Christophe Ginisty

La presse et les réseaux nous aident-ils à comprendre la société telle qu'elle est ?


Rédigé le Mardi 27 Septembre 2016



Au lendemain du premier débat entre Trump et Clinton, la presse américaine titre dans son ensemble sur le fait que la candidate démocrate aurait gagné la joute et de manière assez nette.

A l’appui de cette sentence, il y a d’abord ce sondage à chaud réalisé auprès d’un petit échantillon non représentatif de la population américaine et qui donne Hillary Clinton victorieuse à plus de 62% sur son adversaire. 

Puis, effet d’entrainement oblige, les médias titrent sur cette victoire, la considérant comme acquise et le signe d’un avantage non négligeable dans la course à la Maison Blanche.  

A les lire, on a l’impression que c’est plié, alors qu’ils oublient sans doute un peu trop vite qu’ils avaient eux-mêmes donné Mitt Romney vainqueur du premier débat contre Barack Obama en 2012. On connaît la suite.

Ce que je crois, c’est que c’est affolement médiatique auquel on est confronté ici mais partout dans le monde est le symptôme d’une dérive que l’on pourrait appeler l’effet loupe de la part de nos amis journalistes.

De quoi s’agit-il ? Tout simplement de la tendance à se croire soi-même représentatif de l’opinion et d’en conclure que l’on sait pertinent comment elle réagit.

C’est un truc que j’ai rencontré tout au long de ma carrière dans les relations publiques et je ne pourrais pas vous citer le nombre de fois où j’ai entendu un journaliste me dire : « je connais mes lecteurs, je sais ce qu’ils pensent » puis d’en conclure, péremptoire, que telle information pourrait ou non les intéresser.

Cette tendance à se substituer à ses lecteurs ou ses auditeurs est vieille comme le monde mais elle prend de l'ampleur en raison de la nature terriblement trompeuse des réseaux sociaux car il est faux de penser que tel sujet qui passionne les journalistes (ou les influenceurs) passionne forcément aussi le grand public.

Deux exemples récents me viennent en tête pour illustrer mon propos.

Le premier concerne ces discussions interminables après la sortie de Sarkozy sur nos ancêtres les gaulois. Il a certes dit n’importe quoi et le recadrage des érudits fut utile pour préciser les choses mais, de vous à moi, j’ai trouvé ce débat d’une ampleur et d’une longueur disproportionnées par rapport aux préoccupations des français. Non mais franchement, comment peut-on faire les gros titres des jours durant d'un truc qui passe au-dessus de la tête à une altitude stratosphérique de Monsieur et Madame Tout-le-Monde et singulièrement de ceux qui sont confrontés à des difficultés quotidiennes ?

Je ne reviens pas sur l'ânerie de Nicolas Sarkozy mais ce qui a suivi était un débat d’intellectuels et je ne suis pas certain que le type en fin de droit ou au RSA dans un quartier sensible se préoccupe s’il descend des visigoths, des romains ou des gaulois.

Le deuxième exemple que je veux citer est l’effet Emmanuel Macron qui est une autre création de toute pièce des sondeurs, des journalistes et d’une communauté d’affaire parisienne très médiatique.

Ce n’est pas un jugement de valeur de ma part sur la personnalité et les compétences éventuelles de l’ancien ministre de l’économie. Je pense seulement que c’est une sorte de bulle médiatique artificielle qui ne repose sur rien de véritablement tangible (le fond) et qui ne tardera pas à se dégonfler ou exploser en vol.

Nous vivons à une époque où, du fait de l’avènement des réseaux sociaux et du sentiment confus que l’on est directement en prise avec l’opinion – celle qui tweete et qui communique – nous commettons sans arrêt des extrapolations qui nous font prendre un micro buzz pour un phénomène de société.

10 000 personnes ont retweeté un truc ? On a l’impression d’avoir changé le monde ? 50 000 likes en plus sur la page d’un politique ? Ca y est, on tient le futur Président de la République. Et 62% des 500 américains interrogés hier soir par CNN font l’élection américaine.

Foutaises !

C’est peut-être l’une des erreurs les plus perverses lorsqu'on analyse le web social : conclure que les communautés avec lesquelles on est en contact représentent autre chose qu’elles-mêmes.

Si nous n’y prenons pas garde, nous nous contentons de ce que nous voyons, nous devenons fainéants et oublions que la réalité est bien plus complexe qu’elle n’y parait en ligne. Et il n’y a pas que les journalistes qui tombent dans le panneau. Les communicants et les marketeurs aussi.
 
Ne nous satisfaisons pas de ce voisinage connecté immédiat. C'est précisément parce que les réseaux semblent tout nous apporter sur un plateau qu'il faut aller voir au-delà. 

A suivre...
 

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Professionnel de la communication, optimiste exigeant et idéaliste compulsif, j'essaye de consacrer du temps au projet de changer le monde.

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