Christophe Ginisty

Internet est-il une saloperie ?


Rédigé le Lundi 11 Janvier 2010



Internet est-il une saloperie ?
En plein boulot sur la relecture de mon bouquin sur l'Internet et la politique, je réalise à chaque chapitre à quel point le phénomène Internet fait peur aux leaders politiques et à tous ceux qui détenaient un pouvoir sur les citoyens (médias, intellectuels,...). Nous sommes face à un bouleversement total des rapports de force et cela irrite la classe politique et médiatique, conduisant certains de ses membres à qualifier Internet de saloperie.

Le week-end dernier, j'écoutais Pierre-Louis Basse sur Europe 1 qui donnait la parole aux grandes voies de la radio. Il leur demandait ce qu'ils avait le plus regretté en 2009 et deux d'entre eux (et non des moindres), Marc-Olivier Fogiel et Michel Drucker, ont érigé l'Internet au rang de phénomène le plus regrettable de l'année. Stigmatisant la violence des internautes, pointant du doigt leur partialité et leur agressivité, illustrant leur propos avec ces vidéos qui ne projettent que des événements sortis de leur contexte. On aurait cru entendre un réquisitoire contre le fascisme populaire.

Au niveau de mon engagement personnel, j'ai pu mesurer à de très nombreuses reprises à quel point les dirigeants politiques avaient une sainte horreur de l'Internet. On m'a demandé plein de fois d'expliquer ce phénomène, on m'a demandé plein de fois comment interdire des propos jugés excessifs, un moyen de censurer les indésirables. On m'a demandé plein de fois d'opérer un contrôle sur le flux incessant de contributions violentes. Je n'ai jamais accepté car je pense qu'Internet est au contraire une chance extraordinaire pour la démocratie.

Il ne faut pas croire que les véléilté de censure n'existent que dans les régimes totalitaires. Même au sein de nos démocraties, ce fantasme est réel et beaucoup de blogueurs en font régulièrement les frais.

Oui, Internet est violent. Mais cette violence est proportionnelle à l'étouffement passé des individus à l'ère des seuls médias de masse. Les simples citoyens prennent leur revanche sur un pouvoir qui n'a jamais partagé. En donnant leur avis bruyamment, ils sont certes parfois excessifs, mais ils raffraichissent la démocratie de manière exceptionnelle de débridant les conversations.

Internet n'est pas une saloperie, c'est la preuve que la citoyenneté est un concept vivant.

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Commentaires articles

1.Posté par Pierre Jourdan le 11/01/2010 20:21
Globalement d'accord avec toi. L'efffritement de la culture écrite ne peut que renforcer les paradoxes du net : l'internaute lambda aura des flashs sur tel bon billet; un autre perdra son temps sur tel autre aspect du net; le politique ne restera pas forcément impuissant devant ce phénomène mondial et il devra en prendre compte. Dans vingt ans peut être, les générations qui n'auront pas voulu utiliser le net auront disparu; resteront alors les autres générations, qui elles, seront bien vivantes et qui auront sacrément besoin de redécouvrir la démocratie à l'intérieur de notre village planète, (une planète urbanisée à plus de 80% dans son peuplement). Le net pose des problématiques passionnantes et, Christophe, j'ai bien hâte de lire ton livre (en attendant une dédicace).
Bien à toi.

2.Posté par Claudio Pirrone le 11/01/2010 23:03
Fort intéressant

3.Posté par Ch. Romain (Nanterre) le 12/01/2010 10:07
internet est l'équivalent dans le domaine des médias de ce qu'est la guérilla dans le domaine militaire : une dissémination infiniment démultipliée opposée à une puissance concentrée.

Dans les deux cas, on observe une concentration de pouvoir (dans les mains de pays pour le militaire, de groupes privés pour le médiatique) à laquelle se confronte une structure protéiforme, composée d'une myriade d'individus n'agissant pas forcément de concert, et caractérisée par sa fluidité et son imprévisibilité.

Le succès de la "guérilla médiatique" Internet tient à mon avis à trois facteurs essentiels :
1) la relative facilité d'usage (n'importe qui, s'il s'en donne un peu la peine, peut créer un blog ou poster une vidéo sur le net) ;
2) le discrédit dans lequel sont tombés la grande majorité des médias traditionnels (inutile de développer ici les raisons de ce discrédit, ça prendrait trop de place...) ;
3) l'engorgement des voies traditionnelles de publication (littérature, musique, articles journalistiques, essais, etc.) par rapport à la quantité de "candidats" à cette publication. J'inclus dans "l'engorgement" les réflexes réels de censure des éditeurs face à d'éventuels discours illuminés ou politiquement irrecevables

Ces trois facteurs ont généré une phénoménale floraison, une prise de parole sans précédent dans laquelle le meilleur côtoie aisément le pire.

Comme dans la guérilla, cette prise de parole tous azimuths a totalement désorienté les institutions traditionnelles. Deux exemples entre mille : la pétition contre la candidature de Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD ; le blog d'Etienne Chouart au moment du vote sur le TCE dont l'importance a conduit DSK à "débattre" en public avec un obscur prof de province...

A ce titre, Internet peut apparaître comme la victoire des "petits" à la parole confisquée contre un système graduellement organisé pour monopoliser au profit d'une classe ou d'une caste tant la décision que l'expression et même la définition de ce qu'il est "convenable" de penser ou de dire.

Mais est-ce vraiment le cas ? Faut-il voir dans Internet un triomphe de ce qui serait la "démocratie réelle" face à une "démocratie formelle" ?

Si l'on admet que la libre expression suffit à faire la démocratie, la réponse est incontestablement oui. Mais si l'on a une autre idée de la démocratie, la vision sera différente.

La démocratie est, me semble-t-il, la caractéristique d'une société qui se sait divisée par des antagonismes et qui cherche une façon pacifique de les résoudre par le consensus. Dans ce contexte, l'expression des sensibilités de "la base" n'est qu'une première étape. La seconde est l'organisation et la structuration de ces sensibilités afin d'en tirer une action et une organisation recevable par tous. La troisième est l'introduction dans la prise de décision du facteur temps (il faut éviter la dictature du court terme) et la modération de "l'émotion populaire" par un système représentatif et/ou un multicamérisme.

Donc, il ne suffit pas d'avoir une floraison d'expressions variées pour avoir une démocratie. C'est pourquoi, à mon avis, Internet n'est qu'un outil potentiel au service de la démocratie, mais sans que ces potentialités soient réellement actualisées.

En revanche, le côté "guérilla" d'Internet le rend extrêmement suspect aux yeux des pouvoirs en place. D'où la volonté réelle de contrôler les choses, par la loi Hadopi ou d'autres.


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