La mémoire du futur: petite chronique de ma vie
Ca matin, dans l'excellente émission de Domnique Souchier sur Europe1, l'auteur Eric-Emmanuel Schmitt a dit quelque chose qui m'a totalement interpellé et m'a fait réfléchir toute la journée.
Lorsque le journaliste lui a demandé ce qu'était, selon lui, cette notion de "mémoire du futur" à laquelle il avait consacré quelques lignes, il a répondu "La mémoire du futur ? C'est le coup de foudre !" J'ai trouvé ça très inspirant et, d'une certaine manière, je me suis rendu compte que c'était sans doute une des clés qui permettaient de comprendre ma personnalité. Je crois être quelqu'un de fondamentalement instinctif qui a toujours été guidé par ses coups de foudre. Certains disent que c'est une façon un peu légère pour ne pas dire insouciante de prendre la vie, je pense pour ma part que c'est une énergie fondamentale. Oui, je marche aux coups de foudre, j'ai toujours marché aux coups de foudre, que soit dans ma vie privée, sociale, professionnelle ou politique. Ce qui m'a guidé et continue de me guider chaque matin est effectivement cette quête incessante de repérer et de suivre des choses qui me plaisent et dont je suis tombé d'une certaine manière amoureux. Et c'est amusant que Eric-Emmanuel Schmitt associe cela à la mémoire du futur, c'est-à-dire à cette forme de certitude que l'on sera bien demain avec ce que l'on aime aujourd'hui. C'est amusant car l'innovation qui bâtit précisément le futur occupe depuis toujours une partie significative de ma vie. Mais cette façon d'avancer aux coups de foudre est aussi très exigeante. Ce n'est pas que la liberté d'aimer, c'est aussi une forme de dépendance. Car, comme le chantait Léo Ferré, parfois et parfois seulement, "avec le temps, on n'aime plus." Il n'est pas facile de transformer ses coups de foudre en amour durable et la déception est souvent plus douloureuse du fait qu'elle était nourrie d'attentes disproportionnées. J'y pensais cet après midi avec la politique. En 2007, j'ai eu d'une certaine manière un coup de foudre pour un candidat derrière lequel je me suis engagé pleinement. Puis, lorsque j'ai compris mon erreur, j'ai sévèrement déchanté. J'en suis parfois à envier ceux qui aiment peut-être moins et qui n'ont pas besoin de vibrer pour suivre un chemin, qui sont davantage guidés par la raison que par la passion. Ils sont sans doute beaucoup plus libres que je ne le suis car ils ont une relation beaucoup plus distante qu'émotionnelle avec les grands choix de leur vie. J'ai la mémoire du futur. C'est une jolie formule, je trouve. Et je suis heureux de l'associer à l'amour fulgurant. C'était ma pensée du jour, une rare intrusion furtive de mon intimité sur ce blog. Rédigé par Christophe Ginisty le Dimanche 11 Décembre 2011
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