Intervention de la Chine : chronique d'une mondialisation à géométrie variable
Je suis frappé par les réactions qui entourent la proposition chinoise de venir en aide à l'Europe. Ce flot d'hostilités alors que nous ne sommes franchement pas en situation de faire les difficiles m'a fait prendre conscience que nous étions sans doute à un tournant de notre histoire.
Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, nous vivons au rythme d'une mondialisation croissante qui a d'abord servi à reconstruire le monde occidental après le conflit planétaire puis qui a été marquée par des mutations politiques importantes : la fin du modèle soviétique et la libération d'un certain nombre de peuples de la colonisation. Ce qui est important de noter, c'est que cette mondialisation s'est faite sous l'impulsion tant économique que politique et culturelle de la première puissance mondiale, les Etats-Unis qui ont imposé leur vision du monde. Le monde a bouffé du hamburger et des subprimes en érigeant Michael Jackson au rang de demi-dieu et en chaussant des Nike. Presque personne n'y trouvait à redire, jusqu'à ce que le système s'effondre à l'été 2008 et montre toute sa perversité. Aujourd'hui, il est temps de se rendre à l'évidence, l'empire américain et certains de ses fondamentaux se sont écroulés. Et c'est heureux d'ailleurs. Il nous faut inventer un nouveau monde et trouver notre salut dans une nouvelle conception de la mondialisation, multipolaire et dont l'axe principal s'est inexorablement déplacé vers l'orient. La main tendue par la Chine est un choc pour des dirigeants qui ont passé toute leur vie à regarder leur avenir à l'ouest, de plans Marshall en indices Dow Jones, rivés sur une boule de cristal unique et principale. La réticence est culturelle, presque atavique : on applaudit des deux mains quand l'un de nos champions se fait racheter par des américains, on dit alors qu'il est de classe mondiale, mais lorsque ce sont des chinois qui achètent, on crie à l'invasion. Lorsque nos entreprises européennes font du business avec succès aux USA, on les couvre de louanges mais lorsqu'une société comme Schneider Electric déplace une partie de son management stratégique à Honk-Kong, on crie à la trahison. C'est une forme de racisme économique très en vogue dans notre vieille Europe. Derrière cet épisode de la proposition chinoise, il y a toute la pensée occidentale et notamment européenne qui est heureuse de se faire dominer, à condition que ce soit par des américains. Or, il faut être sérieux deux secondes. La main tendue par la Chine est une opportunité à ne surtout pas négliger et mépriser. C'est pratiquement la seule chance de nos économies d'éviter le chaos. Nous ne pouvons pas nous permettre d'ergoter. En cette période de l'année où nous fêtons nos morts, nous sommes en train de vivre un épisode décisif dans le trépas de la mondialisation à l'américaine. Et, je le dis une nouvelle fois, ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle. Rédigé par Christophe Ginisty le Mardi 1 Novembre 2011
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