Journée mondiale sans Facebook : et pourquoi pas sans Auchan et Carrefour ?
Je suis souvent surpris par la naïveté de certains mouvements qui appellent symboliquement à boycotter telle organisation sous prétexte qu’elle serait attentatoire à nos libertés. Ce jour, un collectif canadien a appelé le monde entier à ne pas se connecter sur Facebook afin de protester contre l’utilisation par le plus grand réseau social du monde de données et d’informations personnelles.
S’il est vrai qu’il faut être prudent dans la gestion de son identité numérique, cet appel me paraît décalé et naïf pour au moins deux raisons. La première vient du fait que la plupart des données personnelles laissées sur Facebook l’ont été la plupart du temps par les utilisateurs eux-mêmes : Entendre une utilisatrice regretter que ses photos en maillot de bain aient fait le tour de la toile, c’est oublier que c’est l’utilisatrice elle-même qui les avaient mises en ligne. Il est tout à fait possible d’éviter ce genre d’exhibition, tout comme il est possible de décider qu’un compte ne sera accessible qu’à une liste réduite de personnes. Enfin, n'oublions pas que la présence sur les réseaux sociaux est tout à fait facultative. La deuxième raison est qu’encore une fois, on stigmatise abusivement Internet en laissant de côté le problème dans sa globalité. Les réseaux sociaux ne sont pas le problème mais c’est plutôt l’ensemble du marché du profiling et du fichage, qu’il soit policier ou commercial contre lequel il nous faut nous battre. Facebook est non seulement une cible facile mais c’est la partie émergée de l’iceberg qui dissimule une multitude d’organisations qui manipulent nos données personnelles sans la moindre vergogne et sans être inquiétés par des mouvements d’internautes. La grande distribution, sous prétexte de fidéliser le chaland, nous abonde de cartes de fidélités qui enregistrent à notre insu une somme colossale d’informations personnelles, informations qui vont être cédées ou monnayées d’enseignes en enseignes. Ce fichage et cette surveillance sont infiniment plus nuisibles et perverses car nul ne peut en sortir, la CNIL étant un organe sans pouvoir et sans moyen, alibi démocratique d’un pouvoir qui ne recherche en la matière que la bonne conscience. Alors ne nous trompons pas de combat. La pratique des réseaux sociaux est certes à manier avec précaution (notamment chez les plus jeunes) mais les vrais ennemis de la vie privée sont ailleurs. Rédigé par Christophe Ginisty le Lundi 31 Mai 2010
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