Christophe Ginisty

Guatemala : ce que l'élection de Moralès doit nous enseigner


Rédigé le Mercredi 28 Octobre 2015



Je ne sais pas si vous avez vu passer l'info au milieu d'un flot ininterrompu d'une actualité internationale surabondante et particulièrement anxiogène mais un petit pays d'Amérique centrale, le Guatemala, vient d'élire à sa tête un Président revendiquant haut et fort son absence totale d'expérience politique. Je vous reproduis ici un extrait de la dépèche AFP : 
Une page tournée. Lassé de la corruption, qui a mené en prison son précédent président, le Guatemala a voté en grande majorité dimanche pour un acteur comique sans aucune expérience politique. Avec 68,6 % des voix selon des résultats officiels portant sur 96,3 % des suffrages exprimés, l'humoriste, comédien et animateur de télévision Jimmy Morales remporte donc le second tour de l'élection présidentielle haut la main. "Avec ce vote, vous m'avez fait président, j'ai reçu un mandat et ce mandat doit servir à lutter contre la corruption qui nous a rongés", a notamment déclaré à la télévision le candidat âgé de 46 ans du parti de droite FCN-Nación.
Je sais que certains d'entre vous vont me dire qu'on a les politiques qu'on mérite et les opposants les plus farouches du Président Hollande vont se glousser en prétendant qu'on a déjà un clown à l'Elysée,... j'en passe et des plus vaseuses. Au-delà de ces railleries approximatives que je ne cautionne pas et dont je vous laisserai la seule responsabilité, je pense que cette élection est tout de même révélatrice de l'état du monde. Et que c'est vachement préoccupant. 
 

Je n'ai rien contre Jimmy Morales et je n'ai même aucun avis le concernant mais je crois qu'il y a au moins trois enseignements à retenir de ce qui s'apparente tout de même à une sacrée première. 

La corruption tue la politique, pas seulement les coupables
Le sentiment croissant que ceux qui nous dirigent sont "tous pourris", donc tous à mettre dans le même sac et à rejeter en bloc, est un sentiment qui parvient à devenir majoritaire dans certains pays. Faisant fi des personnalités et des responsabilités réelles des uns et des autres, les citoyens semblent lassés et incapables du moindre discernement tant le mal s'est propagé dans la société. Résultat de ce ras le bol massif, les portes s'ouvrent en grand devant les populistes de tout poils ou pour ceux, comme c'est le cas de Morales, qui revendiquent leur inexpérience (et s'en remettent à Dieu pour les guider). Morales a fait toute sa campagne sur une idée simple : n'ayant aucune expérience, je ne suis pas comme eux. Et ça a fonctionné de manière spectaculaire. 
 
Les citoyens ont désacralisé l'institution 
Si l'on peut élire à une écrasante majorité n'importe qui à la présidence du pays, c'est que la présidence n'est plus une institution et n'est plus respectée en tant que telle. Réfléchissez, vous ne confieriez pas un truc auquel vous tenez par dessus tout à quelqu'un qui s'affiche incompétent pour en être responsable. L'élection de Moralès est l'illustration non seulement de la perte d'influence de la parole politique mais également de la perte de repères dans les institutions qui président à l'organisation de la cité. On se dit que ce n'est pas si grave finalement si le chef de l'état est quelqu'un de tout simplement honnête et qui fait rire. Après tout, c'est déjà ça de pris !

Le médiatique l'emporte par échec et mat 
Le troisième enseignement de cette élection est pour moi le triomphe magistral du pouvoir médiatique sur le politique. Jimmy Morales est un acteur très populaire, omniprésent à la télévision de ce pays depuis des années. C'est une personnalité médiatique majeure et cela suffit aujourd'hui à lui offrir une crédibilité apparemment indiscutable pour se présenter se faire élire. Nous sommes là face à une immense confusion des genres, confusion que l'on connaît bien ici dans nos pays où il suffit parfois d'avoir été "vu à la télé" pour incarner une candidature attractive et convaincre des milliers de citoyens de voter pour vous. 

Corruption généralisée, désacralisation des institutions, victoire du pouvoir médiatique, quelles sont les conséquences de tout ça ? 

Ne vous faites pas d'illusion, la faiblesse du politique est toujours compensée par la force d'un autre pouvoir. Si Jimmy Morales n'a pas l'étoffe et l'expérience pour diriger son pays, d'autres vont prendre le dessus et tirer les cartes. Ce pourra être les fonctionnaires, les banquiers, les policiers,... mais un ou plusieurs corps constitués combleront le déficit de pouvoir laissé par le nouveau président élu qui deviendra peu à peu un pantin totalement dépassé par la ruse et l'expréience de ces derniers. 

La nature a une sainte horreur du vide, il ne faut jamais l'oublier. C'est particulièrement vrai dans les shémas organisationnels où toute fonction est assumée, soit par une décision, soit par l'appropriation spontanée de quelque chose laissé à l'abandon. 

A suivre... 

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Commentaires articles

1.Posté par Jacques Vermeulen le 02/11/2015 11:10
Parfois on ne vote pas pour un candidat ' mais contre un autre candidat, c est souvent le cas En France ' j ai fais changer le terme de corruption par courtoisie, avouez q une enveloppe de courtoisie passe mieux !!

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