Christophe Ginisty

L'économie du partage : quand les individus tentent de sauver le monde


Rédigé le Samedi 23 Mai 2015



Dans l'essai que j'avais écrit et publié en 2010 sur l'impact de la révolution Internet sur la société, j'écrivais ceci dans le chapitre de conclusion :

"Face à des grands défis comme notamment le défi climatique, les individus seront beaucoup plus dynamiques, déterminés, libres et créatifs dans l’appréhension de leur propre contribution à la protection de l’environnement que ne le seront jamais les pouvoirs politiques centraux. Les hommes et les femmes de bonne volonté trouveront ensemble des solutions qu’ils auront la possibilité de partager grâce à Internet. Pourquoi ne pas aller jusqu’à imaginer que le recours systématique à la loi dans certains pays comme la France déclinera au profit de la montée en puissance des autorégulations et des phénomènes spontanément vertueux chez les citoyens, ainsi guidés par l’échange de bonnes pratiques ?

Dans quelques années, les hommes et les femmes politiques comprendront que les solutions pour faire évoluer le monde dans lequel nous vivons sont à chercher davantage à la base qu’au sommet, et que les bonnes pratiques des individus entre eux méritent d’être évaluées et approfondies."


Cette semaine, j'ai participé à la 3ème édition du OuiShare Fest et je dois dire que ce que j'y ai vu conforte totalement l'intuition que j'avais eue lorsque je m'étais projeté dans l'avenir, il y a 5 ans, avec de l'écriture de ce livre.

Il se produit depuis quelques années un phénomène tout à fait incroyable : frappés durement par la crise mais également totalement désabusés vis à vis des gouvernants et des capitaines d'industries qui sont incapables de traiter les vrais défis de nos sociétés, des millions de citoyens sont collectivement en train de faire émerger une économie du partage qui révolutionne nos modes de vie et représentent autant d'alternatives citoyennes à l'impuissance technocratique. "La maison brûle et nous regardons ailleurs" avait dit Jacques Chirac en 2002. Les politiques regardent ailleurs, pas les citoyens. 

Comme le définit Wikipedia (l'encyclopédie en ligne est d'ailleurs une des illustrations de la capacité des gens à mutualiser leurs savoirs à l'échelle planétaire), "L’économie collaborative est une activité humaine qui vise à produire de la valeur en commun et qui repose sur de nouvelles formes d'organisation du travail. Elle s'appuie sur une organisation plus horizontale que verticale, la mutualisation des biens, des espaces et des outils (l'usage plutôt que la possession), l'organisation des citoyens en "réseau" ou en communautés et généralement l'intermédiation par des plateformes internet. L’économie collaborative est entendue dans un sens large, qui inclut la consommation collaborative (AMAP, couchsurfing, covoiturage etc.) mais également les modes de vie collaboratifs (coworking, colocation, habitat collectif), la finance collaborative (crowdfunding, prêt d'argent de pair à pair, monnaies alternatives), la production contributive (fabrication numérique, DIY, Fablabs, imprimantes 3D, maker spaces) et la culture libre.

Ce type d'économie s'inscrit dans un contexte de défiance des acteurs institutionnels du système capitaliste traditionnel, de crise économique mais aussi d'éthique environnementale. Il prend différents types de formes (économie du partage, économie de fonctionnalité, économie des solutions, économie en peer-to-peer) selon les types de biens et services concernés ou de la finalité (empowerment du consommateur, éco-efficacité."


Certains pourraient penser que tout ceci est bien sympathique, que cela un petit côté fleur bleue ou baba cool, une résurgence de la génération hippie, une sorte de Peace-and-Love-2.0. Je crois au contraire que c'est une véritable lame de fond qui est en train de changer profondément nos sociétés, où que nous soyons dans le monde. 

Les citoyens et les consommateurs ne sont pas des idiots, bien au contraire. Ils ont pris la mesure de la crise économique et environnementale et ont compris instinctivement comment ils pouvaient utiliser au mieux les technologies à leur profit. Faisant davantage confiance à leur voisin qu'à ceux qui les gouvernent, ils se sont progressivement mis à tout partager: leur maison, leur canapé, leur voiture, leur vélo, leurs outils, leur argent, leur savoir... Le cabinet américain Crowd Companies a identifié 12 secteurs de l'économie désormais gagnés par ces évolutions. 

Mais quel rapport me direz-vous avec la promesse de changer le monde ? 

Tout simplement parce qu'en se comportant ainsi, les citoyens contribuent à l'optimisation des ressources existantes et ceci a un impact décisif sur l'environnement. Nous savons qu'à 7 milliards d'individus, les ressources auxquelles nous avons accès ne sont pas éternelles et que nous courrons vers la pénurie à court terme. Le vieux schéma linéaire de la société de consommation — j'extraie, je transforme, je fabrique, je distribue, j'achète et je jette — n'est viable que dans un contexte d'abondance (au-delà d'être stupide). Il faut le remplacer par un schéma circulaire où les ressources sont partagées et/ou recyclées. C'est là tout l'enjeu du défi sociétal. Et c'est ce que les gens ont compris sans que l'on ait besoin de leur écrire des lois pour qu'ils s'y mettent. 

Quand des consommateurs redécouvrent des circuits courts d'approvisionnement alimentaire, lorsqu'ils privilégient le fait d'avoir accès à quelque chose plutôt que de le posséder, quand ils revendent un truc qui ne leur sert plus et quand ils conçoivent des biens avec la perspective impérative de pouvoir les recycler à terme, ils sont sur le bon chemin. Et si je suis convaincu que c'est un phénomène irréversible qui va s'amplifier, c'est que l'on peut gagner de l'argent, beaucoup d'argent même, en créant les conditions du développement de ces modèles. Ceux qui ont financé AirBnB ou BlaBlaCar et toutes les autres start'up qui se revendiquent de cette économie du partage (12 milliards de dollars auraient été levés selon les experts de Crowd companies) ne me contrediront pas. 

L'actualité est souvent sombre et les populations sont parfois gagnées par une forme insidieuse de pessimisme. L'émergence de ces modèles alternatifs doit nous réjouir car ils portent en eux des solutions innovantes qui pourraient bien être décisives pour l'avenir de l'humanité. 

Et comme je l'écrivais dans le tout dernier paragraphe de mon bouquin : "ce que nous contribuons à faire collectivement bouleverse la société dans son ensemble."

A suivre... 

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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