Internet est-il une saloperie ?
En plein boulot sur la relecture de mon bouquin sur l'Internet et la politique, je réalise à chaque chapitre à quel point le phénomène Internet fait peur aux leaders politiques et à tous ceux qui détenaient un pouvoir sur les citoyens (médias, intellectuels,...). Nous sommes face à un bouleversement total des rapports de force et cela irrite la classe politique et médiatique, conduisant certains de ses membres à qualifier Internet de saloperie.
Le week-end dernier, j'écoutais Pierre-Louis Basse sur Europe 1 qui donnait la parole aux grandes voies de la radio. Il leur demandait ce qu'ils avait le plus regretté en 2009 et deux d'entre eux (et non des moindres), Marc-Olivier Fogiel et Michel Drucker, ont érigé l'Internet au rang de phénomène le plus regrettable de l'année. Stigmatisant la violence des internautes, pointant du doigt leur partialité et leur agressivité, illustrant leur propos avec ces vidéos qui ne projettent que des événements sortis de leur contexte. On aurait cru entendre un réquisitoire contre le fascisme populaire. Au niveau de mon engagement personnel, j'ai pu mesurer à de très nombreuses reprises à quel point les dirigeants politiques avaient une sainte horreur de l'Internet. On m'a demandé plein de fois d'expliquer ce phénomène, on m'a demandé plein de fois comment interdire des propos jugés excessifs, un moyen de censurer les indésirables. On m'a demandé plein de fois d'opérer un contrôle sur le flux incessant de contributions violentes. Je n'ai jamais accepté car je pense qu'Internet est au contraire une chance extraordinaire pour la démocratie. Il ne faut pas croire que les véléilté de censure n'existent que dans les régimes totalitaires. Même au sein de nos démocraties, ce fantasme est réel et beaucoup de blogueurs en font régulièrement les frais. Oui, Internet est violent. Mais cette violence est proportionnelle à l'étouffement passé des individus à l'ère des seuls médias de masse. Les simples citoyens prennent leur revanche sur un pouvoir qui n'a jamais partagé. En donnant leur avis bruyamment, ils sont certes parfois excessifs, mais ils raffraichissent la démocratie de manière exceptionnelle de débridant les conversations. Internet n'est pas une saloperie, c'est la preuve que la citoyenneté est un concept vivant. Rédigé par Christophe Ginisty le Lundi 11 Janvier 2010
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