissent des services d’assistance aux victimes dans des formes plus ou moins abouties. Le Royaume-Uni et les USA ont considérablement renforcé leur arsenal juridique, le premier ayant adopté le « UK Modern Slavery Act » qui renforce la lutte contre toutes les formes d’esclavage moderne et apporte une réelle assistance aux victimes.

Bref, c’est un rapport fascinant que celui-ci et, sans le moindre prosélytisme de ma part (ma fonction de toute manière me l’interdirait), je vous conseille vivement de vous plonger dans sa lecture. C’est une vision du monde qui n’est certes pas toujours réjouissante et joyeuse mais c’est une vision essentielle à découvrir.

L’objectif des auteurs de ce rapport est d’alerter les pouvoirs publics sur le phénomène mais également les entreprises en lançant un appel à tous ceux qui utilisent des filières de sous-traitants dans les pays les plus exposés afin de leur dire qu’il n’est pas acceptable de fermer les yeux sur la manière avec laquelle sont fabriqués leurs produits à l’autre bout du monde. C’est une responsabilité sociétale majeure et un enjeu planétaire.

A suivre…

 Cliquez sur le lien ci-dessous pour télécharger le rapport complet. 

global_slavery_index_2016.pdf Global+Slavery+Index+2016.pdf  (17 Mo)


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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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